Incendies à Fontainebleau : sur place, Macron lance la mobilisation pour replanter la forêt et prévient d'un été « dur »

En déplacement ce jeudi matin auprès des sapeurs-pompiers, le chef de l'État a salué des moyens « jamais » déployés en Île-de-France, annoncé la création d'un guichet unique pour financer la renaissance du massif et rendu hommage à un jeune pompier mort en Savoie. Il a aussi prévenu : le plus dur de la saison reste à venir.
Reçu au poste de commandement opérationnel installé à Noisy-sur-École, en bordure du massif, Emmanuel Macron s'est adressé aux soldats du feu au lendemain d'un 14 Juillet « particulier ». Devant eux, il a dit vouloir « être à leurs côtés pour dire le soutien de la Nation ».
Le président a inscrit l'épisode dans une échelle inédite : selon lui, le pays n'a « jamais été confronté à autant d'épisodes » de feux « un peu partout sur le territoire » depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec de l'ordre de 35.000 hectares déjà partis en fumée à l'échelle nationale.
« On a projeté ici au moins mille sapeurs-pompiers » venus « de la France entière », a-t-il détaillé, aux côtés de moyens aériens (quatre Dash et deux Canadair) « jamais » mobilisés à ce niveau dans l'histoire de la région Île-de-France.
Le chef de l'État a élargi ses remerciements aux gendarmes et aux policiers, à la Croix-Rouge, à l'ONF, à l'OFB, aux élus, aux agriculteurs et à Météo-France, y voyant l'illustration d'une France dont « l'unité, quand on est dans la crise, est la force ». Résultat, a-t-il souligné : « À date, on ne déplore pas une victime. »
Un guichet unique pour faire renaître le massif
C'est l'annonce la plus concrète de ce déplacement.
« Cette forêt, on y tient », a lancé le président, promettant de « lancer, dès maintenant, la mobilisation pour la replanter ».
Concrètement, la Fondation du patrimoine, l'Office national des forêts (ONF) et la ville de Fontainebleau doivent mettre en place un « guichet unique » destiné à collecter la « solidarité nationale » pour financer la régénération de cette forêt classée réserve de biosphère par l'Unesco.
Un dispositif dont la logique n'est pas sans rappeler la souscription nationale ouverte après l'incendie de Notre-Dame de Paris.
« Aucune tolérance » pour les incendiaires
Sur le volet judiciaire, alors que deux jeunes hommes de 18 ans ont été mis en examen et écroués, le président a martelé un message de fermeté, sans nommer les mis en cause :
« On a déjà des gens qui ont été appréhendés, il n'y aura aucune tolérance. »
Il a appelé à être « intraitable dans le traitement judiciaire », renvoyant chaque départ de feu à une atteinte au « territoire national ».
« La saison des feux est encore devant nous »
Si le feu de Fontainebleau est désormais « stabilisé, fixé », Emmanuel Macron a prévenu qu'« il va y avoir plusieurs semaines de travail pour totalement l'éteindre ».
Surtout, il a tenu à alerter au-delà du seul massif francilien : l'été « sera dur », a-t-il dit, « parce qu'on a déjà battu tous les records et on n'est qu'à la mi-juillet ». Et de rappeler que « la saison des feux est encore devant nous ».
Il a appelé chacun à la vigilance et à « aucune négligence ».
Mise en perspective : le paradoxe des « moyens jamais vus »
Reste que l'insistance présidentielle sur des moyens « jamais » mobilisés tranche avec un débat qui, lui, revient chaque été : celui de l'état de la flotte aérienne.
Les douze Canadair de la Sécurité civile affichent une moyenne d'âge d'une trentaine d'années, et le renouvellement promis par Emmanuel Macron en 2022, après les incendies de Gironde (douze appareils rénovés et quatre supplémentaires, pour une flotte portée à seize), a pris un retard considérable.
Un décret d'économies signé en février 2024 par le gouvernement de Gabriel Attal a entraîné l'abandon d'une commande de deux appareils, désormais attendus, au mieux, au début des années 2030.
En pleine séquence présidentielle, l'épisode a d'ailleurs viré à la bataille politique, La France insoumise dénonçant un décalage entre le discours de mobilisation « totale » et la réalité budgétaire, quand le ministère de l'Intérieur défend une flotte parmi « les plus performantes d'Europe » et rappelle la commande signée début juin 2026.
Sur le fond, le déplacement aura surtout mis en avant deux registres : la fermeté judiciaire face aux « incendiaires » et l'appel à la solidarité nationale pour reconstruire.
Deux angles fédérateurs, mais qui laissent dans l'ombre les questions plus rugueuses que soulèvent les spécialistes des feux de forêt : l'adaptation des massifs, les moyens de prévention en amont et les effets, déjà tangibles, du réchauffement sur une saison qui démarre désormais plusieurs semaines plus tôt.
Une pensée pour un pompier mort en Savoie
Le président a enfin eu une pensée pour les quelque 1.000 personnes déplacées « contre leur gré » par les incendies, avant de rendre hommage au caporal Baptiste Gerfaud-Valentin.
Ce sapeur-pompier volontaire de 22 ans, affecté au centre d'incendie et de secours d'Albertville, est mort le 8 juillet en Savoie, percuté par un bloc rocheux alors qu'il combattait un feu de forêt sur la commune du Planay.
Premier soldat du feu tué en intervention cet été, il devait rejoindre les rangs des sapeurs-pompiers professionnels de Haute-Savoie à la rentrée.
« On continuera de mettre tous les moyens, et je suis avec vous », a conclu le chef de l'État.


