"Votre voisine confond les bleus et les orgasmes ?" : jugé pour violences conjugales, il change de version à la barre

Teddy M. comparaissait lundi 13 juillet devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Il lui était reproché d'avoir frappé sa compagne dans la nuit du 15 au 16 avril à Saint-Paul, d'avoir refusé les vérifications d'alcoolémie et de détenir des stupéfiants. Le tout en état de récidive. Déjà incarcéré depuis trois mois, il a nié les coups pendant près d'une heure, en changeant plusieurs fois d'explication.
Il entre tête baissée, sans un regard pour la salle. Difficile de trancher, en le regardant s'installer : est-ce l'habitude d'un homme qui connaît la musique, ou autre chose ? Teddy M. a déjà comparu pour stupéfiants, menaces de mort, conduite sous influence. Il purge d'ailleurs une peine depuis trois mois. Consommateur de cannabis et de cocaïne, il assure devant le tribunal que la poudre relevait du "festif", de "l'occasionnel".
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Les faits, eux, tiennent en une soirée qui s'étire. Le couple, ensemble depuis six mois, dîne au QG, un restaurant de la Plaine des Cafres. On a bu. Vient l'heure de rentrer : lui veut partir, elle veut rester. La dispute éclate sur le parking, puis se poursuit dans l'habitacle. "J'ai voulu rentrer mais madame voulait pas." "Elle m'a mis des coups au bras." "Je l'ai saisie par le bras, j'étais au volant." Et cette formule, lâchée comme une explication suffisante : "C'est une relation toxique."
Au matin, la jeune femme présente de multiples lésions. "Elle sait d'où elles viennent", dira la partie civile, mais elle ne sait pas comment le prouver. C'est exactement là que l'audience va se jouer.
Le carnet de la voisine
Le prévenu ne conteste ni le refus des vérifications d'alcoolémie, qu'il reconnaît d'emblée, ni la détention de stupéfiants. Interrogé sur la drogue retrouvée, il finit par concéder : "C'est aussi à moi." Sur les coups, en revanche, il ne cède rien.
C'est la procureure qui fait vaciller l'édifice. Une voisine, explique-t-elle, tenait un journal des bruits venus de l'appartement : des disputes qui la réveillaient, des menaces prononcées par une voix d'homme. "Ça ne venait pas de la maison", rétorque le prévenu. La magistrate lui oppose que la voisine a donné son numéro d'appartement.
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Restent les hématomes. Le prévenu avance alors qu'ils seraient la trace de rapports sexuels. "Votre voisine confond les bleus et les orgasmes ?", l'interroge la procureure. Il maintient. À mesure que les questions se resserrent, sa langue se réduit à deux formules qu'il répète comme un refrain : "J'vous jure." "J'vous assure." Il accuse dans la foulée sa compagne d'être elle-même impliquée dans le trafic et de vouloir "reprendre du service". À la table du tribunal, le président ne laisse rien paraître, mais les questions se font plus courtes.
"Ce n'est pas madame qui change de version toutes les cinq minutes"
Une nouvelle plainte est versée à l'audience, pour appels et messages malveillants. Le prévenu se tourne vers son avocat, désabusé.
L'avocat de la partie civile propose de "remettre l'église au centre du village" : "ce n'est pas madame qui présente des traces de stupéfiants, ce n'est pas madame qui change de version toutes les cinq minutes". Il rappelle les blessures constatées, les tests toxicologiques négatifs de la jeune femme, sa vulnérabilité, puisqu'elle est malvoyante. Il sollicite une mesure d'éloignement, 5.000 euros au titre du préjudice et 800 euros de frais d'avocat.
La procureure pointe des changements de version "à vocation défensive". Elle relève que le prévenu boit et consomme, et s'agace : "Pourquoi ment-on encore à la barre ?" Elle requiert deux ans d'emprisonnement dont six mois assortis d'un sursis probatoire de deux ans, une interdiction de contact et une obligation de soins.
"Un p'tit jeu"
La défense, elle, retourne le récit : la compagne boirait et "deviendrait méchante", la dispute serait devenue "un p'tit jeu" pour elle. L'avocat concède un passif de trafic mais assure que son client s'en est écarté, que ses parents sont malades, qu'il veut "avancer". Il plaide le sursis, "afin qu'il puisse continuer sa vie".
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Le tribunal n'a pas suivi. Teddy M. est condamné à deux ans d'emprisonnement, dont un an assorti du sursis, avec interdiction d'entrer en contact avec la victime et obligation de soins. Il devra lui verser 3.000 euros au titre du préjudice moral.


