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Surpopulation, matelas au sol… La prison de Domenjod au bord de la rupture

Ecrit par L.C. – le jeudi 15 janvier 2026 à 06H10
Le centre pénitentiaire de Saint-Denis

Les syndicats pénitentiaires tirent la sonnette d’alarme depuis des années : les prisons réunionnaises sont sous tension. Taux d’occupation au-delà de la moyenne, accès aux soins compliqué, mobiliers manquants… Un rapport, publié par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, dresse un constat glaçant de la situation à la prison de Domenjod.

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté est une autorité administrative française et indépendante du gouvernement dont la mission est de veiller au respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté. Outre l’inspection, l’organisme peut formuler des recommandations et alerter les décideurs publics et la population en cas de violations graves. En octobre 2024, sept contrôleurs ont effectué une visite inopinée au centre pénitentiaire de Saint-Denis. Le rapport a été publié à la fin de l’année 2025, comme l'a rapporté Le Tangue.

Un phénomène dont nous avions déjà parlé en août 2024 :

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Une prison saturée bien au-delà de ses capacités

En tête des dysfonctionnements relevés : la surpopulation carcérale. Sur une capacité théorique de 575 places, 852 personnes étaient incarcérées au moment de la visite, soit un taux d’occupation global de 148 %. La situation est encore plus critique en maison d’arrêt, et tout particulièrement au quartier des femmes, où le taux d’occupation atteint près de 178 %.

Le rapport décrit des cellules parfois occupées par quatre à cinq détenus, là où elles sont prévues pour deux. Cette surpopulation se traduit très concrètement par des « conditions de détention indignes » : près de 135 matelas posés à même le sol, une cohabitation forcée, un manque de mobilier de base et une dégradation marquée de l’hygiène. Le CGLPL estime que ces conditions portent gravement atteinte à « la dignité humaine », évoquant des « atteintes graves à la dignité des personnes ».

Lire aussi : Saint-Pierre : la maison d'arrêt, vétuste, pointée du doigt

Matelas au sol… et oreillers supprimés

Le rapport va plus loin en détaillant la réalité matérielle du quotidien carcéral. Dans certains bâtiments, plusieurs dizaines de détenus dorment sur des matelas au sol, parfois dégradés, faute de lits disponibles. Mais le manque de moyens financiers touche désormais aussi l’essentiel : au moment du contrôle, les oreillers n’étaient plus distribués aux arrivants, y compris aux mineurs, faute de crédits suffisants pour en commander. Une situation jugée inacceptable par le CGLPL, qui appelle à adapter les budgets au nombre réel de personnes détenues.

Femmes détenues : promiscuité et inégalités

Exemple de l'état de dégradation constaté (Crédit : CGLPL)

Les femmes apparaissent particulièrement exposées. L’encellulement individuel y est qualifié « d’impossible », la promiscuité est constante et les inégalités d’accès aux activités sont pointées. Le rapport relève notamment que les femmes disposent de moins d’activités sportives que les hommes et n’ont pas accès au terrain extérieur. Certaines détenues expliquent devoir se relayer pour ne pas dormir en permanence sur des matelas au sol, avec des conséquences physiques, notamment des maux de dos récurrents.

Activités restreintes, sport rationné

La saturation de l’établissement a aussi un impact direct sur la vie hors cellule. Faute de pouvoir accueillir tout le monde, l’accès aux activités est rationné. Le sport, par exemple, n’est plus proposé qu’à raison d’un seul créneau de deux heures par semaine, contre deux auparavant. Une adaptation contrainte, même si le rapport souligne la qualité et l’investissement des intervenants, ainsi que la volonté de maintenir une offre d’activités, y compris à l’extérieur.

Liens familiaux fragilisés

Autre point sensible : le maintien des liens familiaux. Le CGLPL constate que la visiophonie ne fonctionne pas, ce qui complique fortement les échanges avec les proches, en particulier lorsque les familles vivent en métropole. Les dispositifs existent, mais sont rarement opérationnels et quasiment jamais utilisés. Le rapport recommande leur remise en état et leur mise à disposition effective. Chez les mineurs, il insiste sur la nécessité de garantir la gratuité des communications, ceux-ci ne disposant d’aucune ressource personnelle.

Addictions : une prise en charge insuffisante

Sur le plan sanitaire, l’accès aux soins somatiques est jugé réel, mais la prise en charge des addictions apparaît largement insuffisante. Le rapport relève qu’une part importante de la population carcérale est concernée par des consommations de cannabis, d’alcool ou de médicaments psychotropes, souvent dès l’arrivée en détention. Or, le suivi repose en grande partie sur la téléconsultation, qui ne concerne qu’une minorité de détenus. Le CGLPL appelle à renforcer les moyens humains et médicaux pour répondre à cet enjeu majeur de santé publique en détention.

Discipline et aménagements de peine en question

Le fonctionnement de la commission de discipline est globalement jugé conforme, mais le rapport pointe l’absence quasi systématique de visionnage des images de vidéosurveillance, pourtant disponibles, lors de l’examen des incidents. Une lacune qui interroge le respect effectif des droits de la défense.

Enfin, le CGLPL établit un lien direct entre la surpopulation et la politique d’aménagement de peine, jugée « restrictive » à Saint-Denis. Les taux de libération sous contrainte seraient nettement inférieurs à la moyenne nationale. Le rapport appelle à une politique plus volontariste, favorisant la préparation de la sortie dès l’entrée en détention, afin de desserrer l’étau carcéral.

Des équipes saluées malgré des conditions dégradées

Malgré ce tableau sombre, le rapport salue l’engagement des équipes. L’établissement est décrit comme « bien organisé », avec des professionnels investis, un enseignement jugé « de très bonne qualité » et une offre socioculturelle diversifiée. Mais sans régulation carcérale, avertit le CGLPL, les conditions de détention comme les conditions de travail continueront de se dégrader, avec, déjà, une hausse marquée des heures supplémentaires chez les personnels.

Etiquettes : Domenjod | Prison

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