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"Totalement transformée" : comment Saint-Denis est devenue plus "verte", selon Ericka Bareigts

Ecrit par Leny Tible – le vendredi 30 janvier 2026 à 09H49
La maire Ericka Bareigts, qui présentait ses vœux à la presse au mois de janvier, a annoncé porter plainte contre des rumeurs homophobes.

À l’occasion de ses vœux à la presse et avant son grand meeting de samedi, la maire de Saint-Denis a livré ce mardi 27 janvier bien plus qu’un message de circonstance, mais plutôt un bilan de mandature aux accents écologiques assumés. Projets réalisés, chantiers ouverts, promesses à venir… La capitale réunionnaise se rêve laboratoire vert sous les tropiques. Mais à quel point la ville a-t-elle réellement changé de couleur ?

"Nous vivons un moment où l’ordre international vacille". Le monde fait du bruit. Trop. Alors à Saint-Denis, une maire parle de calme, d’arbres, d’ombre et de temps long. Et un mot revient comme un refrain : "transformation". Dans la salle baignée de lumière, les journalistes comprennent très vite qu’ils n’assisteraient pas à une simple cérémonie de vœux, mais une revue de son action municipale avec le fil rouge d'une écologie revendiquée. Derrière le pupitre, Ericka Bareigts déroule un discours dense, chiffré, soigneusement architecturé et articulé. Crises sanitaires, cyclones, chaleur, tensions politiques, entre autres. Mais entre béton hérité et jardins à inventer, une question affleure, insistante : la "capitale" réunionnaise est-elle en train de verdir pour de bon ?

Enjeux stratégiques

"La transition n’est plus un slogan, c’est une méthode", martèle l'ancienne ministre, d’entrée. Sur l’écran, graphiques et cartes se succèdent. Réduction des îlots de chaleur, renaturation des quartiers, mobilités douces, sobriété énergétique des bâtiments publics : la municipalité entend démontrer que le virage vert est déjà (bien) engagé.

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Dans la ville (au label touristique) de plus de 150.000 habitants, confrontée à une croissance démographique soutenue et à un climat de plus en plus contraignant, l’enjeu est stratégique. La maire rappelle les plantations massives, la création de nouveaux parcs de proximité et la reconquête de friches urbaines transformées en jardins partagés. "Chaque mètre carré rendu au végétal est une victoire contre le béton", insiste-t-elle.

Depuis 2020, à Saint‑Denis, "nous avons fait un choix clair : celui de la transformation". Une transformation, précise‑t‑elle aussitôt, "pas de discours, mais une transformation concrète, profondément humaine". Dans une ville parmi les plus denses de La Réunion, marquée par des décennies de construction, l’écologie (si on peut lui attribuer le mot) devient un levier central. "Transformer la ville, c’est créer un cadre de vie plus apaisé et plus bienveillant", explique la maire. Et surtout, "quand le monde se durcit, la ville doit rester un lieu qui protège".

"Ville jardin"

La démonstration s’appuie sur la "ville jardin", engagée tout au long du mandat. "Planter et faire une ville jardin, c’est la compensation écologique de soixante ans de minéralisation", affirme‑t‑elle. Au Chaudron, Montgaillard... les chiffres tombent : des milliers de plants mis en terre, autant de m² de friches reboisés, des hectares rachetés pour devenir espaces de verdure et de cohésion.

Cette écologie se joue aussi dans les écoles. "On ne peut pas détruire les écoles, donc on s’adapte", résume‑t‑elle. Déminéralisation des cours, arbres plantés, pergolas végétales, circulation naturelle de l’air : "La température baisse de deux à quatre degrés dans certains cas." Et parfois, confie‑t‑elle, "il a fallu réapprendre les gestes d’avant : ouvrir, laisser circuler l’air, ne pas brasser de l’air chaud".

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La transformation se veut également plus structurelle. Et c'est sans doute sur le terrain des mobilités que la transformation est la plus visible. La municipalité promet une ville moins dépendante de la voiture. "Nous voulons une capitale respirable", glisse la maire, consciente que la pollution reste l’un des angles morts de l’île. Les premières étapes du téléphérique de la Montagne sont engagées, avec ses trois stations, pour une livraison prévue en 2029.

Sur la voirie, "il n’y a pas de magie dans l’action politique", rappelle la maire. "Il y a une programmation, du sérieux." Les rues refaites intègrent désormais trottoirs, pistes cyclables et végétalisation. "Si demain il fait plus de 30 degrés six mois par an, personne ne marchera sur du bitume", prévient‑elle.

Même logique pour l’éclairage public. "Nous avons installé 800 points lumineux LED", annonce‑t‑elle, revendiquant "environ 10 % d’économie de consommation d’énergie". Accessoirement : "C’est bon pour la planète, mais aussi pour l’argent public."

Capitale "respirable"

Verdir la ville, c’est aussi la protéger. "Ça a été une bascule", dit‑elle, sur les cyclones Bélal et Garance, évoquant la reconnaissance par l’État de sa compétence sur certaines ravines après la visite du ministre de l'époque, Manuel Valls. "L’État a dit : “OK, on est responsable, on va faire le job.”" Depuis, les travaux d’urgence se multiplient.

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Autre priorité mise en avant : l’eau. Réseaux modernisés, récupération des eaux pluviales dans les écoles, lutte contre le gaspillage. La commune revendique plusieurs millions d’euros investis pour sécuriser la ressource et adapter la ville aux épisodes de sécheresse. Sur le littoral, des opérations de restauration écologique ont été lancées pour protéger mangroves et zones humides, remparts naturels face à l’érosion.

À mesure que le bilan se précise, le ton oscille entre fierté et prudence. Les chiffres parlent d’économies d’énergie, de tonnes de CO₂ évitées, de surfaces désimperméabilisées. Mais la maire reconnaît aussi "des retards, des résistances, des arbitrages difficiles". Les chantiers scolaires de rénovation thermique avancent parfois lentement, la végétalisation se heurte au manque de foncier, et certains quartiers populaires attendent encore des espaces verts dignes de ce nom.

Avec des finances saines ?

Au fil du discours, la transition écologique se mêle à la transition sociale. Logement, insertion, chantiers d’emploi, centres sociaux, santé mentale, accompagnement des femmes victimes de violences. "Transformer, c’est aussi la dignité et l’émancipation", insiste‑t‑elle. La protection passe également par la sécurité. Les chiffres s’enchaînent : 277 caméras sur la ville, des centaines de véhicules hors d’usage retirés, plus de 300 opérations conjointes avec la police nationale.

Enfin, la maire revendique une gestion financière "saine". "Nous avons investi 310 millions d’euros sur la mandature", rappelle‑t‑elle, soulignant un endettement réduit et "le deuxième taux de taxes locales le plus bas de La Réunion". Une rigueur qu’elle juge indispensable "pour continuer à transformer la ville dans un monde instable".

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En quittant la salle, un paradoxe demeure. Les arbres poussent, les écoles se rafraîchissent, les friches disparaissent. Mais la densité reste forte, les contraintes nombreuses. Une certitude pourtant, pour l'édile, l’écologie n’est pas un slogan. "C’est une manière de gouverner."

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