Subventions aux associations : vifs échanges au conseil municipal de Sainte-Suzanne sur fond de crise budgétaire

Le vote des subventions aux associations a donné lieu à de longues passes d'armes, mercredi soir 15 juillet, au conseil municipal de Sainte-Suzanne. Dans une commune confrontée à une situation financière particulièrement dégradée, la majorité défend une remise à plat des aides au nom de "l'équité" et du redressement des comptes. L'opposition dénonce, elle, une méthode "brutale", des critères jugés opaques et un risque de fragiliser durablement le tissu associatif.
Comme annoncé ces derniers jours par le maire Alek Laï-Kane Cheong, les subventions aux associations constituaient l'un des dossiers les plus sensibles de cette séance du conseil municipal.
En ouverture des débats, le maire a replacé cette délibération dans le contexte des "100 premiers jours" de sa mandature, rappelant les difficultés financières auxquelles la commune est confrontée.
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"Nul besoin de revenir sur les éléments que nous traversons depuis ces trois mois (...). Les cent premiers jours ne sont nullement marqués par une absence de volonté (...). Il est impossible d'attendre que les comptes se redressent d'eux-mêmes", a-t-il déclaré, saluant au passage le travail des élus et des services municipaux.
Une enveloppe recentrée sur les associations jugées prioritaires
Présenté par Pascal Tailamée, adjoint délégué à la culture, à la vie associative et aux sports, le rapport rappelle que la commune a décidé de revoir entièrement sa politique d'attribution des subventions.
Le document justifie cette révision par le déficit constaté après l'approbation des comptes administratifs et un budget supplémentaire déséquilibré. La municipalité indique avoir retenu les associations présentant "des actions concrètes, une structuration solide et un ancrage certain dans la vie" de la commune, tout en excluant les projets assimilés à des actions privées ou semi-privées. Au total, une enveloppe de 3.004.250 euros est proposée, incluant notamment les établissements publics locaux.
L'opposition dénonce une méthode "incroyablement dégueulasse"
Très remonté, l'élu d'opposition Daniel Alamélou a ouvert les critiques en dénonçant les conditions de préparation de la délibération.
Selon lui, un nouveau tableau aurait été remis aux élus en dernière minute, modifiant les montants initialement transmis.
"Vous osez donner 500 euros de plus à une association de 600 adhérents. C'est 70 centimes par adhérent... C'est incroyablement dégueulasse. Ridicule.", a-t-il lancé, évoquant également plusieurs associations sportives privées de subvention alors que d'autres bénéficient, selon lui, de montants importants.

L'élu s'est également interrogé sur l'augmentation de certaines aides, citant notamment un club de boxe dont la subvention serait passée de 3.000 à 10.000 euros.
Au-delà des montants, Daniel Alamélou a accusé la majorité de pratiquer une forme de sélection politique.
"Vous dites qu'il n'y a pas de chasse aux sorcières. J'en doute un peu (...). Sur les associations, il ne faut pas faire de politique politicienne."
"La fin du lien social"
Autre voix de l'opposition, Nicolas Robert a mis en garde contre les conséquences de ces arbitrages pour la vie locale.
"Créer du lien de proximité sans associations, c'est la fin du lien social (...). Les associations sont en première ligne pour la jeunesse.", a-t-il estimé.
Il a également regretté l'absence de critères d'attribution clairement communiqués aux élus et aux responsables associatifs, malgré les ateliers organisés fin juin.
Des interrogations ont aussi été soulevées sur la prise en compte des avances déjà versées à certaines structures avant les élections municipales.
"Faire de la politique, c'est prendre des décisions"
Face aux critiques, Alek Laï-Kane Cheong a assumé des choix qu'il reconnaît difficiles. "Oui, cela m'embête de faire cet exercice dans des conditions aussi contraintes (...). Mais cet exercice doit être fait.", a-t-il déclaré.
Le maire a défendu la méthode retenue, rappelant que les associations avaient été invitées à participer à plusieurs ateliers afin de présenter leurs projets et leurs besoins. "Faire de la politique, c'est prendre des décisions, même lorsqu'elles ne sont pas agréables."
Le premier magistrat n'a pas manqué de renvoyer la responsabilité de la situation financière à l'ancienne majorité.
"La situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, vous y prenez votre part (...). Nous devons redresser la barre."
Dans un échange parfois tendu, il a également reproché à l'opposition de critiquer une méthode à laquelle certains de ses membres avaient pourtant participé lors des ateliers de concertation.
"On ne peut pas donner 30.000 ou 40.000 euros"
Reprenant la parole, Pascal Tailamée a rappelé que la situation financière de la commune ne permet plus de maintenir ce niveau d'aides.
"On ne peut pas donner 30.000 ou 40.000 euros. Nous n'avons pas les moyens de le faire (...). Le choix qui a été fait est un choix d'équité, pas un choix à la tête du client.", a-t-il insisté.
L'adjoint a également annoncé qu'à partir de 2027, toutes les demandes de subventions seraient dématérialisées et déposées en ligne afin d'harmoniser leur traitement.
Des critères contestés
L'opposition a toutefois continué de contester les critères retenus. Daniel Alamélou a demandé des précisions sur l'affirmation selon laquelle certaines associations de faible taille bénéficiaient auparavant de subventions importantes.
De son côté, Arnaud Alagapin, élu de la majorité, a indiqué que les dossiers avaient été évalués selon un système de scoring intégrant notamment "l'intérêt général, la cohérence et l'impact territorial" des projets.
Avant le vote, Nicolas Robert a résumé la position de l'opposition : "Décider vite, c'est bien. Décider juste, c'est encore mieux."
Malgré ces échanges nourris et plusieurs moments de tension, la délibération a finalement été soumise au vote du conseil municipal, adopté à une large majorité bien que la première adjointe se soit abstenue, sans que cette décision ne soit commentée.


