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Délinquance en baisse, image en hausse : et si Le Port avait brisé ses vieux clichés ?

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le samedi 17 janvier 2026 à 08H42

Longtemps caricaturée pour sa délinquance, son insalubrité et ses “mauvaises fréquentations”, la ville du Port veut tourner la page. Lors de ses “vœux à la presse”, tenus ce jeudi 15 janvier, le maire a dressé ce qui s’est apparenté à un bilan chiffré et résolument optimiste de son mandat. Au-delà de l’exercice politique, une question demeure : le Port a-t-il vraiment changé de visage - et d’image ?

Il y a des villes qui traînent leur réputation comme un boulet. Le Port en fait partie. Dans l’imaginaire collectif réunionnais, le nom évoque encore trop souvent la délinquance, les trafics, l’abandon urbain. Des clichés anciens, parfois paresseux, mais tenaces. Pourtant, à écouter le maire Olivier Hoarau lors de ses vœux à la presse, la réalité aurait profondément évolué. “Un chiffre à retenir”, a-t-il insisté : - 30 % de délinquance. À lui seul, le nombre se veut symbole d’un basculement. Le Port est-il en train de se réinventer ?

L’exercice du jour avait pourtant des allures de funambule. Officiellement, il n’était “pas question des élections municipales”. Officieusement, difficile de ne pas y voir un auto-bilan de mandature, à l’heure où l’édile a déjà officialisé sa candidature, néanmoins suspendue à des affaires judiciaires. Mais derrière la posture politique, le discours s’est voulu méthodique, presque comptable, comme pour opposer des faits à une réputation.

Olivier Hoarau : “Le Port, ce n’est plus cette image négative, ce n’est pas ce qu’on veut nous en faire voir

Le Port, ce n’est plus cette image négative, ce n’est pas ce qu’on veut nous en faire voir”, a-t-il confirmé. Sur le terrain de la sécurité, le message est clair : le quotidien des Portois “s’est apaisé”. Renforcement de la police municipale, sécurisation des abords des écoles, coopération étroite avec la police nationale, notamment contre les réseaux de narcotrafic. La baisse de la délinquance, martelée, sert ici de contre-récit à des décennies de stigmatisation.

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Mais l’image d’une ville ne se résume pas à ses statistiques policières. Elle se joue aussi dans ses espaces, ses services, ses usages. Là encore, le maire aligne les chiffres : plus de 400 logements livrés, 5.000 arbres plantés, de nombreuses voiries réhabilitées. Autant de marqueurs d’un cadre de vie que la municipalité dit avoir “remis à niveau”, parfois dans l’ombre, loin des projecteurs.

Une ville d'opportunités

Le Port revendique aussi une transformation sociale. Accompagnement de 100 créateurs d’entreprise, création de plus de 50 sociétés, 700 emplois générés, chômage passé sous la barre des 12 %. Une ville industrielle et portuaire qui tente de redevenir une ville d’opportunités. Dans le même mouvement, l’installation du Campus Paul Vergès, avec l’École nationale d’architecture de La Réunion et le lycée de la Mer, nourrit l’ambition d’un Port désormais “étudiant, jeune, ouvert”.

Sur le front de la solidarité, la municipalité met en avant la Maison de la Solidarité Portoise, le pôle Handicap, les résidences pour personnes âgées, le futur taxi social ou encore le déploiement du label “Ville amie des aînés”. Un discours qui cherche à rompre avec l’image d’une ville dure, perçue comme hostile à ses plus fragiles.

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Et puis il y a la culture et le sport, leviers puissants de reconquête symbolique. Jazz Dann Port, dont la deuxième édition a attiré plus de 35.000 spectateurs, s’impose comme une vitrine populaire. Plus de 203.000 visiteurs dans les équipements culturels, 1.350 manifestations sportives, 6.000 licenciés, 9 millions d’euros de subventions aux associations : le tissu local se revendique vivant, foisonnant. Jusqu’à l’évocation de figures de fierté portoise, comme la nageuse Zoey Vidot, championne de France du 100m nage libre.

Année "de transition"

Reste la question centrale : les clichés ont-ils vraiment disparu ? Dans les discours institutionnels, peut-être. Dans les regards extérieurs, pas totalement. L’image d’une ville ne se décrète pas ; elle se construit lentement, parfois plus lentement que les politiques publiques. Le Port semble aujourd’hui à un moment charnière, celui notamment où les transformations visibles doivent encore convaincre ceux qui regardent de loin.

Une année de transition”, a insisté le maire à propos de 2026, annonçant la poursuite des grands investissements : rénovation urbaine, équipements sportifs, centres sociaux, bibliothèques, espaces verts. Une continuité revendiquée, presque un passage de témoin anticipé. “Nous avons également réaffirmé une identité portoise autour de la fierté d’appartenir à ce territoire”, a-t-il conclu.

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Le Port n’est sans doute plus la ville figée dans ses clichés d’hier. Mais elle n’est pas encore totalement libérée de son image. Entre bilan, promesse et reconquête symbolique, elle avance sur une ligne étroite. Celle d’une commune qui cherche, chiffres à l’appui, à prouver qu’elle a changé et à convaincre qu’elle mérite d’être regardée autrement.

Etiquettes : Le Port | Olivier Hoarau | Politique

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