Photo polémique : comment la mairie de Saint-André a-t-elle pu confondre son stade avec celui de Brest ?

Onze mois après le passage dévastateur du cyclone Garance, alors que la reconstruction poursuit sa lente et exigeante progression dans l’Est de l’île, une polémique politique inattendue a embrasé la vie municipale. Ou plutôt une image. Plus précisément, une photographie figurant dans un dossier de demande de subventions qui ne représenterait pas le stade communal de Cambuston attendu, mais un équipement sportif breton, situé à Brest. Comment une telle erreur a-t-elle pu se produire ? Éléments de réponse.
L’affaire, d’apparence anecdotique, a pris des allures de symbole. Pour l’opposition municipale, emmenée par l’ancien élu Jean-Marie Virapoullé, cette inclusion soulève des “anomalies manifestes” dans la constitution de certains dossiers post-Garance. Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux dimanche 25 janvier, il n’a pas hésité à évoquer des “pratiques frauduleuses” et annoncé son intention de saisir la justice pour “que les responsabilités soient établies”.
Un contexte d’urgence qui fragilise la lisibilité
Dans une déclaration ferme et mesurée, l’exécutif municipal a répondu point par point aux critiques. Reconnaissant un “dysfonctionnement”, la mairie de Saint-André insiste sur le caractère involontaire de l’erreur, attribuée à un “problème matériel” dans l’intégration de la photographie au dossier transmis à l’État – une image provenant, de fait, d’un stade métropolitain, celui de Brest, et non du stade Soune-Seyne de Saint-André.
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“Les services concernés (ceux en charge de l’élaboration des dossiers, ndlr) ont eu plusieurs réunions de préparation, explique notamment Guillaume Govindin Ramassamy, directeur de cabinet du maire, Joé Bédier, lui-même surpris. Ce qui est étonnant dans cette affaire c’est que l’on a envoyé plusieurs dossiers.” Dans ces réunions, il a notamment été question d’une requête de “réparation”. Finalement, de la réparation a ensuite découlé une amélioration et, enfin, d'une amélioration, le dossier a pris des allures de “résilience”. Un élément utilisé comme justification par la municipalité. “Ce n’étaient pas les mêmes types de travaux, de dossiers. Il y a donc eu des photos d’ailleurs, dans le cadre d’‘échanges", nous confirme-t-on. En clair, peut-être davantage de paperasse et des expertises à aller chercher ailleurs.
“Aucune dissimulation, aucune volonté de tromper”, martèle en revanche la municipalité, soulignant le contexte d’urgence extrême dans lequel plusieurs centaines de documents ont dû être préparés et transmis dans des délais très contraints. Une mobilisation tous azimuts, plaide-t-elle, pour réparer les dégâts causés par Garance, tout en respectant scrupuleusement les règles de financement public.
Politique ou bureaucratie ?
L’image litigieuse, plus qu’un simple choix graphique, est ainsi devenue un marqueur de la tension entre exigences procédurales et réalité d’une administration poussée à ses limites par une catastrophe naturelle d’ampleur. Pour ses défenseurs, la commune a travaillé “en lien étroit avec les services de l’État” et a constitué quelque trente dossiers de réhabilitation – un travail qualifié de “chiffre colossal” avec un objectif double, à savoir le fait de réparer au plus vite et renforcer la résilience des infrastructures face aux aléas climatiques.
De son côté, la préfecture, qui a par ailleurs diligenté une enquête interne pour éclaircir cette “erreur”, a suspendu certaines demandes, notamment celles qui, à première vue, semblaient relever d’une réhabilitation plus globale que de réparations strictement post-cycloniques. Sur un montant total de plus de 81 millions d’euros sollicités, seuls environ 4,2 millions ont été retenus pour l’exercice 2025, laissant en suspens un volet important des demandes.
Un débat qui dépasse l’image
Dans les couloirs de la mairie, il se dit que le maire lui-même a vu rouge. “Je suis carré, je ne comprends pas, explique-moi d’où vient cette erreur”, nous rapporte-t-on. L’opposition ne l’entend pas de cette oreille avec, en filigrane des accusations de fraude, la question de savoir si, oui ou non, la mairie de Saint-André a vraiment forcé les traits et ses arguments en exagérant une situation qui finalement n’était pas réaliste, le stade de Cambuston n’ayant finalement pas subi de dégâts structurels apparents. En clair, pour faire gonfler les subventions.
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Du côté de Guillaume Govindin Ramassamy et de la commune, on préfère relativiser : “Il n’y a que deux photos pas bonnes sur une centaine de dossiers. Je ne vois pas pourquoi remuer le couteau dans la plaie. L’opposition nous accuse de fraude, c’est un peu lourd de café.” Cette “erreur” reste néanmoins à l'avantage des opposants à Joé Bedier.
Du pain béni pour l’opposition ?
Car dans les travées du conseil municipal comme sur les réseaux sociaux, l’épisode fait figure de trouvaille inespérée. Rarement une controverse aura offert à l’opposition un terrain aussi fertile à quelques mois seulement d’une échéance électorale. La photographie du stade de Brest, devenue virale malgré elle, nourrit cependant un récit déjà prêt. Celui d’une majorité soupçonnée d’amateurisme, sinon d’opacité. Pour Jean-Marie Virapoullé, la séquence permet finalement de replacer au centre du débat des accusations anciennes sur la gestion municipale, en convoquant l’imaginaire de la fraude et d'une certaine forme de “copier-coller administratif”.
Ce festin médiatique, s’il flatte les stratégies partisanes, ne saurait masquer la fragilité de l’exercice. Car à trop insister sur l’anecdote, le risque est de perdre de vue l’essentiel. À savoir les infrastructures encore endommagées, des équipements attendus par les habitants et une reconstruction dont la lenteur nourrit déjà bien assez de frustrations. À force de transformer une erreur de dossier en scandale, l’opposition pourrait se voir reprocher moins sa vigilance que son opportunisme.
Querelles partisanes
L’enjeu dépasse donc les querelles partisanes. Il touche à la confiance dans la gestion de l’après-crise, à la transparence dans l’usage des fonds publics et à la capacité des collectivités à répondre à des situations extrêmes. La mairie rappelle que les subventions ne sont d’ailleurs versées qu’après justification effective des travaux réalisés (un principe fondamental des finances publiques) et qu’elle entend le respecter scrupuleusement.
Reste qu’une image, parfois, vaut bien plus qu’un millier de mots.


