"Faire du trail c'est un investissement conséquent aujourd'hui" : Combien coûte vraiment de courir la Diagonale des Fous ?

Dossard, chaussures, équipement obligatoire, préparation physique… Derrière les 180 kilomètres de la Diagonale des Fous, l’aventure a aussi un coût (important). Si l’inscription reste inférieure à 300 euros, la facture grimpe vite lorsqu’on additionne le matériel, les courses de préparation, le déplacement et les dépenses annexes. À La Réunion, tous les amateurs ont-ils les mêmes moyens de prendre le départ ?
"Quinze jours de location de logement, l’avion, la location de voiture, la nourriture, tout autour de la course et l’équipement, il faut compter 6.000 euros pour deux." Pour ces coureurs venus spécialement de métropole afin de prendre part au Grand Raid, la Diagonale des Fous ne se résume pas au prix du dossard. Il faut financer le voyage, prévoir deux semaines sur l’île, louer une voiture, se loger, manger et préparer la course.
"Sans tous les autres à côté…", glissent-ils tout sourire, en évoquant les dépenses qui viennent (et viendront) s’ajouter à l’addition (avant et après la course).
L’épreuve, prévue du jeudi 15 au dimanche 18 octobre, propose un parcours de 180 kilomètres et 10.200 mètres de dénivelé positif, avec une barrière horaire de 66 heures.
À ce niveau, impossible de partir les mains dans les poches. Le règlement impose notamment une lampe frontale avec des batteries de rechange, une réserve d’eau d’au moins 1,5 litre, un téléphone chargé, une veste imperméable à capuche et coutures thermo-soudées, un vêtement chaud à manches longues, une réserve alimentaire, une couverture de survie et un sac adapté. La base, dira-t-on.
À l’autre bout du spectre, Jean-Daniel, un coureur réunionnais, engagé sur Les Mascareignes, résume le problème en quelques mots : "La paire à 300 balles fait mal." Une somme qui peut sembler excessive pour des chaussures, mais qui n’a rien d’exceptionnel sur le marché du trail haut de gamme. Même "lorsque je les change trois fois par an, il faut mettre le prix." On y reviendra...
Entre les visiteurs qui traversent le monde pour courir et les habitués des sentiers réunionnais, les budgets diffèrent. Une même passion, mais pas nécessairement les mêmes moyens.
Le dossard, première dépense d’une longue liste
Pour l’édition 2026, l’inscription à la Diagonale des Fous est fixée à 260 euros. Le tarif du Trail de Bourbon atteint 190 euros. Ces montants ne représentent toutefois qu’une partie de l’investissement nécessaire pour s’aligner sur une épreuve de cette ampleur.
De plus, pour accéder à la Diagonale, les candidats doivent justifier de deux trails terminés, rapportant chacun au moins 85 points selon le barème de l’organisation. Ces courses préalables représentent potentiellement des frais d’inscription supplémentaires, auxquels peuvent s’ajouter les déplacements et l’hébergement.
Un coureur déjà expérimenté, qui dispose de son matériel et participe régulièrement à des compétitions, n’aura donc pas le même budget qu’un amateur qui doit s’équiper et construire progressivement son expérience.
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Il faut ensuite - on y revient - s’équiper. Une paire de chaussures de trail de qualité coûte généralement entre 120 et 180 euros en 2026, pour les modèles les plus standard, selon plusieurs sites comparés. Un sac d’hydratation peut représenter 60 à 120 euros supplémentaires, tandis qu’un ensemble de vêtements techniques comprenant notamment un haut respirant, un short et une veste imperméable peut atteindre 150 à 250 euros.
Le matériel de sécurité vient encore alourdir la facture. "Plus on monte en gamme, en marque, en qualité, plus ça chiffre", concède notre coureur réunionnais.
À cela s’ajoutent les dépenses moins visibles : les chaussettes, les accessoires, les produits destinés à éviter les frottements, les gels énergétiques ou les boissons d’effort. Une partie de ces achats se renouvelle régulièrement, pour ne pas dire toutes les semaines. Les chaussures s’usent, les vêtements se détériorent et la nutrition sportive accompagne aussi les longues séances d’entraînement. Autrement dit, un sacré budget...
Dans un article consacré justement à "ces économies" du trail, Sport-Infos souligne ainsi que les dépenses "ne se limitent plus à l’équipement de base. Les accessoires électroniques, les vêtements techniques et les produits nutritionnels occupent une place grandissante dans les habitudes des pratiquants".
La question n’est donc pas seulement de savoir combien coûte une course, mais combien coûte le fait de s’y préparer correctement. Sur du moyen à long terme...
Quand le matériel devient un investissement
Jean-Daniel n'en démord pas : "Non, vraiment, faire du trail c'est un investissement conséquent aujourd'hui. Car tu ne peux partir sur de telles distance de manière approximative, sans un minimum de confort et de sécurité. Et comme tout à un prix aujourd'hui..." Il insiste : "Le prix d’une chaussure peut surprendre, mais il faut aussi tenir compte de sa durée d’utilisation, de la fréquence des entraînements et du nombre de kilomètres parcourus". Et ça, c'est propre à chacun.
Un traileur régulier peut ainsi user plusieurs paires en une année, là où un pratiquant occasionnel conservera son équipement beaucoup plus longtemps. Même si les podologues auraient leurs mots à dire également sur la question.
Comme toute économie de niche, le marché propose des modèles à des tarifs variés. Le problème commence lorsque le matériel nécessaire se confond avec celui que l’on achète pour gagner en confort, suivre les tendances ou espérer améliorer ses performances. Montres GPS, textiles techniques, sacs spécialisés et chaussures toujours plus sophistiquées composent un marché où l’offre est devenue particulièrement abondante. En adéquation bien évidemment avec une demande qui va de paires.
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"Pour autant, et c'est ce qui ressort chez de nombreux coureurs aux budgets plus modestes, les équipements les plus chers ne sont pas systématiquement indispensables". Le budget dépend du niveau de pratique, du matériel déjà possédé et des choix du coureur. Une partie de l’équipement peut être conservée d’une année sur l’autre, achetée en promotion ou trouvée d’occasion.
Encore une fois, il faut aussi distinguer les obligations de sécurité imposées par l’organisation des achats qui relèvent du confort personnel.
À La Réunion, un avantage qui ne suffit pas
Les coureurs réunionnais disposent peut-être d’un avantage évident : ils n’ont pas besoin de financer un billet d’avion pour participer à la course qui traverse leur île. Soit. Ils peuvent également s’entraîner sur place, sans multiplier les nuitées à l’hôtel. Pour les participants venus de métropole, la préparation du Grand Raid se transforme souvent en projet de voyage. En projet de vacances. Les opérateurs de tourisme ne s'y trompent pas.
Le témoignage des deux visiteurs, qui évaluent leur séjour à 6.000 euros pour quinze jours et deux personnes, donne une idée du poids de ces dépenses. Ce montant ne correspond pas au coût de la course seule, mais à celui d’un déplacement organisé autour de l’événement. Et le séjour peut aussi avoir une dimension touristique, ce qui rend délicate toute comparaison directe avec le budget d’un résident.
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Pour autant, vivre à La Réunion ne rend pas automatiquement la Diagonale accessible. "Les courses préparatoires, le matériel, l’alimentation et les soins éventuels et la vie chère en général pèsent aussi sur le budget des coureurs locaux", insiste Jean-Daniel.
Et si certains possèdent déjà tout ce qu’il faut, d’autres doivent investir avant même de prendre le départ. "Si certains peuvent dépenser des milliers d'euros pour venir, tant mieux pour eux, c'est qu'ils peuvent, sourit le coureur. Mais certains traileurs de La Reunion, eux, ne peuvent même pas se payer le dossard."
Vivre à La Réunion ne suffit pas à rendre la course accessible à tous. "Le temps consacré à l’entraînement, les contraintes professionnelles et familiales, les dépenses de déplacement vers les compétitions préparatoires ou encore le renouvellement du matériel peuvent peser sur le budget d’un ménage."
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La passion a-t-elle un prix ?
Difficile d’affirmer que le trail est devenu un sport réservé aux plus aisés. Courir reste l’une des pratiques les plus accessibles qui soient : une paire de chaussures, un sentier et l’envie de s’y aventurer suffisent souvent. Mais dès lors qu’il s’agit de prendre le départ d’un ultra-trail comme la Diagonale des Fous, la facture prend, de manière plutôt rationnelle, une autre dimension.
A partir de combien d’euros la passion commence-t-elle à coûter cher ? Car le dossard n’est que la partie visible de l’addition...
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La Diagonale reste ouverte aux amateurs, mais tous n’y accèdent pas dans les mêmes conditions. Certains disposent déjà de l’équipement et de l’expérience nécessaires ; d’autres doivent investir avant même d’envisager la ligne de départ. Sans savoir si le tirage au sort leur sera favorable...


