Fête du Chouchou : Salazie célèbre sa 21e édition et vise une reconnaissance de l’Unesco

Du 24 au 26 juillet, Hell-Bourg vibrera au rythme de la 21e Fête du Chouchou. Une édition placée sous le signe de la gastronomie, des traditions et de la valorisation d’un produit indissociable de l’identité du cirque. La commune entend d'ailleurs franchir une nouvelle étape dans la reconnaissance de son patrimoine avec un dossier visant à inscrire le tressage de la paille de chouchou au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, à l'instar de la broderie de Cilaos.
"De la treille à la marmite, mille et une façons de cuisiner le chouchou." Le thème de cette 21e édition résume à lui seul l'ambition affichée ce jeudi lors de la présentation de la Fête du Chouchou 2026 : célébrer le légume emblématique de Salazie dans toutes ses dimensions.
Du vendredi 24 au dimanche 26 juillet, le champ de foire d'Hell-Bourg accueillera trois jours de festivités gratuites mêlant agriculture, gastronomie, artisanat, culture et musique. Un rendez-vous traditionnel et majeur pour le cirque qui attire en moyenne plus de 25.000 visiteurs par an. Environ 70 exposants, producteurs et artisans sont annoncés et plus de dix tonnes de chouchous pourraient être écoulées pendant la manifestation.
Des concours traditionnels au cocktail "rhum chouchou"
Les incontournables seront évidemment de retour, à commencer par les concours de trieurs et de casseurs de brèdes chouchou, organisés respectivement vendredi et samedi. Un concours culinaire ouvert au grand public viendra également compléter le programme.
Autre tradition, le concours culinaire professionnel organisé en amont de la fête prend cette année une nouvelle dimension. Alors qu'il ne réunissait jusqu'ici que quatre ou cinq restaurateurs, entre dix et douze professionnels devraient cette fois participer. Ils seront invités à rivaliser d'imagination autour du chouchou, en version salée comme sucrée.
Miss Salazie
Et même liquide. Deux restaurateurs ont en effet accepté de relever un nouveau défi : imaginer un cocktail à base de chouchou. "On vous en dira plus pour la fête", promet Martine Hoarau, responsable promotion à Côté Est Réunion (ex-OTI Est).
Le week-end sera également rythmé par l'élection de Miss Salazie, celle de Miss Mamie Chouchou, un radio-crochet avec notamment un voyage à Maurice à gagner, ainsi que de nombreux concerts. Wizdom, Kaf Malbar, Dominique Barret, Micheline Picot, François Dals ou encore Maiko figurent notamment parmi les artistes annoncés.
"Aujourd'hui, je suis fière d'être une Yab chouchou"
Mais la Fête du Chouchou reste avant tout une fierté salazienne profondément liée à sa culture. Une histoire personnelle qu'a confiée la présidente du comité Fêtes et Traditions, Sylviane Grondin.
"Auparavant, personnellement, j'étais complexée quand je quittais le collège pour aller sur la côte, parce qu'on nous disait : "Ça, c'est une Yab chouchou". C'était vraiment un complexe. Aujourd'hui, je peux vous dire que je suis fière d'être une Yab chouchou !".
Une fierté que la commune veut désormais porter bien au-delà des frontières du cirque à travers le tressage de la paille de chouchou. Un dossier est en préparation afin de faire reconnaître ce savoir-faire au titre du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Son dépôt est annoncé pour le mois d'août.
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La démarche s'inscrit dans le prolongement du travail engagé autour du programme "Design des mondes insulaires", en lien notamment avec la DAC OI et les acteurs associatifs. L'objectif est de préserver et valoriser l'ensemble du savoir-faire, depuis la préparation de la fibre jusqu'au tressage via l'association AJL, qui porte un ACI dédié à la transmission autour du savoir-faire du tressage.
La maire de Salazie, Sidoleine Papaya, a rappellé que la paille de chouchou constitue une fibre "naturelle particulièrement fine, légère et blanche". La commune a par ailleurs demandé au Département une étude afin de mieux structurer l'ensemble de la filière, de la production agricole à l'artisanat.


Derrière la fête, une production en difficulté
Car derrière les trois jours de célébration, les producteurs ne cachent pas de nouveau leurs inquiétudes après plusieurs saisons marquées par la sécheresse et les cyclones. Pour le président de la Chambre d'agriculture, Olivier Fontaine, Salazie concentre "une grande partie des difficultés auxquelles est confronté le monde agricole réunionnais : accès au foncier, manque d'eau, sécheresse, aléas climatiques ou encore ravageurs".
Le potentiel de production du cirque serait compris entre 3.000 et 3.500 tonnes de chouchous par an. Mais après le cyclone Garance et face à la sécheresse persistante, la récolte pourrait cette année tomber sous les 2.000 tonnes, selon les premières estimations évoquées lors de la conférence de presse.
Valorisation du produit
"Salazie sans chouchou, ce n'est pas Salazie", résume Pascal Grondin, producteur et représentant de l'ADIAS, qui affiche 65 agriculteurs adhérents. Mais produire devient, selon lui, de plus en plus compliqué. "Depuis une vingtaine d'années, c'est très, très compliqué avec la mouche des fruits et légumes, la sécheresse et les terrains."
À cela s'ajoute la question du prix payé aux producteurs. Ces derniers défendent un prix rémunérateur et souhaitent davantage de débouchés, notamment à travers les circuits courts, la restauration collective et la transformation.
Olivier Fontaine partage la nécessité de mieux valoriser le produit : "La transformation ne doit pas uniquement servir à écouler les surplus à bas prix, mais constituer un véritable débouché rémunérateur pour les exploitants".

L'eau, "problème numéro un"
Pour les agriculteurs du cirque, l'urgence reste l'accès à l'eau. Un vaste projet d'irrigation agricole de 23 millions d'euros est porté avec le Département pour desservir dans un premier temps le nord de Salazie, notamment Mare à Martin, Grand-Îlet, Mare à Vieille Place et Mare à Citron, a rappelé la maire, Sidoleine Papaya.
Le projet prévoit notamment des forages et la création d'une retenue collinaire de 80.000 m³ dans la partie nord du cirque. Les procédures réglementaires et foncières, présentées comme particulièrement complexes dans un territoire marqué par les indivisions et les mouvements de terrain, continuent de peser sur le projet et le calendrier. La commune espère une mise en service en 2028.
En attendant, des solutions intermédiaires sont recherchées. Une cinquantaine de récupérateurs d'eau de pluie d'une capacité de 200 m³ doivent notamment être déployés avec le soutien du Département et de l'Office de l'eau, en lien avec plusieurs associations et groupements agricoles. Les agriculteurs concernés ne supporteraient que 20 % du coût.
Emblématique
Une réponse indispensable pour une filière dont la fragilité a déjà eu une conséquence symbolique : "l'an dernier, La Réunion avait dû importer du chouchou", a alerté Olivier Fontaine qui a rappelé l'importance stratégique de préserver la production locale.
En attendant, le chouchou et Salazie seront en fête du 24 au 26 juillet au champ de foire de Hell-Bourg. Trois jours pour faire la fête, mais aussi pour rappeler que derrière le légume emblématique de Salazie se trouvent des producteurs, des artisans, une économie et tout un patrimoine que le cirque entend bien continuer à faire vivre et valoriser au niveau du patrimoine immatériel de l'humanité.
Le tressage de la paille chouchou rejoindrait notamment la broderie de Cilaos, officiellement inscrite à l’Inventaire National du Patrimoine Culturel Immatériel (INPCI) depuis décembre 2025.


