Revenir à la rubrique : Faits divers

Mégot, pierre, escargot... Comment les enquêteurs parviennent à retrouver le point de départ d'un incendie

Ecrit par L-H.T – le mercredi 15 juillet 2026 à 08H50
Photo d'illustration, capture d'écran X.

Les flammes ont disparu, mais l'enquête, elle, ne fait que commencer. Dans les cendres encore tièdes, des spécialistes traquent les indices laissés par le feu pour remonter jusqu'à son point de départ. Un travail minutieux, presque invisible, où un simple caillou, une coquille d'escargot ou un brin d'herbe peuvent révéler ce qui s'est joué quelques heures voire des jours plus tôt. Explications, alors que les feux font rage dans l'Hexagone.

Le silence après le vacarme de l'incendie ? Lorsque les hélicoptères s'éloignent, les camions replient leurs tuyaux, la fumée finit par se dissiper. Il ne reste qu'un paysage noirci, une odeur de cendre... et une question qui brûle encore. Comment tout cela a-t-il commencé ?

C'est précisément à cet instant qu'entre en scène une équipe méconnue du grand public. Ni pompiers en intervention, ni policiers scientifiques au sens classique, mais un trio composé d'un sapeur-pompier, d'un forestier et d'un enquêteur des forces de l'ordre. Leur mission est simple sur le papier, vertigineuse sur le terrain. Retrouver la première étincelle. Et avec la multiplication des feux dans l'Hexagone, ils ont du travail...

Observation du paysage

Contrairement aux idées reçues, l'enquête ne démarre pas en cherchant un mégot ou un bidon d'essence. Elle commence en lisant le paysage. Les spécialistes remontent le sens de propagation du feu, observent les herbes couchées, les troncs noircis, les feuilles figées dans une direction précise. Chaque détail peut évoquer le passage des flammes.

"Sur un tronc, les flammes vont s'enrouler et monter plus haut du côté opposé à l'attaque du feu, explique Marion Toutchkov, spécialiste de l'Office national des forêts, dans un entretien accordé au Monde. Les feuilles qui n'ont pas brûlé restent figées, pétrifiées dans la direction de l'écoulement du feu."

Lire aussi : Incendie de Fontainebleau : une origine volontaire envisagée, 500 pompiers toujours mobilisés

À mesure que les enquêteurs avancent, les indices deviennent plus subtils. Une pierre noircie d'un seul côté, par exemple. Une coquille d'escargot recouverte de suie. Une touffe d'herbe consumée différemment des autres. Des détails presque invisibles pour un promeneur, mais qui dessinent, pour un œil entraîné, la trajectoire exacte de l'incendie.

"Une coquille d'escargot et une pierre sont des indices précieux, parce que la suie s'accumule du côté où le feu est arrivé", résume un enquêteur de la cellule spécialisée interrogé par Libération.

"Pourquoi" ?

Lorsque le point d'éclosion est enfin localisé, l'enquête change de nature. Il ne s'agit plus de savoir où le feu est né, mais pourquoi. Les experts procèdent alors par élimination. Une ligne électrique passe-t-elle à proximité ? Des travaux étaient-ils en cours ? Un engin agricole a-t-il circulé ? La foudre est-elle tombée dans le secteur ? Quelqu'un a-t-il allumé un barbecue ou jeté une cigarette ?

"Tout est passé en revue, explique un gendarme spécialisé, cité par Le Monde. La recherche de la cause se fait par élimination successive."

Sur les incendies les plus importants ou les plus suspects, les investigations peuvent aller encore plus loin. Des chiens sont capables de détecter la présence d'accélérants, des aimants permettent de retrouver de minuscules fragments métalliques issus d'un outil ou d'une machine, tandis que les témoignages, les images de vidéosurveillance ou les relevés météorologiques viennent compléter le puzzle.

À La Réunion, cette expertise existe également. Depuis 2017, une cellule de recherche des causes et circonstances des incendies a été mise en place sous l'autorité de la préfecture. Elle réunit, là aussi, pompiers, forestiers de l'ONF et forces de l'ordre afin de comprendre l'origine des feux d'espaces naturels, mais aussi d'améliorer la prévention.

Comportements à risques

Car derrière chaque enquête se cache un enjeu bien plus vaste qu'une éventuelle procédure judiciaire. Identifier les causes permet d'adapter les campagnes de sensibilisation, de cibler les comportements à risque et parfois de modifier les dispositifs de surveillance.

Les statistiques rappellent d'ailleurs une réalité tenace. En France, neuf feux de forêt sur dix sont d'origine humaine, qu'il s'agisse d'une imprudence, d'un accident ou d'un acte volontaire. Le changement climatique favorise leur propagation, mais la première étincelle, elle, naît le plus souvent de la main de l'homme.

Lire aussi : Sécurité incendie : après des contrôles surprises, dix entrepôts dans le viseur de la préfecture

Et pourtant, malgré les progrès des méthodes d'investigation, toutes les affaires ne trouvent pas leur épilogue. Les flammes détruisent parfois les preuves qu'elles ont elles-mêmes créées. Il arrive alors que le point de départ soit identifié, sans que la cause exacte puisse être démontrée.

Comme si le feu emportait avec lui une partie de son secret...

Etiquettes : Enquête | Hexagone | Incendie | PU1 | Société

Dans la même rubrique

0💬
Tri :