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Chikungunya : cette étude réunionnaise alerte sur l’après-maladie

Ecrit par Gaetan Dumuids – le mardi 21 juillet 2026 à 06H59

Alors que La Réunion a été frappée en 2024-2025 par une nouvelle épidémie majeure de chikungunya, une étude réunionnaise invite à regarder au-delà de la phase aiguë de la maladie. Réalisée à partir de données issues de la cohorte CHIKGene, après l’épidémie de 2005-2006, elle souligne un risque accru de troubles anxieux et dépressifs chez les personnes qui conservent des douleurs ou une fatigue chronique après l’infection.

La fièvre, les douleurs articulaires, les passages aux urgences et les formes sévères ont marqué l’épidémie de chikungunya de 2025. Mais une autre question se pose désormais : que restera-t-il de cette vague dans les mois et les années à venir chez les personnes les plus durablement touchées ?

La réponse ne se trouve pas encore dans les données de 2025. Il est trop tôt pour mesurer précisément l’impact à long terme de cette nouvelle épidémie. Mais une étude réunionnaise menée à distance de la grande épidémie de 2005-2006 apporte un éclairage utile et appelle à la vigilance.

Lire aussi : Chikungunya : forte immunité collective à La Réunion après la vague de 2025

Cette étude, réalisée par Jérémy Fontaine dans le cadre d’une thèse de médecine générale soutenue à l’Université de La Réunion, s’intitule “Troubles anxio-dépressifs à distance d’une épidémie de Chikungunya : étude exposé-non exposé ancillaire à la cohorte réunionnaise CHIKGene”. Elle ne porte donc pas sur les patients infectés en 2025, mais sur des personnes suivies plusieurs années après la précédente grande épidémie réunionnaise.

Des séquelles qui ne sont pas seulement articulaires

Jusqu’ici, les conséquences chroniques du chikungunya ont surtout été évoquées à travers les douleurs articulaires persistantes, la fatigue ou la perte de qualité de vie. L’étude CHIKGene s’intéresse à un autre versant : les troubles anxieux, les troubles dépressifs et les troubles mixtes anxio-dépressifs.

Les chercheurs ont comparé 451 personnes réparties en trois groupes : des personnes non exposées au chikungunya, des personnes infectées mais considérées comme guéries, et des personnes infectées présentant encore des manifestations prolongées, notamment des douleurs chroniques ou une fatigue persistante.

Le résultat principal est net : les troubles mixtes anxio-dépressifs sont beaucoup plus fréquents chez les personnes encore malades à distance de l’infection. Dans l’échantillon étudié, 25,4% des sujets exposés au chikungunya et gardant des manifestations chroniques présentaient des troubles mixtes anxio-dépressifs, contre 3,9% chez les personnes infectées mais guéries et 4,2% chez les personnes non exposées.

Les scores moyens d’anxiété et de dépression étaient également plus élevés chez les personnes souffrant de manifestations prolongées. Autrement dit, l’étude ne dit pas simplement que le chikungunya peut laisser des douleurs : elle montre que ces douleurs et cette fatigue peuvent s’accompagner d’un poids psychique important.

Une alerte utile après l’épidémie de 2025

Cette conclusion prend un relief particulier après l’épidémie de 2025. La Réunion a connu une circulation intense du virus, avec des dizaines de milliers de cas confirmés. L’urgence sanitaire a d’abord été de traiter les formes aiguës, de protéger les personnes fragiles et de limiter la circulation du moustique.

Mais l’après-épidémie pourrait désormais devenir un enjeu de santé publique. Les personnes qui ne récupèrent pas complètement, qui conservent des douleurs articulaires, une fatigue inhabituelle ou une perte d’autonomie, pourraient aussi nécessiter un suivi psychologique ou psychiatrique plus attentif.

L’intérêt de l’étude de Jérémy Fontaine est précisément de rappeler que les séquelles du chikungunya ne doivent pas être réduites à une affaire de rhumatologie. Chez certains patients, le retentissement peut être plus global : douleur, fatigue, sommeil, moral, anxiété, isolement et qualité de vie peuvent s’entremêler.

Des résultats à manier avec prudence

L’étude comporte toutefois des limites importantes. Ses résultats ne peuvent pas être appliqués automatiquement à toutes les personnes infectées en 2025. D’abord, parce que les données étudiées concernent principalement l’épidémie de 2005-2006, avec un recul très long. Ensuite parce que l’échantillon n’est pas parfaitement représentatif de l’ensemble de la population réunionnaise.

Les auteurs eux-mêmes appellent à la prudence. Ils soulignent l’existence possible d’un biais de sélection et le rôle confondant de la fatigue. En clair, l’étude permet de dire que les troubles anxio-dépressifs sont plus fréquents chez les personnes gardant des manifestations chroniques après chikungunya. Elle ne permet pas d’affirmer, à elle seule, que l’infection provoque directement et indépendamment ces troubles dans toute la population.

Autre limite : l’anxiété et la dépression ont été évaluées à l’aide de l’échelle HAD, un outil reconnu de dépistage, mais qui ne remplace pas un diagnostic clinique complet posé par un professionnel de santé.

Suivre les patients dans la durée

Malgré ces précautions, le message reste important. Après l’épidémie de 2025, le suivi ne pourra pas se limiter au comptage des cas ou à la disparition de la fièvre. Il faudra aussi s’intéresser aux patients qui gardent des douleurs, une fatigue durable ou une altération de leur qualité de vie.

L’étude réunionnaise invite donc à intégrer la santé mentale dans la prise en charge de l’après-chikungunya. Sans dramatiser, mais sans minimiser non plus. Pour une partie des malades, la sortie de l’épidémie ne se joue pas seulement dans les courbes sanitaires : elle se joue aussi dans la capacité à retrouver un quotidien, un sommeil, une mobilité et un équilibre psychique.

Etiquettes : Chikungunya | PU2 | Santé mentale

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