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Pourquoi le Tresta Star est-il toujours là quatre ans après son naufrage ?

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le dimanche 19 juillet 2026 à 13H52
Quatre ans plus tard, l'épave de Stresta Star est rongée par l'océan. Crédit photos L-H.T

Plus de quatre ans après le cyclone Batsirai, le Tresta Star veille sur le Sud sauvage comme un géant blessé. Échoué au pied des falaises du Tremblet après une nuit de cauchemar, le navire raconte à lui seul la violence de l'océan Indien, l'audace des sauveteurs et les dilemmes que pose encore son avenir. Reportage au plus près d'une épave devenue un symbole.

Il faut quelques minutes de marche pour l'apercevoir. Puis il surgit, immense. La proue tournée vers le large, la coque éventrée, rongée par le sel et les embruns. Le rouge d'origine a laissé place à une mosaïque de brun, d'orange et de gris.

L'air sent l'iode, la roche humide et le métal qui se consume lentement. Ici, seul l'océan commande. Toutes les dix ou quinze secondes, une vague frappe la coque avec une violence qui résonne jusque dans la poitrine.

3 février 2022

Le vent siffle entre les tôles. En contrebas, les vagues explosent contre la roche noire dans un grondement sourd. À chaque déferlante, la carcasse semble frissonner. Posé de travers sur la coulée de lave du Tremblet, le Tresta Star n'est plus vraiment un navire. C'est un morceau de paysage. Une balafre d'acier rouillé qui, quatre ans après son échouement, continue de rappeler cette nuit folle qu'a connue La Réunion.

Difficile d'imaginer qu'au soir du 3 février 2022, ce géant de 74 mètres dérivait encore au large avec 11 hommes à son bord.

Ce jour-là, le cyclone Batsirai balaie l'océan Indien. Le navire mauricien, un souteur chargé d'approvisionner d'autres bateaux en carburant, perd progressivement la maîtrise de sa route. Dès le matin, un message de détresse est lancé. Les moteurs ne permettent plus de maintenir un cap face à une mer démontée. Les vents dépassent les 150 km/h, la houle atteint des niveaux exceptionnels et La Réunion est placée en alerte rouge.

Pendant des heures, les secours cherchent une solution. Un remorquage est envisagé. Plusieurs navires se tiennent prêts. Mais personne ne peut intervenir dans de telles conditions. Le Tresta Star dérive inexorablement vers les falaises basaltiques de Saint-Philippe.

Vers 21 heures, le choc est inévitable.

Le navire vient s'encastrer sur une ancienne coulée de lave, au pied des falaises du Tremblet. Les vagues le soulèvent avant de l'écraser contre la roche. À l'intérieur, les marins comprennent que le temps leur est compté.

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Sur la terre ferme, une opération que beaucoup jugent impossible est pourtant en train de se mettre en place.

Les hommes du Grimp, les sapeurs-pompiers spécialisés dans les interventions en milieux périlleux, progressent de nuit sous une pluie battante. La roche volcanique est glissante, friable. Les rafales secouent les sauveteurs. Une tyrolienne est installée entre la falaise et le bateau.

L'un d'eux traverse seul jusqu'au navire.

Lorsqu'il atteint le pont, une partie des niveaux inférieurs est déjà envahie par l'eau. Les marins, épuisés par des heures de lutte, n'attendent plus qu'une chose, quitter ce piège d'acier. Un à un, ils sont harnachés puis glissent dans la nuit jusqu'à la terre ferme. L'intervention durera près de dix heures. Dix heures. Les cinq pompiers engagés seront ensuite décorés, et cette mission sera saluée même par l'Organisation maritime internationale (OMS). Plusieurs d'entre eux le disent aujourd'hui sans détour : "On les a sauvés de la mort."

Mission impossible ?

Le danger ne disparaît pourtant pas avec le sauvetage.

Dans les jours suivants, la coque s'ouvre davantage. Du carburant s'échappe en mer. Une traînée brunâtre s'étire sur plusieurs kilomètres, poussée par la houle. Les plans Polmar sont déclenchés. Des équipes spécialisées pompent les cuves, récupèrent les hydrocarbures et nettoient l'épave dans une véritable course contre la montre avant que l'océan ne fasse davantage éclater le navire.

Mais retirer le Tresta Star relève presque de l'impossible.

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Coincé dans les roches de la lave, frappé sans relâche par la houle du Sud sauvage, le navire représente un chantier titanesque. Le Bureau d'enquêtes sur les événements de mer conclura qu'aucune solution de secours n'était réellement envisageable au moment du cyclone et formulera plusieurs recommandations pour éviter qu'un tel scénario ne se reproduise.

En clair, l'État a donc privilégié une solution rarement spectaculaire mais jugée la moins dangereuse : laisser l'épave se dégrader naturellement après sa dépollution.

Aujourd'hui, le bateau n'est plus celui que les Réunionnais ont découvert en 2022. Mais reste bien là, squelettique, inerte, battu par les vents et la force de l'océan.

Accès interdit

La coque s'est brisée. Les ponts s'affaissent. Les tagues recouvrent même ce qui reste de la tôle. Des pans entiers disparaissent au fil des tempêtes. Chaque forte houle emporte un peu plus de ce géant d'acier, au point que les autorités redoutent désormais un effondrement brutal pouvant entraîner une partie de la falaise. L'accès est interdit, malgré les images spectaculaires qui continuent de circuler sur les réseaux sociaux.

Chaque houle australe arrache un peu plus de métal, tord les poutres, fait gémir l'acier. Les ingénieurs parlent de "corrosion, de contraintes mécaniques ou de fatigue des matériaux". Sur place, le spectacle est plus brut. À chaque déferlante, des milliers de tonnes d'eau s'abattent sur le navire avec une puissance qui dépasse l'entendement.

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Et ce qui semblait indestructible en 2022 se désagrège aujourd'hui sous l'effet d'une force invisible mais implacable. "La nature ne détruit pas d'un coup. Elle use, elle ronge, elle finit toujours par reprendre ce qui lui résiste".

Face au Tresta Star, le temps semble aujourd'hui suspendu.

Et dans quelques années ?

Les touristes s'arrêtent quelques minutes, car oui, il attire les visiteurs. Mais le Tresta Star ne quittera probablement jamais le Tremblet d'un seul morceau. Son avenir est déjà écrit. Chaque saison cyclonique accélère sa disparition. D'ici quelques années, il ne restera peut-être que quelques plaques d'acier éparpillées entre les blocs de basalte.

Les autorités continuent d'interdire l'accès au site, car un effondrement peut survenir à tout moment. Ironie de l'histoire, ce navire destiné à disparaître lentement est devenu l'un des sites les plus photographiés de La Réunion. Un monument involontaire façonné autant par les hommes que par l'océan.

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