Quelque 200 appels, 300 SMS : il harcèle son ex enceinte au mépris de l'interdiction

Johan M. comparaissait lundi 20 juillet devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Il lui était reproché d'avoir submergé son ex-compagne d'appels et de messages entre juin et juillet, au mépris d'une interdiction judiciaire de la contacter. Le tout en état de récidive. Incarcéré depuis le 18 juillet, il a reconnu l'ensemble des faits.
Plus de deux cents appels. Environ trois cents SMS. Voilà ce qui est reproché à Johan M., qui a repris contact avec son ex-compagne malgré une interdiction prononcée par la justice. Le prévenu reconnaît tout d'emblée. "J'ai pas su faire comme il aurait fallu."
Il commence par soutenir qu'il avait cru comprendre qu'elle voulait renouer. La jeune femme, enceinte de cinq mois, dit l'inverse. C'est là que le dossier se noue, et que la version du prévenu va se décomposer au fil des questions.
"Ce n'est pas ce qu'elle raconte"
Les assesseurs entrent dans le vif. "Elle est enceinte de cinq mois. En fait, vous ne l'avez jamais respectée, cette interdiction, c'est ça ?" "Elle est venue chez moi, oui", répond le prévenu. "Ce lien à madame, il n'est pas sain, monsieur", tranche le second assesseur.
Le président reprend : la victime affirme ne pas l'avoir contacté. "Ce n'est pas ce qu'elle raconte." Le prévenu ouvre grand les yeux, sonné. "Je vous assure, monsieur le président, j'ai des preuves, elle m'a envoyé son adresse, des photos, des courriers, j'en ai plein." Il enchaîne, elle aurait regretté de l'avoir envoyé en prison, elle aurait payé son loyer pendant sa détention. Le président, imperturbable : "Ce n'est pas ce qu'elle dit, monsieur."
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Vient un aveu qui résume tout. "Elle a donné son numéro et son adresse à ma sœur, et là je me suis senti comme un vainqueur. Je suis rentré dans le jeu." "Ce n'est pas elle qui vous a fait rentrer dans le jeu, c'est vous", corrige le président. "Oui", lâche le prévenu. Son propre avocat l'interpelle : "Ça veut dire quoi, une interdiction de contact, monsieur ?" Un soupir. "Pas de contact." Il se réfugie alors derrière ses enfants, répète que tout cela n'était que pour eux.
"On a l'impression d'un téléphone qui sonne en permanence"
La partie civile rappelle que la jeune femme, mère de trois enfants dont un seul reconnu par le prévenu, avait tenté de créer du lien avant que la situation ne dégénère. Elle n'a pas souhaité venir. Son conseil réclame 1.500 euros de dommages et intérêts et le renouvellement de l'interdiction de contact.
La procureure, elle, démonte l'argument des enfants. Quarante-trois appels, puis cent dix, puis cent onze, certains masqués. "C'est comme si on avait perpétuellement un téléphone qui sonne", résume-t-elle. "On ne peut plus dire que c'est seulement pour les enfants." Elle lit quelques-uns des messages envoyés, dont le ton en dit long, et requiert dix mois d'emprisonnement, le maintien en détention et le renouvellement de l'interdiction pour deux ans, avec possibilité d'aménagement.
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La défense ne nie pas l'évidence. "Vous n'êtes pas un très bon compagnon, il faut l'avouer", concède l'avocat à son client, avant de plaider un père perdu dans un "no man's land juridique". Il met en avant un CDI, un logement, une prise de conscience, sollicite une prise en charge et un stage de sensibilisation aux violences sexistes. "Si vous l'envoyez en prison, c'est foutu." À la barre, le prévenu se met à pleurer, essuyant ses larmes dans son t-shirt.
Le tribunal condamne Johan M. à dix mois d'emprisonnement, avec maintien en détention et renouvellement de l'interdiction de contact pour deux ans. Il devra verser 800 euros au titre du préjudice moral. La peine est aménageable.


