Revenir à la rubrique : Faits divers

Mandat d’amener, désistement, charge contre des magistrats… Le premier jour du procès en appel du "cabinet noir" de Didier Robert est déjà mouvementé

Ecrit par Lucas Candessoussens – le mercredi 14 octobre 2026 à 18H34

Après le désistement du parquet général pour cinq prévenus, le procès en appel des emplois fictifs présumés à la Région Réunion s’est ouvert. Le tribunal s’intéresse à des soupçons de prise illégale d’intérêts, de complicité et de recel.

Onze personnes étaient initialement poursuivies pour des faits présumés de détournement de fonds publics, de prise illégale d’intérêts, de complicité ou de recel au cœur de la Région Réunion. Parmi elles figurent l’ancien président de Région Didier Robert, son ex-vice-président Jean-Louis Lagourgue, son ancien directeur de cabinet Vincent Bègue et huit conseillers techniques recrutés entre 2015 et 2020.

Il leur est notamment reproché d’avoir participé à un système de recrutements dont la réalité du travail effectué est contestée. Selon l’accusation, certains postes auraient été fictifs ou partiellement fictifs, permettant de rémunérer des collaborateurs davantage pour leur proximité politique que pour leurs compétences professionnelles. Le montant des salaires considérés comme indus est estimé à près de 1,6 million d’euros.

Lire aussi : Soupçons d’emplois illégaux à la Région : Relaxe générale prononcée

Didier Robert est notamment soupçonné d’avoir détourné des fonds publics et d’avoir pris illégalement des intérêts dans le cadre de ces recrutements. Jean-Louis Lagourgue et Vincent Bègue sont, quant à eux, poursuivis pour des faits liés à la prise illégale d’intérêts, de détournement de fonds publics ou de complicité.

Les huit conseillers techniques sont quant à eux soupçonnés d’avoir bénéficié de rémunérations sans fournir un travail correspondant pleinement aux fonctions occupées. Le parquet estime que ces embauches auraient servi à constituer un réseau politique de proximité au bénéfice de l’ancien président de Région, au détriment des finances publiques.

Coup de tonnerre en première instance, en 2024 : les onze prévenus avaient été relaxés et leurs avocats avaient dénoncé une enquête insuffisante ainsi qu’un manque de preuves. La procédure en appel doit donc réexaminer ces accusations, qui ne constituent pas des faits judiciairement établis.

Un mandat d’amener contre la procureure de la République

L’audience en appel débute à 8 h 30 ce mercredi 14 octobre. D’entrée, le parquet général se désiste de son appel sur cinq des onze prévenus cités dans ce dossier. La raison invoquée est un manque d’éléments à charge, comme nous le détaillons ici :

Lire aussi : Procès des emplois présumés fictifs à la Région : le parquet général se désiste pour cinq prévenus

Ensuite, Maître Philippe Creissen, avocat de Didier Robert, formule une demande particulière à la cour : celle de prononcer un mandat d’amener à l’encontre de la procureure de la République Véronique Denizot.

En novembre 2025, date de l’audiencement du procès en appel, la justice avait été contrainte de renvoyer l’affaire après l’exhumation d’une enquête préliminaire datant de 2018. La révélation de l'existence de cette enquête, qui portait sur des éléments similaires et avait été classée sans suite, avait fait l’effet d’une bombe.

Ainsi, le conseil de Didier Robert fait citer explicitement Véronique Denizot qui, dans un courrier lu à l’audience de ce mercredi 14 octobre, explique qu’elle refuse de comparaître au titre de l’indivisibilité du parquet. Soit, Maître Creissen demande alors le concours de la force publique via un mandat d’amener.

Après une brève suspension d’audience, la cour refuse la demande.

Lire aussi : Le procès des emplois de Région vire au cauchemar judiciaire

L’avocat de Didier Robert déroule

Avant d’attaquer les nullités qui doivent être soulevées, Maître Creissen reprend la parole et abordent trois questions prioritaires de constitutionnalité. La robe noire pointe du doigt le logiciel utilisé par les enquêteurs et interroge la cour : « L’a-t-on utilisé à bon escient ? »

Nouvelle délibération du tribunal, qui les rejettent. L’avocat de Didier Robert embraye sur des questions préjudicielles et, là aussi, il obtient une fin de non-recevoir. Il est déjà 14 heures et le fond du dossier n’a toujours pas été abordé.

Des nullités soulevées de toutes parts

Le bal est ouvert par Maître Virginie Garnier Tissot, qui représente les intérêts de Ravy Vellayoudom. Poursuivi pour recel provenant d’un crime ou d’un délit, son conseil s’attaque à la citation. Le bâtonnier Laurent Payen, pour Jean-Louis Lagourgue, enchaîne à son tour sur l’imprécision de la citation.

Pour Sabrina Ramin, ce n’est pas moins de trois nullités qui sont soulevées par son conseil, Maître Marius Henri Rakotonirina, portant sur une enquête à charge menée par les forces de l’ordre.

Maître Luc Brossolet, défendant les intérêts de l’ancien directeur de cabinet de Didier Robert, Vincent Bègue, pointe du doigt, comme ses confrères, une citation imprécise concernant son client.

Maître Creissen, lui, s’interroge sur une éventuelle prise illégale d’intérêts de la part d’Éric Tufféry, ancien procureur de la République au moment où l’affaire éclate, en 2021. Il évoque des liens avec la gauche locale et suppose une volonté de court-circuiter la campagne de Didier Robert, alors candidat pour conserver son fauteuil à la Région.

Une nullité qui fait lever un sourcil à l’accusation, qui rappelle le rôle du ministère public tout d'abord puis que ces suppositions n’ont pas leur place dans ce tribunal. Elle demande par ailleurs le rejet de toutes les nullités soulevées.

Le fond abordé en fin de journée

C’est donc après une quatrième suspension d’audience que la cour décide de joindre l’incident au fond. Il est 16 h, les faits commencent enfin à être abordés. Le premier à se présenter à la barre est Didier Robert.

Mais, sur le conseil de son avocat, il décide de ne pas répondre aux questions de la présidente. Cette première journée s’achève donc sur l’interrogatoire de Vincent Bègue, son ancien directeur de cabinet. Le procès doit se poursuivre jusqu’à vendredi.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :