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Journée de la Canne Blanche : se mettre dans la peau d’une personne malvoyante pour comprendre son quotidien

Ecrit par M.B – le jeudi 15 octobre 2026 à 14H42

À l'occasion de la Journée internationale de la Canne Blanche ce jeudi 15 octobre, l'association IRSAM Pétrel a organisé des ateliers d'immersion sur le front de mer de Saint-Leu. Entre apprentissage de la canne et mises en situation, usagers et professionnels appellent à changer le regard sur la déficience visuelle et dénoncent le manque d'accessibilité dans l'espace public.

Outil fondamental d'orientation pour les personnes déficientes visuelles, la canne demande un apprentissage rigoureux pour devenir un prolongement naturel du corps. Ancien bénéficiaire et bénévole au sein de l'IRSAM, Jean-Philippe Sévagamy détaille la méthode appliquée sur le terrain : « Notre canne est dépliante avec des segments et on commence par balayer du côté opposé à notre pied afin de nous protéger. L'objectif de la canne, c'est de nous protéger lorsqu'on se déplace. Évidemment, on utilise également tous nos sens et on arrive parfois à percevoir des masses, comme par exemple un arbre, un camion. »

Si l'usage régulier permet d'acquérir une véritable autonomie, il est aussi une étape psychologique cruciale pour assumer le handicap aux yeux des autres. Solen Bourdin, psychomotricienne à l'IRSAM, souligne l'importance d'accepter cet outil pour susciter des comportements bienveillants : « Beaucoup de gens aujourd'hui sont malvoyants ou sont en passe de l'être et ne veulent pas passer le pas car la canne permet de mieux se déplacer, mais c'est également être vu comme malvoyant. Or, certains ont du mal avec cette idée-là et c'est un travail sur soi. Mais en la rendant visible, on est également protégé. Ça permet aux automobilistes au passage piéton de faire un petit signe ou un bruit pour signaler qu'on s'est arrêté, ça permet à des gens d'aider dans un magasin. On enlève la barrière du handicap invisible. »

Sensibiliser le grand public et vaincre la gêne sociale

L'événement de Saint-Leu offre ainsi un cadre d'échange sans tabou pour répondre aux interrogations des passants et des enfants à travers des ateliers d'immersion sous bandeau. Il permet aussi de mettre en lumière des situations de plurihandicap, comme la surdicécité, qui associe déficience visuelle et auditive.

Pour les personnes non-voyantes, ces rencontres directes sont essentielles pour briser l'isolement et la gêne sociale qui persistent. « Faire cette sensibilisation, c'est aussi parler et nous rendre visibles », explique Jean-Philippe Sévagamy. « J'entends encore trop de fois des parents qui disent à leurs enfants gênés "je t'expliquerai après". On a l'impression que ce sont eux qui sont plus gênés que nous par notre handicap. Chaque trajet demande d'être préparé en amont et beaucoup trop de gens vivent encore retirés chez eux. »

Accessibilité : un retard pointé du doigt face aux promesses politiques

Au-delà de la pédagogie, cette journée est l'occasion pour les usagers comme pour les professionnels de pousser un coup de gueule face à l'immobilisme des collectivités. Plus de vingt ans après la loi de 2005 sur l'égalité des droits et des chances, les obstacles physiques demeurent omniprésents sur les trottoirs, entre poubelles mal rangées et véhicules gênants.

« Pour moi, le point noir aujourd'hui, ça reste toujours l'accessibilité », dénonce Jean-Philippe Sévagamy. « Cela fait 5 ans que je demande à la Région de pouvoir mettre en place des bandes tactiles et j'attends toujours. Elles sont essentielles pour me repérer, savoir où est le guichet, les toilettes ou où va s'arrêter le bus. Il n'y a pas de bureaux sonores, pas de synthèse vocale dans les bus et pas assez de braille dans l'espace public. »

Un constat partagé par la psychomotricienne Solen Bourdin, qui rappelle la différence fondamentale entre la déficience médicale et la situation de handicap créée par un environnement inadapté : « La déficience est factuelle, mais c'est la situation qui crée le handicap. Une personne qui dispose d'un transport adapté, d'une canne et qui peut faire ses courses seule n'est pas en situation de handicap. Cette journée permet de rappeler que pour l'instant, il n'y a surtout que des discours et assez peu d'actions. La loi de 2005 n'est toujours pas vraiment active et l'accessibilité n'est clairement pas une priorité, alors même que nous prétendons vivre dans une société inclusive. »

Un mois d'octobre sous le signe de la vue : rendez-vous ce dimanche à Saint-Louis

Cette initiative s'inscrit plus largement dans le cadre du mois d'octobre, traditionnellement consacré à la sensibilisation aux déficiences visuelles et à la santé oculaire. Les actions d'information et de prévention se poursuivent tout au long des semaines à venir sur le territoire.

Lire aussi : Les Lions mobilisés pour la vue et l’inclusion par le sport le dimanche 18 octobre à l'Étang du Gol

Pour prolonger cette dynamique de solidarité, la population est invitée à se mobiliser de nouveau ce dimanche 18 octobre à Saint-Louis. Le Lions Club y organise sa traditionnelle « Marche pour la Vue », un événement convivial ouvert à tous pour soutenir la recherche, sensibiliser aux maladies de la vision et promouvoir l'inclusion des personnes malvoyantes et non-voyantes dans la société.

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