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"Le pot de confiture, je l'ai lâché sur sa tête" : à Saint-Paul, un couple jugé pour douze ans de violences réciproques

Ecrit par Mehdi Bednarek – le samedi 18 juillet 2026 à 10H41

Un couple comparaissait devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Ensemble depuis douze ans, trois enfants, les deux individus étaient jugés pour des violences commises l'un sur l'autre le 8 juillet à Saint-Paul, au terme d'une soirée alcoolisée. Elle a planté une bouteille brisée dans la gorge de son compagnon. Lui reconnaît des années de gestes tus des deux côtés.

Le président appelle les deux prévenus, ils s'avancent ensemble à la barre. Le contraste saute aux yeux : Amanda* arrive en sanglots, la posture qui tangue un peu ; Bernard* reste droit, silencieux, un large pansement remontant du cou jusqu'à la gorge.

Les faits tiennent en une soirée qui dérape. Le couple, alcoolisé, se dispute au domicile de la mère de la jeune femme. Les coups partent des deux côtés. Elle finit par fracasser une bouteille en verre sur le sol et en frappe son compagnon à la gorge. Elle dit avoir eu peur. Elle plaide la légitime défense. Lui affirme avoir seulement tenté de se dégager de son emprise. Le jeune homme présente une plaie et de multiples abrasions au cou, ainsi que des ecchymoses. Les deux sont blessés.

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"Je regrette sincèrement, c'était vraiment pas mon intention, lâche Amanda. Je n'avais pas le choix." Le président ne la lâche pas : "Vous auriez pu le tuer." Puis il demande ce qui a mis le feu aux poudres. "Ça fait des années qu'il y a des violences que l'on tait", répond-elle.

Un ancien boxeur qui "fuit les conflits"

Bernard se défend à son tour, calme. Ancien boxeur, il l'assure : "Je sais comment frapper, je n'ai pas souhaité lui faire de mal." Il n'a jamais porté plainte, dit-il, l'a "toujours pardonnée, toujours soutenue", fait "tout pour fuir les conflits et la bagarre".

Et cette phrase, qui en dit long sur le fonctionnement du couple : "Normalement, pour que madame explose, il faut qu'elle boive." Le président se tourne alors vers elle. "Vous l'avez déjà frappé ?" "Oui."

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Le dossier déborde du seul 8 juillet. La jeune femme dit avoir appelé les gendarmes par le passé, en vain, s'être entendu répondre que "ça ne se passe pas comme ça, madame". Elle évoque des nuits sans manger ni dormir. Reviennent d'autres épisodes : un pot de confiture lancé sur la tête de son compagnon, une voiture qu'elle aurait un jour lancée sur lui.

"Le pot de confiture, je l'ai lâché sur sa tête", reconnaît-elle. Quand elle parle, lui nie de la tête, sans un mot. La séparation, chacun l'envisage. "On se fait trop de mal", souffle-t-elle.

"Les deux sont responsables"

La procureure balaie d'emblée la légitime défense, pour l'un comme pour l'autre : aucun des deux n'y est fondé, selon elle, et tous deux sont coupables. Elle requiert quatre mois d'emprisonnement contre Bernard, assortis d'un sursis probatoire de deux ans avec exécution provisoire, pour des coups volontaires ayant entraîné des blessures. Contre Amanda, elle demande deux ans dont un an de sursis probatoire.

La défense de Bernard plaide le huis clos familial et la fragilité des témoignages, glissant qu'"un certain Jonathan", le frère de la prévenue, n'aurait pas tout dit de ce qu'il a vu. Son avocat sollicite la reconnaissance de la légitime défense, sans dommages et intérêts. 

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Le conseil d'Amanda rappelle qu'elle avait alerté les gendarmes avant le pire : "Peut-être que si les gendarmes avaient davantage considéré madame, nous n'en serions pas là." Il souligne qu'elle a minoré le passif pour éviter la détention à son compagnon, et demande, puisque c'est elle qui a la charge des enfants, un aménagement de peine.

Après délibération, le tribunal tranche : les deux sont responsables. 

Bernard est condamné à quatre mois de sursis probatoire et à une interdiction d'entrer en contact. 

Amanda, en larmes de nouveau, écope de deux ans dont un an de sursis, l'année ferme étant aménageable sous bracelet électronique.

*Prénoms d'emprunt

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