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Comment, 12 ans après, Hell-bourg se prépare au retour des "Fous" et du Grand Raid

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le mercredi 14 octobre 2026 à 07H41
Hell-Bourg se prépare pour le retour du Grand Raid. Photo LHT

Le Grand Raid retrouve Hell-Bourg, dans le cirque de Salazie, pour le départ de la Mascareignes et le passage des trois autres courses. Depuis 2014, le village n’avait plus accueilli l’épreuve. Les hébergements affichent complet, les restaurateurs renforcent leurs équipes et la commune a sorti le chéquier autour de l'événement. Au-delà de la course, c’est toute une économie touristique qui espère profiter de ce retour avec la venue de plusieurs milliers de personnes. Reportage.

"Allez les gars, on s'y remet, au pas de course." A peine le café et le croissant avalés, les hommes en orange reprennent du service. Sur la route qui grimpe vers Hell-Bourg, les branches coupées s'amoncellent au pied des arbres. Un peu plus loin, d'autres agents communaux s'activent autour de la statue blanche de la Vierge. Un pinceau, quelques retouches, un dernier coup de propre. Les tondeuses et les taille-haies ont repris du service.

À deux jours du départ de la Mascareignes, le village créole lontan se prépare à recevoir le Grand Raid, 12 ans après son dernier passage.

Mardi 13 octobre, le ciel est chargé. Des nuages bas s'accrochent aux reliefs, un crachin traverse parfois le bourg, puis une éclaircie suffit à ramener la chaleur. Sous les nuages, on supporte volontiers une petite laine. Au soleil, on la regrette presque aussitôt. Dans les rues, des touristes se promènent, des groupes de jeunes passent en rangs plus ou moins disciplinés. Les commerces sont ouverts. Les sourires aussi.

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"Rien, ou presque, ne laisse encore deviner les milliers de personnes attendues", sourit une commerçante du bourg. Il y a bien quelques signes. Des installations qui se préparent, des conversations qui reviennent sur la course, quelques traileurs baskets aux pieds en repérage et des professionnels qui anticipent déjà le surcroît d'activité. "On se prépare à un sacré rush", nous souffle-t-on sur place. Mais la foule n'est pas encore là. Hell-Bourg respire encore à son rythme.

"C'est précisément ce moment que l'on est venu chercher, que la mairie est allée chercher. Avec le Grand Raid, Hell-Bourg va changer de visage", assure Patrick Garryer, restaurateur et élu à la Ville.

"On est complet tout le week-end"

Au Relais des Cimes, Salma Martin n'a pas besoin d'attendre le passage des coureurs pour mesurer l'effet du rendez-vous. L'établissement qu'elle dirige affiche complet pour l'ensemble du week-end. "C'est une opportunité pour les commerces de la ville évidemment, même si nous sommes déjà un endroit plutôt touristique avec beaucoup de passages."

La responsable ne présente pas le Grand Raid comme une manne tombée du ciel. Hell-Bourg attire déjà les visiteurs, séduits par ses cases créoles de caractère, ses jardins et ses paysages. La course vient plutôt ajouter une fréquentation exceptionnelle à celle qui existe déjà. Pour les hébergeurs, il reste à accueillir cette clientèle, à faire en sorte que les séjours se passent bien et, peut-être, à donner envie de revenir.

Dans un village touristique, on souhaite donc faire de ce passage une "expérience". "Un visiteur venu accompagner un coureur peut devenir un client, découvrir une table, pousser la porte d'une boutique ou revenir quelques mois plus tard", espère l'élu. Le Grand Raid offre cette occasion, sans garantir ce qu'il en restera une fois les barrières démontées.

À quelques pas de là, un restaurateur ne cache pas que l'affluence a déjà des conséquences très concrètes sur son activité. "Les réservations s'enchaînent. On est complet. Nous sommes obligés de refuser les appels et certainement beaucoup de personnes sur place."

La situation est plutôt enviable pour un professionnel. Elle a aussi son revers. Les places manquent, les demandes s'accumulent et ceux qui n'auront pas réservé risquent de trouver porte close. "La fréquentation promise par le Grand Raid ne se traduit pas automatiquement par une addition supplémentaire pour chaque commerce, tempère l'un d'entre eux. Quand les capacités sont atteintes, il faut aussi savoir où s'arrête l'opportunité."

"Il y aura du monde, du bruit et beaucoup de voitures"

Dans la rue aussi, unanimité. "Oui, ça va être un sacré bordel, il y aura du monde, beaucoup de voitures, mais je pense qu'on ne se rend pas compte de la chance que l'on a d'accueillir le passage du Grand Raid", souffle un gramoune, assis sur sa chaise, qui a déjà connu le passage d'ultra-trails dans le cirque.

Car il y aura les voitures, les attentes, les clients pressés, les commandes qui s'enchaînent. Du bruit, beaucoup de bruit. Mais il y aura aussi des visiteurs qui découvriront Hell-Bourg pour la première fois. Le restaurateur pense déjà à ce qu'il pourra leur faire goûter.

"Faire connaître, pour ceux qui ne connaissent pas encore, le gratin chouchou et le poulet à la vanille est incroyable !, souffle-t-on aux abords du Ti'Chouchou. C'est quelque chose qui dépasse la seule perspective commerciale. Le Grand Raid est aussi une occasion de présenter ce que le village a à offrir, de faire découvrir une cuisine, des produits et un territoire à des visiteurs qui seraient peut-être passés ailleurs sans cette course."

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"On n'a pas encore le recul suffisant pour savoir si ça va avoir un réel impact. Mais avec les milliers de personnes attendues, il y a de fortes chances pour que l’on ne s’en sorte pas trop mal", assure une commerçante d'un boutique de souvenirs.

Cette dernière encore : "Le gratin chouchou et le poulet à la vanille ne figurent pas sur la liste des difficultés qui attendent les coureurs. Ils pourraient pourtant rester parmi les souvenirs de ceux qui auront fait le déplacement."

Au stade, la course loin des sentiers

Nous quittons le centre-bourg pour rejoindre le stade Paul-Dominique Hubert, centre névralgique de la course. Là, les signes de l’événement deviennent plus visibles. C'est à cet endroit aussi d'où part la Mascareignes. Les barrières sont arrivées, les chapiteaux attendent d’être montés. Autour du stade, des agents communaux tracent les lignes du parking.

Le geste est presque ordinaire. Une ligne blanche après l’autre, un espace délimité, une place qui se dessine. Pourtant, c’est aussi là que se joue une partie de la réussite du week-end. "Il faudra orienter les visiteurs, éviter que les voitures se garent n’importe où et préserver autant que possible la circulation dans les rues du village", explique Georges-Marie Lafable.

Membre du service de l’animation et des sports à la mairie de Salazie, ce fan de l'OM suit les préparatifs. "Ça va être incroyable et ça devrait bien se passer. On anticipe et on fait tout en amont pour que tout se passe bien. On est rôdé par rapport à cet afflux." Important, pas insurmontable.

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"La commune a l’habitude des grands rassemblements. La Fête Chouchou, à la fin du mois de juillet, attire plusieurs milliers de personnes. Les festivals Détakali et Arléo drainent eux aussi leur public, poursuit-il. Les équipes municipales connaissent donc les contraintes liées à une forte fréquentation."

Mais le Grand Raid impose ses propres exigences. "Les visiteurs arrivent à des horaires différents, accompagnent les coureurs, cherchent à stationner ou à se restaurer", nous détaille-t-on sur place. La circulation peut se concentrer autour de certains points, tandis que d’autres secteurs restent relativement calmes. Il faut anticiper ces mouvements, prévoir les espaces nécessaires et coordonner les équipes."

La municipalité prévoit de mettre à disposition plusieurs équipements, dont les infrastructures du stade et le gymnase. Des stands de restauration, des expositions et des animations doivent compléter le dispositif. Comme cela se faisait à Cilaos les années précédentes. "L’objectif est de faire vivre le village au-delà du seul départ, de donner aux visiteurs une raison de rester et aux habitants l’occasion de participer à la fête", ajoute plus tard Patrick Garryer.

Pour la commune, l’enjeu est autant logistique que populaire. "Il faut accueillir sans désorganiser, animer sans encombrer et profiter de l’événement sans que le village en subisse trop fortement les contraintes." En clair, faire en sorte que Hell-Bourg garde le Grand Raid dans le futur.

15.000 euros, jusqu'à 5.000 personnes attendues

Pour Patrick Garryer, le retour du Grand Raid est justement une occasion de faire travailler les commerces et de remettre Hell-Bourg au centre du rendez-vous sportif. "Ah oui, ça a un impact économique sur la ville. Les restaurateurs ont doublé leur personnel. Je pense qu’on attend entre 4.000 et 5.000 personnes."

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L’élu insiste sur l’ampleur de l’organisation. La mairie, qui a alloué 15.000 euros pour l'occasion, doit mobiliser des moyens humains, mettre des équipements (citernes d'eau notamment) à disposition et prévoir des animations capables d’accompagner l’affluence.

Mais derrière les préparatifs, il y a aussi la volonté de retrouver un lien entre le village et la course. Hell-Bourg n’avait plus accueilli le Grand Raid depuis 2014. Le choix de Hell-Bourg s’explique par l’impossibilité pour Pierre Maunier, organisateur du Grand Raid, de trouver un accord avec la mairie de Cilaos, jusqu’alors un passage incontournable de la Diagonale des Fous.

Douze ans après, une place à retrouver

Douze ans ont passé. Le retour de l’épreuve prend donc une dimension particulière, au-delà de la seule activité commerciale. L'élu-restaurateur persiste : "C’est aussi pour faire plaisir aux Salaziens avant tout, parce que ça fait longtemps que le Grand Raid n’est pas passé."

La commune entend faire de ce rendez-vous un événement auquel les habitants puissent prendre part. Pas seulement une course qui traverse leur territoire, mais une manifestation qui donne au village l’occasion de se retrouver, de recevoir et de montrer ce qu’il est. "C’est aussi pour dire que les Salaziens vivent le sport en Salazie."

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En clair, faire du Grand Raid une fête locale, mais aussi une vitrine. "Les visiteurs viendront pour la course. Ils pourront repartir avec le souvenir d’un paysage, d’une adresse, d’un repas ou d’un accueil. La course ne dure que quelques jours. L’image qu’elle laisse peut, elle, se prolonger."

Patrick Garryer ne cache pas cet espoir. "Le Grand Raid va redorer un peu le blason de Hell-Bourg."

Une fête qui doit aussi bien se tenir

À Hell-Bourg, l'enthousiasme n'empêche pas les questions pratiques. Il faut que les visiteurs puissent se garer, circuler et trouver les services dont ils auront besoin. Il faut aussi que les habitants puissent continuer à vivre dans le village pendant que la foule s'y installe.

Car il reste notamment à mesurer l'ampleur réelle de la fréquentation et ses effets sur les établissements. "Une chambre occupée est une bonne nouvelle pour un hôtelier. Une salle pleine l'est pour un restaurateur, assure l'élu. Mais le bilan du rendez-vous ne se limitera pas au nombre de visiteurs. Il faudra aussi regarder comment l'événement s'est déroulé, si les contraintes ont été maîtrisées et si les visiteurs auront envie de revenir."

Le ciel reste chargé sur le cirque. Les éclaircies reviennent, puis disparaissent derrière les nuages. Dans le centre-bourg, les touristes poursuivent leur promenade. Les groupes de jeunes traversent les rues. La vie ordinaire continue, comme si Hell-Bourg se ménageait encore quelques heures de tranquillité avant le grand mouvement, au pas de course.

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Dans la nuit de vendredi 16 octobre (1 heure du matin), les coureurs de la Mascareignes s'élanceront. Avant que ceux de la Diag, du Zembrocal et du Trail de Bourbon n'y pointent quelques heures plus tard. Pour eux, ce sera le début d'une longue épreuve. Pour Hell-Bourg, ce sera le moment de vérifier si les préparatifs ont été à la hauteur des attentes.

"Le village ne découvre pas le tourisme. Il ne découvre pas non plus les rassemblements populaires", s'accordent à dire plusieurs habitants. Mais le Grand Raid concentre, en quelques heures, une affluence inhabituelle, des attentes économiques et une ambition collective. "Il faut faire avec le bruit, les voitures et les contraintes, sans perdre de vue ce que l'on espère gagner."

Etiquettes : Grand Raid | Hell-Bourg | PU1 | Salazie

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