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Parade à motos, défilé à cheval et arrivée en parachute : à six semaines des Municipales, la campagne devient un spectacle total

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le lundi 9 février 2026 à 05H59
Image d'illustration : Pierre Marchal / Anakao Press

À six semaines du premier tour, la communication politique s’emballe à La Réunion. Bilans masqués en vœux institutionnels, entrées théâtrales, meetings géants à l’américaine, symboles de conquête… rarement la mise en scène et la communication n’avaient été poussées aussi loin. Jusqu’où peuvent-elles aller pour convaincre avant le scrutin ?

De quelle couleur était le cheval blanc d’Henri IV ? Ou plutôt celui de Thierry Robert, ce week-end à Saint-Leu ? Le candidat aux municipales s’est offert un bain de foule remarqué sur le front de mer, à dos d’un équidé blanc (donc), pour répondre à la question. Une mise en scène assumée et revendiquée, qui montre l’innovation de candidats parfois prêts à toutes les fantaisies pour (re)gagner aussi bien en visibilité qu’en suffrages.

Et depuis quelques semaines, La Réunion ressemble à une scène à ciel ouvert. A Saint-Leu déjà, le maire sortant Bruno Domen avait atterri en parachute au-dessus de sa ville pour marquer au fer rouge sa candidature et son entrée en campagne. Plus en amont encore, et toujours sur la commune de l’ouest, Thierry Robert avait lancé sa reconquête de la mairie avec une arrivée à moto et sous les fumigènes d’une foule déchaînée. Le vacarme précède le discours. La démonstration de puissance se veut virile, presque guerrière. Une “guerre” de l’image et donc aussi des réseaux sociaux qui impliquent d’être rodé, et d'avoir des moyens musclés. 

Guerre de visuels et fresque épique à Saint-Leu

Plus au nord et plus récemment encore, c’est Ericka Bareigts qui a fait une vraie démonstration de force. La maire sortante de Saint-Denis a rassemblé quelque 7.000 personnes du côté du stade de l’est ce samedi 31 janvier pour son meeting de lancement officiel de campagne. Drapeaux, projecteurs, tribunes pleines à craquer… Un show politique à l'américaine et des visuels qui inondent désormais les réseaux sociaux. La démonstration est autant visuelle que politique. À six semaines du vote, la maire sortante ne se contente plus de défendre son action, elle expose une force, une mobilisation, presque une évidence. Lui permettant de garder d’une certaine manière une forme de mainmise sur la campagne dans la ville chef-lieu. 

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A vrai dire, rarement la campagne municipale avait autant donné le sentiment d’un spectacle total, où chaque geste est calculé, chaque image scénarisée, chaque silence même pensé comme un message politique. Et quand on connaît le champ des possibles… on n’est peut-être pas au bout de nos surprises. 

Certains s’y “voient” déjà. Thierry Robert, encore lui, s’est notamment fendu d’un conseil de pré-gouvernance, ensuite médiatisé. Osé, comme si l’élection était déjà acquise, mais encore une fois, cela fait parler de lui. Traversée de la ville sur un cheval blanc, posture de conquérant sûr de lui, l’ancien maire a remis ça ce week-end sur son cheval blanc. Ici, la politique s’habille de mythologie. L’image frappe, dérange parfois, mais marque durablement les esprits. Et pas besoin de la presse pour relayer l'information, les services communication s'en chargent.

Coups de com' dans les règles

Autre coup de com’ (voulu ou pas), les conférences politiques de rentrée des maires sortants. Au Port, Olivier Hoarau a ouvert le bal avec des “vœux à la presse au ton faussement protocolaire. Derrière les remerciements et les formules consensuelles, le message est limpide : un bilan détaillé, des réalisations mises en avant, une trajectoire revendiquée. 

Au Port, ce jour-là, on ne parlait pourtant pas de campagne, mais tout y ressemblait. Idem quelques jours plus tard non loin de là, à Saint-Paul où Emmanuel Séraphin a adopté un registre plus institutionnel, tout en déroulant son action, soignant son tempo médiatique. Avant les vœux, enfin, d’Ericka Bareigts du côté de Saint-Denis… Chaque prise de parole peut se voir comme un acte de campagne déguisé. Dans la règle.

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Dans le Sud et l’Est, d’autres stratégies se dessinent, parfois de manière naturelle. Nathalie Bassire, au Tampon, et Frédéric Maillot, à Sainte-Suzanne, vantent des réussites parfois héritées de mandatures antérieures (ou en cours), brouillant volontairement (ou pas) les repères temporels. Le message est donc d’inscrire son action dans une continuité rassurante, avec une image réconfortante, au-delà des alternances et des controverses. Dans la règle, là encore.

D'autres encore profitent de l'échéance électorale pour sortir les vieux dossiers du placard. A Saint-André, la polémique autour d'une image, dévoilée par l'opposition, a soulevé bien des tumultes. Résultat : un sacré coup de com', mais on ne saurait dire à l'avantage de qui, tant le dossier est gros. De celui qui a mis la banderille, ou celui qui l'a reçue ?

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Ce qui frappe le plus finalement, à six semaines du scrutin, c’est cette inflation de la communication. Tout devient message. Tout devient image. Le moindre événement est scénarisé, pensé pour être vu, partagé, commenté. La frontière entre communication institutionnelle et propagande électorale se fait de plus en plus ténue, testant les limites juridiques autant que la patience citoyenne. Mais dans un monde où la moindre image, la moindre action, est scrutée de près, gare à la sortie de route…

La politique vidée de sa substance ?

A force de mise en scène, la politique ne risque-t-elle pas de se vider de sa substance ? La démonstration de force, l’esthétique du pouvoir, les récits héroïques captent l’attention, mais masquent parfois le débat de fond, les projets concrets, les désaccords essentiels. 

La Réunion n’en démord pas, ici aussi la campagne municipale de 2026 ressemble à un laboratoire de la politique contemporaine. Une campagne permanente, intense, parfois démesurée, où l’on arrive par les airs, à cheval ou en cortège, où l’on gouverne déjà avant d’être élu. Reste à savoir si, le jour du vote, les électeurs jugeront la mise en scène… ou l’action réelle derrière le décor.

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