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Subvention de 50.000 euros : la situation d’une adjointe de Saint-André en question, l’opposition saisit la CRC

Ecrit par P.M. – le mardi 21 juillet 2026 à 16H37
Pour l'opposition, l'adjointe était toujours présidente au moment du vote , ce que réfute la mairie. Ici, Evelyne Voisin lors de la cérémonie d'investiture de Joé Bédier.

Une subvention de 50.000 euros accordée par la mairie à l’ASDR place une adjointe municipale au centre d’une polémique. Alors que les documents administratifs la mentionnent (encore) comme présidente de l’association, la mairie produit un procès-verbal selon lequel elle aurait démissionné de cette fonction dès octobre 2025. L’opposition évoque un possible risque de prise illégale d’intérêts et menace de saisir la justice alors que c'est le "concubin" de l'adjointe qui lui aurait par ailleurs succédé à l'ASDR. La mairie réfute toute irrégularité.

L’affaire pourrait désormais dépasser les murs du conseil municipal de Saint-André. Laurent Virapoullé, conseiller municipal d’opposition, indique avoir effectué un signalement auprès de la cour des comptes (CRC) concernant les conditions d’attribution d’une subvention de 50.000 euros à l’Association Action Solidaire pour le Développement de La Réunion (ASDR). Un dernier signalement dévoilé par Freedom que le candidat nous a ensuite confirmé.

Au cœur de ses interrogations : la situation de Marie Evelyne Voisin, adjointe au maire de Saint-André, présente lors de la séance du conseil municipal du 28 avril au cours de laquelle les subventions aux associations ont été examinées et votées. La délibération portait sur une enveloppe globale de 1,5 million d’euros. Dans le tableau annexé figure bien le nom de l’ASDR, bénéficiaire d’une subvention de 50.000 euros.

Pour l’opposition, toute la question est de savoir quelle était exactement la situation de l’élue au moment de ce vote. Et les pièces administratives obtenues auprès des services de l’État entretiennent en effet le doute.

Pour rappel, la participation d’un élu à une décision accordant une subvention à une association qu’il préside est susceptible de caractériser une prise illégale d’intérêts.

En ligne, c'est toujours le nom de l'adjointe qui apparait en tant que présidente.

Toujours présidente pour la préfecture

Interrogée récemment, la sous-préfecture de Saint-Paul, en charge du greffe des associations dans l'île, désigne toujours Marie Evelyne Voisin comme la présidente de l’association et Dominique Virassamy comme son représentant.

En juillet 2023, lors d’une assemblée générale ayant notamment acté le changement de nom de l’association, Marie Evelyne Voisin est toujours désignée comme présidente tandis que Dominique Johan Virassamy devient directeur. Les statuts adoptés à cette époque prévoient alors un bureau composé d’une présidente et d’un directeur.

Plus troublant pour l’opposition : Marie Evelyne Voisin est toujours présentée comme dirigeante sur des bases de données publiques en ligne, preuve supplémentaire que le greffe n'a pas été modifié.

Un PV de démission datant d’octobre 2025

Interrogée, la mairie de Saint-André conteste toute irrégularité et produit un autre document en réponse : un procès-verbal d’assemblée générale extraordinaire daté du 10 octobre 2025.

Selon ce document, l’assemblée a pris acte de la démission définitive de Marie Evelyne Voisin de ses fonctions de présidente et procédé à l’élection d’une nouvelle gouvernance. Dominique Johan Virassamy a été élu président, Carole Virassamy trésorière et Paul Virassamy directeur. Le PV confie au passage au nouveau président les pouvoirs pour accomplir les formalités obligatoires de déclaration auprès du greffe des associations.

Ce qui n'était pas le cas au moment où nous avons interrogé les services de la sous-préfecture il y a une dizaine de jours. La présidente restait alors toujours en fonction dans les documents officiels. Une modification du bureau aurait été initiée récemment, mais la procédure n'a pas abouti du fait de l'absence de certaines pièces. Or, un récépissé préfectoral figurant dans les propres documents administratifs de l’association rappelle que les changements intervenant dans sa direction doivent être déclarés dans un délai de trois mois. Ils ne deviennent opposables aux tiers qu’à compter de leur déclaration.

Un changement non déclaré dans les trois mois

Selon nos informations, cette absence de déclaration dans les délais ne signifie pas nécessairement que la démission décidée en interne serait juridiquement inexistante. Elle pose par contre la question de la situation officiellement opposable aux tiers lors du conseil municipal du 28 avril. Ce que l'opposition ne se prive pas de mettre en avant.

Pour la municipalité, pas de débat : lorsque le conseil municipal a voté la subvention de 50.000 euros en avril, Marie Evelyne Voisin n’était plus présidente de l’ASDR depuis plusieurs mois.

Même chose concernant le récépissé envoyé par les services de l'Etat, début juillet.

Le nouveau président serait le "compagnon" de l’adjointe

Un autre élément alimente les interrogations de l’opposition. Selon plusieurs sources concordantes, Dominique Johan Virassamy, le nouveau président de l’ASDR désigné par le PV d’octobre 2025, ne serait autre que le "concubin" de Marie Evelyne Voisin.

Interrogée, la mairie de Saint-André n’a souhaité ni confirmer ni infirmer cette information, considérant qu’elle relève de la vie privée de l’élue. L'adjointe n'a également pas souhaité prendre la parole.

"Si le procureur ne se saisit pas de l'affaire, je porterai plainte"

Contacté, Laurent Virapoullé confirme avoir effectué un signalement auprès de la CRC afin que les conditions d’attribution de la subvention soient examinées. Le conseiller municipal d’opposition considère que Marie Evelyne Voisin aurait dû, par précaution, se déporter totalement de la délibération concernant les subventions aux associations. "Elle aurait dû se déporter. À la rigueur, elle ne devait pas participer au vote. C’est le minimum", estime-t-il. L’opposant va plus loin et annonce une possible démarche judiciaire.

"Si le procureur ne se saisit pas de l’affaire lui-même, je porterai plainte", prévient Laurent Virapoullé. Il dit également nourrir des interrogations sur le PV du 10 octobre 2025 produit par la mairie, compte tenu notamment de l’absence de déclaration du changement de gouvernance dans les mois suivants et au moins jusqu'en juin dernier.

Laurent Virapoullé a saisi la CRC et menace de porter plainte "si le procureur ne se saisit pas de l'affaire" (archives).

"Pas de sujet » pour la mairie

Du côté de la mairie, on réfute toute irrégularité.

Interrogé en début de semaine, le cabinet du maire assure que les documents établissant la démission de Marie Evelyne Voisin avaient été transmis à la collectivité avant le conseil municipal. Pour la municipalité, l’élue n’étant plus présidente de l’ASDR, aucune situation ne justifiait son déport lors du vote.

La mairie assure également que l’adjointe n’a participé ni à l’instruction du dossier ni à la fixation du montant attribué à l’association et souligne que la subvention accordée à l’ASDR n’a pas augmenté cette année.

Selon le cabinet, si les services municipaux avaient identifié le moindre risque juridique, les dispositions nécessaires auraient été prises pour écarter l’élue du processus décisionnel. Si le contrôle de légalité devait malgré tout considérer que la procédure pose problème, la délibération pourrait être soumise une nouvelle fois au vote du conseil municipal, précise la commune.

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