Sondage exclusif Zinfos 974 : prime aux sortants, indécision... Quelles sont les intentions de vote à moins de deux mois des municipales ?

À moins de deux mois des élections municipales, une enquête exclusive réalisée par l’institut Sagis en novembre 2025 pour Territoires et Zinfos 974 dresse un état des lieux précis des intentions de vote à La Réunion. Entre hésitations massives, prime aux sortants et configurations de second tour décisives, cette photographie de l’opinion éclaire autant qu’elle rappelle les limites de l’exercice.
À mesure que s’approche l’échéance de mars 2026, la campagne municipale réunionnaise entre dans sa phase la plus stratégique. Les équipes affûtent leurs messages, les candidats se positionnent, les alliances s’esquissent. Mais que sait-on réellement de l’état de l’opinion, à deux mois du scrutin ?
Un sondage exclusif réalisé par l’institut Sagis pour Territoires et Zinfos974, auprès de 800 personnes interrogées en novembre dernier, apporte un premier éclairage. Une photographie utile, à condition d’en comprendre le cadre, la portée… et les fragilités.
Durable et périssable
Car un sondage n’est jamais qu’un instantané statistique. Il repose sur le principe plutôt simple d'interroger un échantillon représentatif afin d’extrapoler des résultats à l’ensemble de la population étudiée, avec des marges d’erreur inévitables. Il ne prédit pas une élection, il décrit un état de l’opinion à un moment donné, d’autant plus fragile que les comportements électoraux sont parmi les phénomènes les plus volatils que mesurent les sciences sociales.
“Le sondage peut donc livrer une information plus ou moins durable ou périssable, confirme le directeur des études du groupe Sagis, Philippe Fabing. Une information fiable demande beaucoup d’efforts pour construire des échantillons correctement représentatifs. C’est une condition nécessaire (et non suffisante), qui exige un mode de collecte de données et une rigueur de constitution d’échantillon, sans lesquels on ne peut garantir aucune fiabilité des informations recueillies.”
Un électorat encore très largement ouvert
Où se situent les électeurs avant cette période finale décisive ? Où en est l’avancement de leur prise de choix de vote ? Avec quelle envie de soutenir, ou au contraire, de sanctionner, le maire en place ?
Premier constat à La Réunion : le choix est loin d’être arrêté pour une majorité d’électeurs. Parmi les personnes inscrites sur les listes électorales et se déclarant certaines d’aller voter, 44 % affirmaient en novembre que leur décision était déjà prise. Mais ce chiffre, en apparence solide, mérite d’être nuancé. Car parmi ces électeurs décidés, 77 % jugeaient leur choix définitif, tandis que 23 % reconnaissaient qu’il peut encore évoluer.
À l’autre bout du spectre, l’incertitude domine. 20 % des sondés disaient hésiter entre plusieurs candidats, et surtout 36 % déclaraient ne pas savoir du tout pour qui ils voteront. Autrement dit, près de deux électeurs sur trois restaient, à des degrés divers, indécis dans leur choix.
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Cette indécision massive confirme l’importance des dernières semaines de campagne. Car selon l’analyse de Sagis, une partie des électeurs indécis (entre 10 et 15 %) pourrait finalement renoncer à se rendre aux urnes. Mais il reste malgré tout entre la moitié et les deux tiers du corps électoral à convaincre dans le sprint final. Un chiffre qui relativise fortement toute tentative de projection prématurée.
La “prime au sortant” toujours bien installée
Deuxième enseignement majeur : la situation globalement favorable des maires sortants. À l’échelle de l’ensemble de l’île, 30 % des électeurs ont déclaré qu’ils voteront “certainement” pour leur maire actuel s’il se représente. À ce socle s’ajoutent 33 % qui indiquaient qu’ils voteront “probablement” pour lui.
En face, l’opposition n’est pas négligeable : 16 % ont affirmé qu’ils ne voteront probablement pas pour le maire sortant, et 21 % qu’ils ne voteront “certainement” pas pour lui. Au total, les sortants disposent donc d’un noyau dur d’environ 30 %, face à une opposition de l’ordre de 37 %, et peuvent espérer consolider le soutien d’un groupe charnière de 33 %, encore favorable, mais non acquis.
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C’est là que se jouera l’essentiel de la bataille. “Ce sera la clef du scrutin”, résume l’institut. En clair, un électorat intermédiaire à conforter pour les équipes en place, à faire basculer pour les oppositions.
Ces chiffres confirment une tendance bien connue des municipales : l’avantage structurel des sortants. Aucune vague de rejet généralisé ne se dessinait à quatre mois du scrutin. La tentation du “dégagisme” apparaissait même marginale, et la “prime au sortant” devrait, une fois encore, se confirmer dans nombre de communes. Sans pour autant garantir une reconduction automatique des équipes en place.
Des dynamiques locales et des seconds tours décisifs
Prudence toutefois dans l’interprétation globale. Le sondage livre des résultats à l’échelle de toute l’île, "mais les situations communales restent et resteront extrêmement contrastées". Tous les maires ne partent donc pas égaux, et chaque territoire obéit à "sa propre histoire politique, à ses rapports de force locaux, à la personnalité des candidats".
Autre variable déterminante : la configuration du second tour. En duel (face à face), la victoire impose de dépasser 50 % des suffrages exprimés. En triangulaire, 35 % peuvent suffire, voire moins encore en quadrangulaire. Une mécanique électorale qui peut profondément modifier la lecture des rapports de force actuels et, donc, offrir des perspectives inattendues à certains candidats.
La nécessaire prudence face aux chiffres
Reste enfin la question centrale, et pas des moindres, de la fiabilité. Les sondages, et on l'a dit, sont des outils puissants, mais exigeants. Leur crédibilité repose sur la "qualité de l’échantillon", le "mode de recueil des données" et la "rigueur des redressements statistiques". Sans ces précautions, aucune garantie sérieuse ne peut être apportée.
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Surtout, les intentions de vote figurent parmi les indicateurs les plus "instables". Contrairement à des données sociales plus durables (équipement des ménages, niveaux de vie, structures familiales), elles évoluent parfois brutalement, sous l’effet des campagnes, des polémiques, des alliances ou des événements imprévus.
À quatre mois du scrutin, ce sondage ne disait donc pas qui était en ballotage favorable, qui était hors course, qui bousculera les tendances, et encore moins qui gagnera. Il disait autre chose, peut-être plus précieux et plus rationnel. A savoir une élection encore très largement ouverte, un électorat hésitant, et des sortants solides mais loin d’être à l’abri. Toute la "passion" autour d'une campagne, non ?
Tableau 1 – État du choix électoral
Tableau 2 – Solidité du choix
Tableau 3 – Intention de vote si le maire sortant se représente
Institut : SAGIS. Média : Territoires et Zinfos974. Sondage effectué pour : Territoires et Zinfos974. Dates du terrain : du 28 octobre au 27 novembre 2025. Échantillon : 800 personnes constituant un échantillon représentatif de la population de La Réunion âgée de 18 ans et plus, dont 617 personnes déclarant être inscrites sur les listes électorales. Méthode : enquête réalisée par téléphone (lignes fixes et mobiles). Quotas : sexe, âge, profession de la personne interrogée, stratification par communes. Comme pour toute enquête quantitative, cette étude présente des résultats soumis aux marges d’erreur inhérentes aux outils statistiques ; la marge d’erreur maximale est estimée à ± 3,5 %, avec un niveau de confiance de 95 %. Contrôle : sondage transmis à la Commission des sondages et consultable auprès d’elle.


