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« C'est un miracle qu'il ne soit pas mort » : il ouvre le feu au calibre 12 devant un bar du Port

Ecrit par Mehdi Bednarek – le samedi 18 juillet 2026 à 16H17

Patrick P. comparaissait devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Il lui était reproché d'avoir tiré au fusil de chasse sur deux hommes, le 14 juillet, devant un bar du Port, au terme d'une vieille rancune. Une des victimes n'était pour rien dans l'affaire. Le prévenu, trente et une mentions au casier, a tout reconnu, en plaidant la peur.

Ce soir de demi-finale entre la France et l'Espagne, l'ambiance devant le bar est celle d'une fête. Elle bascule en quelques minutes.

Kévin B. s'avance vers Patrick P., adossé au mur, « encore calme à ce moment-là ». Les deux versions se recoupent : ils évoquent une vieille embrouille remontant à plus de cinq ans, née d'un litige entre le fils du prévenu et Kévin B., au cours duquel Patrick P. l'aurait menacé de le « mettre dans le coffre ».

L'échange se termine bien. « C'est oublié, c'est de l'histoire ancienne. »

« Je vais te tuer »

Lorsqu'il ressort, Kévin B. tombe nez à nez avec le prévenu, campé devant son 4x4. « Je t'ai dit que j'allais te mettre dans le coffre. » Puis : « Je vais te tuer. »

Patrick P. tire une première fois, recharge, tire encore. La victime détale « en zigzag » pour éviter les plombs, se réfugie « au milieu des gens » en pariant que le tireur n'ira pas plus loin dans la foule. Un inconnu tente de s'interposer, « arrête, ça suffit » : il est mis en joue à son tour. Le prévenu monte alors dans son 4x4 pour faucher Kévin B., et tire une troisième fois.

C'est un autre homme, Wilfrid A., totalement étranger à la dispute, que le plomb atteint. Les médecins constateront un saignement à la nuque et un traumatisme balistique aux membres supérieurs, criblés de plomb. Il décrira ensuite une gêne durable dans ses mouvements.

Lire aussi : Le Port : deux blessés après des tirs de fusil à plomb

« J'ai compris qu'il reviendrait avec une arme »

À la barre, Patrick P. reconnaît l'ensemble des faits, mais dit s'être senti menacé. Selon lui, Kévin B. lui aurait lancé un « je vais revenir » accompagné d'un geste de la main figurant une arme. « J'ai dû mal comprendre », concède-t-il, avant d'admettre qu'il est ensuite parti chercher le fusil, acheté au Port. « Je lui ai mis un coup de 4x4. » Un temps. « Mi dis toujours la vérité, monsieur le président. »

Le président cherche le déclic. « Pourquoi vous avez réagi avec une telle violence ? »

« J'ai compris qu'il reviendrait avec une arme. »

« Vous auriez pu le tuer. Et vous blessez quelqu'un d'autre qui n'a rien à voir. Vous vous rendez compte ? »

Le silence s'installe dans la salle, s'étire. « Oui », finit par lâcher le prévenu. « C'est votre mode de fonctionnement, cette violence ? » « J'ai fait une connerie, mi reconnais. » Le président laisse tomber, presque à voix basse : « C'est un miracle qu'il ne soit pas mort. » Personne ne bronche sur les bancs.

« Il n'a pas hésité, il a bien visé »

La partie civile revient sur les faits et martèle la matérialité des blessures : son client a reçu plusieurs billes de plomb dans le bras, les séquelles sont réelles.

La procureure se lève. Elle écarte d'emblée le coup de tête. « On n'est pas du tout sur un coup de tête », martèle-t-elle : le prévenu est allé chercher une arme, il avait l'intention de nuire. Elle cite un témoin selon lequel il « n'a pas hésité », a « bien visé ».

Les mots claquent, et le prévenu se tasse un peu. Elle insiste sur le danger collectif, sur ce mouvement de foule qui aurait pu virer au drame, puis revient au casier, trente et une mentions. « À la moindre contrariété, vous allez chercher une arme ? »

La question reste suspendue, sans réponse. « Je ne constate aucune remise en question. » Elle requiert quatre ans d'emprisonnement avec maintien en détention, cinq ans d'interdiction de contact et de paraître au domicile des victimes, et cinq ans d'interdiction de port d'arme.

La défense prend le relais dans un registre plus feutré. Elle conteste notamment le nombre de tirs, soutenant qu'un seul coup de feu aurait été tiré, avant de plaider les zones d'ombre. L'avocat rappelle que c'est son client lui-même qui a appelé la police après les faits. Il plaide une alternative à la prison ferme. À quelques mètres, le prévenu ne dit plus rien, crispé, le regard rivé au sol.

Après délibération, le tribunal déclare Patrick P. coupable et le condamne à quatre ans d'emprisonnement ferme, avec maintien en détention. Il prononce en outre une interdiction d'entrer en contact avec les victimes et de paraître à leur domicile pendant trois ans, ainsi qu'une interdiction de port d'arme pendant cinq ans.

Etiquettes : GU | Le Port

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