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Tribune : "L’Est n’est pas les iles Caïmans!"

Ecrit par Pierre-Jacques Surjus – le mercredi 15 juillet 2026 à 11H47
Pour le PDG de Bourbon composites, la ZFANG renforcée pour l'Est "ne suffira pas, à elle seule, à combler les retards structurels de notre territoire".

Après la présentation la semaine dernière du nouveau dispositif de Zone franche d'activité nouvelle génération (ZFANG) pour l'Est, le président du Club économique bénédictin, Pierre-Jacques Surjus, salue une avancée mais estime qu'elle ne transformera pas l'Est en "paradis fiscal" et ne suffira pas, à elle seule, à combler les retards structurels du territoire.

Il faut savoir reconnaître les avancées lorsqu'elles existent.

L'État et la CIREST ont su faire évoluer un dispositif national pour mieux tenir compte des réalités économiques et sociales de l'Est de La Réunion. Cette capacité d'écoute mérite d'être saluée.

L'État reconnaît enfin une évidence : notre territoire cumule des fragilités structurelles, aggravées par le passage du cyclone Garance. Avec un taux de pauvreté supérieur à 40 %, l'Est nécessite un accompagnement spécifique. Cette reconnaissance, désormais inscrite dans un texte réglementaire, montre que les politiques publiques peuvent évoluer lorsqu'elles s'appuient sur les réalités du terrain.

La ZFANG, créée en 2019 puis renforcée en 2024, bénéficie aujourd'hui d'un nouveau renforcement pour l'Est. Ce dispositif permet à plusieurs secteurs d'activité de profiter d'abattements fiscaux majorés, notamment sur l'impôt sur les bénéfices, la cotisation foncière des entreprises et la taxe foncière.

Lire aussi : Jusqu'à 80 % d'abattement sur les bénéfices : ce que la ZFANG renforcée change pour les entreprises de l'Est

Les transports, l'entreposage et plusieurs activités de services pourront ainsi améliorer leur compétitivité. Les autres secteurs déjà éligibles bénéficieront également d'une visibilité accrue grâce à un cadre stabilisé, favorable aux investissements.

C'est une bonne nouvelle.

"Gardons les pieds sur terre"

Mais gardons les pieds sur terre. Cette évolution ne transformera pas l'Est en paradis fiscal. Les commerçants, de nombreuses professions libérales et une grande partie des micro-entrepreneurs resteront exclus du dispositif. L'Est n'est pas, et ne deviendra pas, les Îles Caïmans.

Car la fiscalité n'est jamais une politique économique à elle seule.

Les exonérations ne remplacent ni les marchés, ni les investissements, ni la confiance. Elles créent des opportunités ; elles ne créent pas, à elles seules, la croissance.

Notre défi est ailleurs : construire un territoire attractif, doté d'infrastructures performantes, de foncier économique disponible, d'une commande publique mobilisée, d'entreprises innovantes et de compétences adaptées aux besoins des filières.

Jouons groupés.

"Adapter davantage la LODEOM aux réalités de l'Est"

L'Europe, l'État, la Région, le Département, les intercommunalités, les chambres consulaires et les entreprises doivent avancer dans la même direction. C'est cette mobilisation collective qui permettra à l'Est de franchir un véritable cap.

Une autre réflexion mérite désormais d'être engagée : adapter davantage la LODEOM aux réalités de l'Est afin d'encourager le recrutement de cadres, de techniciens et de compétences intermédiaires, notamment par des exonérations de charges sur les rémunérations comprises entre deux et trois fois le SMIC.

Nos entreprises sont souvent de petite taille. Elles peinent à franchir un seuil de développement faute d'encadrement. Pourtant, une entreprise mieux structurée est plus innovante, plus productive et plus créatrice d'emplois durables.

Notre ambition n'est pas de vivre sous perfusion de dispositifs publics.

Notre ambition est de bâtir une économie robuste, capable d'attirer les investissements, de soutenir l'innovation et de créer durablement de la richesse.

"Nous ne demandons pas une économie d'assistance"

L'Est possède de nombreux atouts.

Son histoire industrielle autour de la canne à sucre, son potentiel énergétique avec l'hydroélectricité, la biomasse, le photovoltaïque ou l'éolien, mais aussi son patrimoine naturel exceptionnel, de Takamaka à Grand Étang, de Salazie à la Plaine-des-Palmistes, en passant par les rivières, les paysages et une authenticité que beaucoup nous envient.

Nature et authenticité ne sont pas seulement une identité ; ce sont aussi des leviers de développement. À nous, chefs d'entreprise, de transformer ces opportunités en investissements, en recrutements, en innovations et en création de valeur.

Bien sûr, certains souhaiteront comparer notre situation à celle de Mayotte, qui bénéficie d'un régime plus favorable. Mais ce n'est pas notre état d'esprit.

Nous ne demandons pas une économie d'assistance. Nous demandons les moyens de réussir.

Ce dont l'Est a besoin, ce sont des marchés, des commandes, des investissements et une véritable stratégie de développement.

La puissance publique a un rôle essentiel à jouer. Les collectivités également. Les entreprises aussi.

Seuls, nous irons lentement. Ensemble, nous irons plus vite.

Et surtout, nous irons plus loin.

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