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"10 à 15 jours" de marge : l'urgence de l'eau s'impose à nouveau dans l'Est 

Ecrit par P.M. – le lundi 20 juillet 2026 à 19H05

Alors que les ressources en eau atteignent des niveaux historiquement bas dans l'Est - et à La Réunion en général - et que le risque de nouvelles coupures reste suspendu au retour des pluies, la Cirest et l'Agence française de développement ont signé ce lundi une convention de subvention de 400.000 euros. L'enveloppe doit permettre à l'intercommunalité de renforcer son ingénierie pour préparer et sécuriser plusieurs projets majeurs dans les domaines de l'eau potable et de l'assainissement. 

Quelques semaines après avoir dévoilé une feuille de route de plus de 90 millions d'euros pour rattraper le retard accumulé dans les infrastructures hydrauliques de l'Est, la Cirest franchit une nouvelle étape. L'intercommunalité a signé lundi 20 juillet avec l'Agence française de développement (AFD) une convention portant sur une subvention de 400.000 euros.

Lire aussi : Une "Autoroute de l'eau" : le chantier colossal qui doit sécuriser l'approvisionnement dans l'Est

Une enveloppe qui ne servira pas directement à financer les travaux, mais à financer et renforcer l'assistance à maîtrise d'ouvrage de la collectivité sur les volets technique, financier, administratif et juridique. Une étape indispensable pour préparer les opérations, sécuriser les financements et accompagner la réalisation de projets parfois particulièrement complexes.

Parmi les opérations directement concernées figurent deux des plus importants chantiers de la programmation de la Cirest : la future unité de potabilisation de l'Olympe à Saint-Benoît et l'extension de la station d'épuration de Chemin l'Étang à Saint-André. Deux dossiers sur lesquels des mises en demeure ont été actées par l'État.

Joé Bédier et l'AFD ont signé ce lundi une convention de 400.000 euros pour accompagner les grands projets liés à l'eau de la Cirest.

"À la limite de ne plus délivrer de permis de construire"

Pour Joé Bédier, président de la CIREST et maire de Saint-André, cette convention s'inscrit dans une stratégie plus large de rattrapage du retard de l'Est en matière d'infrastructures.

"Cette convention est bien plus qu'un document administratif. Elle traduit une volonté commune, celle de donner enfin à l'Est de La Réunion les moyens de répondre à l'un des plus grands défis de notre époque", a-t-il déclaré lors de la signature.

Le président de l'intercommunalité dresse une nouvelle fois le constat d'un territoire confronté au vieillissement de ses réseaux, à des capacités de stockage insuffisantes et à des ressources qui n'ont pas été suffisamment sécurisées au fil des décennies. Des fragilités désormais aggravées par le changement climatique.

Une problématique qui a des impacts directs sur le développement du territoire : "À Saint-André, moi, je suis limite où je ne peux plus délivrer de permis de construire. Et surtout, quand on sait qu'on est en train de travailler sur le développement économique, sans eau, comment va-t-on développer l'économie ?"

400.000 euros pour mieux préparer les investissements

Avec cette subvention, financée par le ministère des Outre-mer via le Fonds Outre-mer, la Cirest bénéficiera pendant quatre ans d'un accompagnement spécialisé.

Pour Christophe Dias, directeur régional adjoint de l'AFD, l'enjeu est précisément d'aider la collectivité en amont des travaux : "Cette subvention permettra de mieux préparer les investissements, de sécuriser les financements et de suivre les contrats, de consolider les outils de prospective financière et de renforcer les compétences des équipes."

L'AFD se positionne également pour accompagner financièrement la suite du programme lorsque les projets seront suffisamment avancés, via la possibilité de prêts et de financements bonifiés.

La photo du Grand Etang déjà à sec début juillet est devenu le symbole de la profonde sécheresse qui frappe l'Est et la Réunion cette année (Photo Christophe Lacaze/Office de l'eau).

Deux grands projets en première ligne

Pour Laurent Jean-François, directeur du service eau et assainissement de la Cirest, cette assistance doit permettre à la collectivité de disposer d'une expertise renforcée sur la construction de l'unité de potabilisation de Saint-Benoît et l'extension de la STEP de Saint-André, à Chemin l'Étang.

L'accompagnement portera également sur le suivi des contrats de concession, la prospective financière, le montage des demandes de subventions et les questions juridiques liées aux marchés d'investissement et d'exploitation.

Une convention qui intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Malgré les pluies observées ces derniers jours, la situation hydrologique reste fortement déficitaire dans l'Est.

Une marge de "10 à 15 jours" faute de pluies

Selon Laurent Jean-François, les dernières données font état de ressources "historiquement faibles", après une saison des pluies présentée comme la plus sèche depuis le début des mesures de Météo-France.

L'Est est particulièrement vulnérable car son alimentation repose encore largement sur des ressources superficielles, qui réagissent beaucoup plus rapidement au manque de pluie que les nappes souterraines.

La situation est telle que, selon les estimations évoquées par le responsable, les dernières pluies n'offriraient qu'une marge de l'ordre de 10 à 15 jours sur la ressource avant un nouveau risque de coupures, en l'absence de précipitations suffisantes.

Lire aussi : Sécheresse : déjà à sec, le Grand Étang affichait encore 5,30 mètres d'eau il y a un an

Un paradoxe parfois difficile à expliquer à la population lorsqu'il pleut ponctuellement. Laurent Jean-François reprend l'image utilisée par Météo-France lors du comité sécheresse : "Si un réservoir a besoin de 20 litres et qu'une pluie n'en apporte que 50 centilitres, les 19,5 litres manquants restent à combler."

Le signal le plus spectaculaire est venu du Grand Étang, qui était encore à sec la semaine dernière. Une situation habituellement observée beaucoup plus tard dans l'année, autour des mois de novembre ou décembre, et qui n'a été constatée que deux ou trois fois en quarante ans à cette période par les connaisseurs du site.

"On n'a pas anticipé"

Pour Joé Bédier, cette crise confirme l'urgence de changer d'échelle. "L'eau ne coule plus abondamment comme ce fut le cas il y a encore une vingtaine d'années", estime le président de la Cirest, qui pointe à la fois le changement climatique et le retard pris dans la rénovation des infrastructures.

Le rendement des réseaux de l'Est tourne autour de 55 %, tandis que la consommation d'eau est deux fois supérieure à celle observée dans l'Hexagone.

"On n'a pas anticipé", critique Joé Bédier en direction de ses prédécesseurs. Il cite parmi les priorités la réfection des réseaux vétustes, la prospection de nouveaux forages, l'augmentation des capacités de stockage et le déploiement de la télérelève pour détecter plus rapidement les fuites.

Etiquettes : AFD | Cirest | Eau | PU2 | Sécheresse

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