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“Certains sont à la limite de la règle” : ce que les candidats aux municipales ont le droit de faire… et surtout de ne pas faire

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le mercredi 28 janvier 2026 à 05H58
Image d'illustration : Pierre Marchal / Anakao Press

À deux mois du scrutin municipal, la campagne n’a pas encore officiellement commencé. Pourtant, depuis septembre, les règles s’imposent déjà aux futurs candidats. Communication, financement, usage des réseaux sociaux, relations avec les mairies : en janvier 2026, entrer en campagne, c’est d’abord apprendre à marcher dans un champ de mines juridique.

Ils se déclarent “en réflexion”, “à l’écoute”, “disponibles pour leur commune”. À La Réunion, les prétendants aux municipales de mars 2026 multiplient les signaux sans toujours brandir l’étiquette de candidat. Même si les dés sont plus ou moins jetés. Officiellement, la campagne ouvrira dans quelques semaines. En réalité, elle est déjà strictement encadrée. Et pour qui rêve d’un fauteuil de maire, la première épreuve n’est pas politique, elle est juridique.

Depuis le 1er septembre 2025, la période dite pré-électorale est entrée en vigueur. En clair, élus et collectivités réunionnaises, comme partout sur le territoire français, évoluent dans un espace étroit, balisé par le droit électoral, où chaque mot, chaque image, chaque inauguration peut devenir matière à contentieux. Une phase invisible pour l’électeur, mais déterminante pour les candidats. En d’autres termes, elle fixe ce qui est permis, ce qui est risqué, et ce qui est interdit.

Ce que les candidats peuvent faire

Bonne nouvelle pour les ambitieux… tout n’est pas gelé. Un candidat peut se déclarer publiquement, constituer une équipe, ouvrir une page de campagne, organiser des réunions privées et publiques, rencontrer des habitants, lancer un site internet personnel. Un candidat en campagne quoi. Et nos élus réunionnais ne s’en privent pas. Rares sont les jours où il ne se passe pas une séquence politique. Un candidat peut donc logiquement s’exprimer dans la presse, publier des tribunes, critiquer un bilan, présenter un projet. Des outils utilisés par les candidats réunionnais, quitte parfois à en abuser...

Quid de la radio et de l'audiovisuel ? Dans les six semaines qui précèdent le scrutin, radios et télévisions entrent elles aussi en régime électoral, a contrario de la presse écrite. La règle est simple, garantir à tous les candidats et à leurs soutiens un accès équitable à l’antenne. “Lorsqu’une circonscription est évoquée à l’antenne, toutes les listes en présence doivent être présentées, sans favoritisme ni occultation, précise une note gouvernementale. Les chaînes et les stations sont également tenues de répartir le temps de parole entre les partis politiques de manière équilibrée, en tenant compte de leur poids réel dans la vie publique.

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Cette représentativité est appréciée à partir de plusieurs critères, les résultats aux précédentes élections, le nombre d’élus, la présence (ou non) au Parlement, les données issues des sondages, mais aussi la contribution des formations au débat politique national. Au-dessus de ce dispositif veille l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, l’Arcom. Elle contrôle les temps de parole, surveille les contenus et s’assure que la communication électorale sur les ondes respecte les principes d’équité et de pluralisme.

Guerre de communication, piège des réseaux sociaux

"Des choses oubliées, volontairement ou pas..."

Les réseaux sociaux restent autorisés, et massivement utilisés. Facebook, WhatsApp, TikTok ou Instagram sont devenus des terrains majeurs de la pré-campagne. Des terrains de jeu prisés, qui permettent notamment de toucher la jeunesse. Voir les élus les plus expérimentés et rodés aux scrutins "s’afficher" sur les plateformes en fait notamment sourire plus d’un. Autorisés, à condition de respecter deux principes : ne pas utiliser de moyens publics et ne pas dépasser les règles de financement. Toute publicité payante, toute impression d’affiches, toute location de salle doit être comptabilisée dans le futur compte de campagne. "Il y a quelque fois des erreurs sur ce plan-là, nous confie une source proche d'une commune du nord de l'île. Pas de grosses erreurs, mais des choses oubliées ou non signalées, volontairement ou pas..."

À La Réunion comme ailleurs, les réseaux sociaux sont devenus glissants. Car un simple partage peut coûter cher. Un maire qui republie une vidéo valorisant son action, un candidat qui sponsorise une publication trop tôt, une page municipale qui relaie une photo ambiguë : tout peut être requalifié en propagande illégale. La règle est simple. Ce qui est payé doit être déclaré, et ce qui émane d’une collectivité doit rester politiquement neutre. "Les contrôles ne sont pas partout, tout le temps et ne portent pas sur tout, ajoute-t-on. Certains sont à la limite de la règle et profite un peu du système."

Les vœux à la presse, où le bilan déguisé

La liste des interdits est longue, et souvent méconnue. Premier tabou : l’argent public. Sur ce point, les autorités sont formelles : “Un candidat ne peut en aucun cas utiliser les moyens de la mairie pour sa campagne.” Véhicule municipal, salle communale gratuite, agents mobilisés, bulletins municipaux détournés, tout, absolument tout est prohibé. Accessoirement, dans les communes de plus de 9.000 habitants, le candidat doit déjà avoir désigné un mandataire financier. Sans lui, impossible de collecter des dons ou de régler légalement la moindre dépense électorale.

Deuxième interdiction majeure : la promotion déguisée. Un maire sortant ne peut pas transformer une inauguration, une lettre aux habitants ou une publication Facebook institutionnelle en vitrine électorale. L’Association des maires de France (AMF) a publié au mois d’avril 2025 une note dans laquelle elle précise les règles en matière de communication pour les communes. L’organisation explique qu’il est “fortement déconseillé” qu’une collectivité fasse son bilan dans la période préélectorale. Quid des vœux à la presse, une forme d’auto-bilan de mandature, n'est-ce pas ? Que ce soit du côté du Port, de Saint-Denis, ou encore de Saint-Paul, les élus sortants ont utilisé ces derniers jours leur étiquette de maire pour officiellement convoquer la presse à leurs "voeux", tout en glissant officieusement leur bilan de mandature. Astucieux, mais plutôt voyant.

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Petite subtilité, si la publicité commerciale est interdite à des fins de propagande, l’utilisation d’un site internet n’est pas en elle-même considérée comme une publicité commerciale. La communication des collectivités doit rester neutre, informative, sans mise en valeur personnelle. Un point sur lequel les élus jouent là encore souvent avec la règle, parfois à la limite. Voire une ancienne députée de La Réunion sortir un magazine de propagande, à dimension commerciale, en plus d'une confusion des mandats, est donc normalement répréhensible.

Troisième zone rouge : les dons. La loi est claire : "Les entreprises et associations n’ont pas le droit de financer une campagne municipale". Seules les personnes physiques peuvent donner, dans des plafonds stricts. Un chèque mal accepté peut invalider toute une élection…Même les cadeaux sont surveillés. Offrir des objets, financer un repas, promettre des avantages matériels aux électeurs est assimilé à une manœuvre frauduleuse. En théorie...

Pour aller plus loin encore, il est formellement interdit de porter à la connaissance du public un élément nouveau de polémique électorale juste avant l’organisation du scrutin sans donner la possibilité aux adversaires électoraux d’y répondre avant la fin de la campagne (la loi du 14 avril 2011 l'interdit, entre autre). Les élus et candidat réunionnais ont donc encore quelques semaines pour lancer leurs banderilles et faire des révélations. Interdit, tout comme le fait de diffuser des sondages non autorisés ou non publiés par la Commission des sondages. Ou encore faire de la propagande la veille et le jour du scrutin (silence électoral). Cela va de soi.

Et les voitures sono ?

Qu'en-est-il des voitures sono, traditions et certainement aussi un peu folklores de La Réunion ? Ces dernières restent autorisées pendant une campagne municipale, mais dans un cadre très encadré. "Elles ne peuvent circuler qu’à partir de l’ouverture officielle de la campagne électorale, soit deux semaines avant le premier tour, et leur utilisation avant cette date est assimilée à de la propagande anticipée", précise la la règle. Tous les frais liés au véhicule, au matériel sonore et aux messages diffusés doivent être payés par le compte de campagne du candidat, sans recours à des moyens publics.

Leur circulation reste soumise aux règles locales de tranquillité publique, les maires ou préfets pouvant en limiter les horaires ou les itinéraires. Enfin, elles sont strictement interdites la veille et le jour du scrutin, période de "silence électoral" dont la violation peut entraîner des sanctions allant jusqu’à l’annulation de l’élection.

Des sanctions lourdes

Le non-respect de ces règles n’est pas anodin. Le juge électoral peut annuler une élection, rejeter un compte de campagne, prononcer une inéligibilité. Dans une île où certains scrutins se jouent à quelques dizaines de voix, une irrégularité mineure peut devenir décisive. En janvier 2026, les affiches ne sont pas encore collées, du moins pas de manière officielle, mais la campagne est déjà là. Silencieuse. Technique. Implacable.

Avant de convaincre les électeurs, les candidats doivent d’abord convaincre la loi. Et à La Réunion, où la politique municipale se vit au plus près du terrain, cette première bataille est souvent celle qui départage les amateurs des véritables prétendants aux yeux de tous les électeurs.

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