"La première victoire, c’est de prendre le départ" : Jean-Christian Robert, le premier ultra-traileur à courir avec un pancréas artificiel

Alors que le Grand Raid débute jeudi prochain, le service de diabétologie du CHU de La Réunion va de nouveau se mobiliser sur les différents parcours pour accompagner les coureurs diabétiques. Parmi eux, Jean-Christian Robert, huit Grand Raid à son actif et plusieurs marathons, malgré un diabète de type 1. En 2021, il fut le premier ultra-traileur à courir avec un pancréas artificiel. Patient partenaire au CHU, il a fait de la maladie une philosophie de vie.
Il y a deux choses dont Jean-Christian Robert ne se sépare jamais : son sourire et son pancréas artificiel.
L'appareil a amélioré son quotidien depuis 2021. Il était alors l’un des premiers patients de La Réunion à être équipé de ce système, utilisé principalement dans le diabète de type 1. Une maladie avec laquelle ce Saint-Andréen de 63 ans vit depuis son diagnostic, il y a maintenant 23 ans. Un coup de massue, survenu du jour au lendemain : "C’est difficile à admettre, mais on n’a pas le choix, il faut s’y mettre."
Un infarctus, puis le pari du Grand Raid
Deuxième coup de massue sept ans plus tard, en 2010. Jean-Christian fait un infarctus. Admis à l’hôpital, il est opéré avec la pose de deux stents. L’homme décide alors de se prendre en main et de changer de vie.
"En quittant l’hôpital, j’ai dit à ma famille et à mes amis que j’allais me mettre au sport et m’inscrire au Grand Raid l’année suivante." Cela sans savoir courir "un kilomètre" à l’époque !
Il modifie son alimentation et perd 29 kilos. "Quand on passe près de la mort, ça donne à réfléchir. Si on mange mal et qu’on ne fait pas de sport, il faut changer tout ça." Lui qui avait tendance à se laisser aller avant le diabète adopte de nouvelles habitudes : des légumes, plus de viande ni de fromage, et du sport.
D’abord quelques mètres, puis quelques kilomètres. Des jours et bientôt des nuits à courir, jusqu’à en faire une passion et une raison de vivre. Le tout avec un compte à rebours dans la tête. Avant même de commencer à se mettre au sport, il s’était déjà inscrit au Grand Raid !
Pari réussi : en un an seulement, il prend part à sa première Diagonale des fous. Sept autres suivront, ainsi que des participations à la Mascareignes et au Trail de Bourbon, sur lequel cet ancien facteur et militaire s’élancera samedi prochain depuis Cilaos.
Il a terminé tous ses Grand Raid, dont un sans classement officiel après avoir manqué un point d’étape d’une minute à la Grande Chaloupe. Avec l’accord de l’organisation, il poursuivra tout de même jusqu’à La Redoute, pour repartir avec sa médaille et son tee-shirt de survivant.
Mais les trails de La Réunion ne sont pas les seuls à figurer à son palmarès. Une autre de ses "victoires" sera de boucler, en 2014, le prestigieux marathon de New York, puis, deux ans plus tard, celui de Boston.
Pancréas artificiel : un trio technologique pour réguler la glycémie
Un capteur de glucose, un logiciel et une pompe à insuline : le pancréas artificiel associe ces trois éléments pour ajuster automatiquement l’administration d’insuline. Également appelée insulinothérapie en boucle fermée, cette technologie est principalement utilisée dans le diabète de type 1 et fait partie des prises en charge proposées au CHU de La Réunion, à la pointe dans ce domaine.
Pour rappel, le diabète se caractérise par un excès de sucre dans le sang. Dans le type 1, le pancréas ne produit plus suffisamment d’insuline, l’hormone qui régule la glycémie : un apport quotidien est indispensable. Dans le type 2, l’organisme utilise moins efficacement cette hormone, dont la production peut également devenir insuffisante.
En fait, l'homme n’arrête jamais de courir, avec plusieurs trails à son actif cette année, dont le Royal Raid à Maurice. L’année dernière, il a couru le Marathon du soleil de minuit, en Norvège, et, en 2024, le Marathon pour tous des Jeux olympiques. Autant de nouvelles victoires pour ce coureur diabétique à qui on avait dit comme à d'autres que les portes du sport de haut niveau étaient fermées en raison de sa maladie.
Pas besoin d’avoir un dossard pour courir d'ailleurs : lorsqu’il vient au CHU, le Saint-Andréen gare souvent sa voiture au Bocage, à Sainte-Suzanne, et fait le chemin en courant. L’équivalent d’un marathon… pour éviter les embouteillages ! Le sport est devenu son adrénaline.

Une première mondiale avec un pancréas artificiel
Le 29 janvier 2021 marque une nouvelle étape dans la vie du retraité et heureux grand-père : il devient l'un des premiers Réunionnais à être équipé d’un pancréas artificiel. Dix mois plus tard, il court la Mascareignes avec ce dispositif, devenant, selon le CHU de La Réunion, le premier coureur au monde à participer à un ultra trail avec un pancréas artificiel.
Il fait désormais partie de son quotidien, 24 heures sur 24. Depuis, il voit la vie autrement : "On n’a plus besoin de se piquer pour connaître la glycémie, c’est automatique. Ça ne nous gêne même pas, c’est comme si on n’avait rien sur nous."
Qu’est-ce que la machine a changé dans sa façon de courir ? "Ça change un peu. Je regarde tous les quarts d’heure ma pompe pour voir où en est la glycémie." Selon la difficulté, il adapte ses apports en sucre pour éviter l’hypoglycémie.

Diabète de type 1 : le haut niveau n’est plus hors-jeu
Longtemps jugé incompatible avec le diabète de type 1, le sport de haut niveau est pourtant possible avec un accompagnement personnalisé. Jean-Christian Robert l’illustre sur les sentiers, comme Alexander Zverev, vainqueur de Roland-Garros cette année, sur les courts.
Au CHU de La Réunion, l’étude UltraDiab explore les adaptations nécessaires à la pratique de l’ultra-trail. Un premier suivi de quatre athlètes totalise 54 courses, 2 242 kilomètres et 590 heures d’effort, avec une glycémie dans la plage cible pendant 85 % du temps. Des résultats encourageants sur ce petit groupe, accompagnés d’un apprentissage partagé entre coureurs et soignants pour faire face aux contraintes du terrain.
Au-delà des exploits, l’activité physique régulière aide à mieux équilibrer le diabète, améliore la qualité de vie et réduit les risques cardiovasculaires. Des bénéfices accessibles aussi par la marche et les activités du quotidien
À chaque point de ravitaillement, l’équipe de diabétologie du CHU effectue des contrôles et vérifie son état à l'instar de celui des autres coureurs diabétiques, notamment sa lucidité, "pour mieux repartir".
Comme l'a rappelé le CHU, même si le pancréas artificiel améliore le quotidien des patients, les coureurs doivent toujours redoubler d'efforts par rapport aux autres coureurs. Les raideurs diabétiques doivent concilier l’effort sportif avec une vigilance constante sur leur glycémie, leur alimentation et le fonctionnement du dispositif. Une gestion supplémentaire qui demande une préparation adaptée et ajoute une charge mentale pendant la compétition.

"L’abandon n’est pas une défaite"
De son parcours, il a fait un exemple et un message adressé aux autres personnes diabétiques. Le Saint-Andréen fait partie des patients dits partenaires qui interviennent au sein du service de diabétologie du CHU de Bellepierre. Il anime notamment un atelier autour du sport, en accompagnant les patients lors de marches. Ce fut encore le cas ce jeudi 8 octobre, dans Saint-Denis, au départ et à destination de l’hôpital.

"Ce que je veux montrer aux autres, c’est que rien n’est impossible, tout est possible ! La maladie ne s’arrête pas, sinon ce serait trop beau. C’est vrai que c’est difficile à accepter, mais il faut le faire. Pour moi, aujourd’hui, la maladie, c’est comme une philosophie, ce n’est rien du tout. On devient diabétique, oui, et alors ? Ce n’est pas la fin du monde. Mais est-ce que vous voyez un docteur ? Moi, je sais que je suis un patient qui ne rate jamais ses rendez-vous et qui ne prend rien à la légère."
La Team Diabéto sur les sentiers du Grand Raid
Pour la cinquième année, les personnels du CHU de La Réunion et leurs partenaires se mobilisent pour accompagner les coureurs diabétiques sur les différentes épreuves du Grand Raid. Coordonnée par la Dre Anna Flaus-Furmaniuk, cheffe du service de diabétologie de Bellepierre, la Team Diabéto réunit une vingtaine de médecins, infirmiers, aides-soignants et partenaires, dont des prestataires notamment de pompes à insuline qui participent sur le terrain et fournissent du matériel (Isis Diabète, Dinno Santé, Seprodom, ASDIA, Mellitus Care).
Intégrées au dispositif de la course, les équipes contrôlent notamment la glycémie et les corps cétoniques, font le point sur les apports alimentaires et veillent à l’état des coureurs. Elles prêtent également main-forte aux autres soignants et aux ravitaillements pour soutenir l’ensemble des participants. Et là encore, c'est une "première au monde", met en avant la cheffe de service.

Il a fait de la maladie une philosophie de vie : "La première victoire, c’est déjà de se rendre sur la ligne de départ. Pour un diabétique, l’abandon n’est pas une défaite. Il faut avoir le courage de s’inscrire et de prendre le départ."
Le chronomètre passe au second plan : "Le temps, c’est d’arriver à La Redoute. Il est là-bas, le temps. Moi, j’ai toujours mis entre 50 et 56 heures."
Finalement, le diabète lui aura ouvert les portes d’une nouvelle vie : "On parle d’un rêve qui devient un cauchemar, mais, moi, c’est le contraire. Devenir diabétique, c’était mon cauchemar, mais ça m’a ouvert la voie pour être sportif. Maintenant, c’est mon rêve, à mon âge, de faire le Grand Raid et les Jeux olympiques."
À ses yeux, "qu’on soit porteur du diabète ou amputé, ce n’est pas un obstacle. C’est une difficulté, mais il faut le vouloir".
Dans son sillage, de plus en plus de personnes diabétiques, de La Réunion, de l'Hexagone ou d'ailleurs, prennent le départ d’une course du Grand Raid. Ils seront au moins quinze cette année à être suivis par la Team Diabéto, dont plusieurs équipés d'un pancréas artificiel. D'autres peuvent encore s'inscrire jusqu'au départ, comme c'est souvent le cas chaque année.
On estime à environ 200 à 250 patients adultes équipés d'un pancréas artificiel dans l'île fin 2025.
À Bellepierre, un hôpital de jour pour mieux accompagner le diabète
Ouvert depuis février 2026, l’hôpital de jour de diabétologie du CHU Nord permet aux patients de rencontrer plusieurs professionnels de santé sur une même journée, sans passer la nuit à l’hôpital. Bilans, adaptation des traitements, conseils nutritionnels et éducation thérapeutique : cette prise en charge pluridisciplinaire concerne les diabètes de type 1 et de type 2, le diabète gestationnel et les complications de la maladie.
Cette ouverture répond à un enjeu majeur : près de 90 000 personnes sont concernées par le diabète à La Réunion, où sa prévalence est près de deux fois supérieure à celle observée dans l’Hexagone, rappelle le CHU à partir des données de l’ORS (Observatoire régional de la santé).
La nouvelle structure complète les consultations et les hospitalisations proposées par les services de diabétologie du CHU, dans le nord et le sud. À Bellepierre, environ 3 000 patients diabétiques sont suivis, principalement pour les situations les plus complexes.
Pour la Dre Anna Flaus-Furmaniuk, l’enjeu est aussi de permettre au patient de mieux gérer sa maladie au quotidien, en intégrant notamment l’activité physique et l’éducation thérapeutique. À terme, le service vise au moins 5 000 hospitalisations de jour par an, un objectif qui suppose de renforcer les moyens de l’équipe.



