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Budget 2027 : face au "coup de massue", agriculteurs et industriels envisagent une mobilisation commune

Ecrit par P.M. – le samedi 10 octobre 2026 à 07H46
La chambre d’agriculture, le CPCS, le Syndicat du sucre, la Sica Révia, l’Aribev, l’Arifel et l’ADIR ont font front commun, aux côtés du monde de la pêche représenté par l’Aripa, pour défendre les soutiens à la production locale.

Le monde agricole et industriel fait front commun. Réunis ce matin sous une même bannière, les professionnels dénoncent un coup de rabot de près de 24 millions d’euros sur l’agriculture ultramarine dans le budget 2027, dont 17 millions pour la seule filière canne-sucre. Sans réponse sous une quinzaine de jours, ils menacent de se mobiliser ensemble.

La colère dépasse désormais les rangs des seuls planteurs. Chambre d’agriculture, représentants de la filière canne-sucre, de l’élevage, des fruits et légumes et industriels se sont réunis ce vendredi 9 octobre sous la bannière d'un collectif et de la Production locale réunie pour dénoncer les réductions de crédits prévues dans le projet de loi de finances pour 2027. Après les premières alertes du CPCS et de la CGPER, les acteurs de la production locale affichent leur unité et préviennent : ils ne comptent pas en rester aux simples communiqués.

Jean-François Sababady, coprésident du Comité Paritaire Interprofessionnel de la Canne et du Sucre (CPCS) côté planteurs, évoque un délai de quinze jours à trois semaines pour obtenir une réponse. Il appelle les parlementaires, le préfet et les collectivités à faire pression sur le gouvernement. Sans inflexion, une mobilisation réunissant les différentes filières, avec les industriels, est envisagée.

"Le combat syndical arrivera au moment voulu", affirme le représentant des planteurs. Pour l’heure, c’est la défense d’un équilibre commun qui rassemble.

Près de 24 millions d’euros en moins, sans répartition précise pour la canne

Selon les organisations, près de 24 millions d’euros manquent aux crédits agricoles des Outre-mer dans le projet de budget, dont environ 17 millions pour la seule filière canne-sucre par rapport aux aides autorisées, 5 millions pour le complément national au régime spécifique d’approvisionnement (RSA) — qui bénéficie à l’élevage et aux fruits et légumes — et 1,7 million prélevé sur l’enveloppe banane. Lors de la conférence, les intervenants ont estimé à environ 22 millions d’euros le coup de rabot pour La Réunion.

Pour la canne, le projet de budget inscrit 130,2 millions d’euros, contre 143,4 millions dans les lois de finances précédentes et une enveloppe autorisée de 147 millions. D’où les deux chiffres avancés : 13,2 millions de baisse par rapport aux crédits précédemment inscrits, et près de 17 millions par rapport au plafond autorisé.

Lire aussi : Budget 2027 : le CPCS alerte sur une possible baisse de 17 millions d’euros des aides à la filière canne

Reste une inconnue de taille : la répartition de cette baisse au sein de la filière canne. Les professionnels disent toujours ignorer comment cette réduction serait répartie entre les aides et, au bout du compte, entre planteurs et industriels. Ils dénoncent un rabot global sans explication précise sur les dispositifs qui seraient touchés.

Sylvie Le Maire, déléguée générale du Syndicat du sucre, souligne que ces sommes "ne peuvent pas manquer aux agriculteurs" et que leur retrait met "les équilibres de la filière en danger". Elle rappelle que les soutiens sont inscrits dans des engagements pris avec l’État. "Est-ce que c’est une erreur ?", interroge-t-elle. Tous voudraient le croire, mais les alertes déjà lancées n’ont, pour l’heure, pas encore reçu de réponse.

La déléguée générale souligne au passage le paradoxe d’un État qui annonce un plan d’urgence agricole de 1,3 milliard d’euros tout en retirant près de 24 millions aux filières ultramarines : "Soit à peine 2 %."

Les professionnels réclament le rétablissement des crédits agricoles et une enveloppe d’environ 30 millions d’euros dédiée aux Outre-mer dans le plan d’urgence national.

Olivier Fontaine, entre colère et lassitude

Pour Olivier Fontaine, président de la chambre d’agriculture, cette annonce s’ajoute à une série d’espoirs déçus. Il évoque le plan d’accompagnement face aux difficultés climatiques, dont les agriculteurs réunionnais attendent encore les effets, mais aussi les inquiétudes sur l’installation des jeunes et le statut des conjointes collaboratrices.

"Je ne sais pas si c’est résigné, en colère, je ne sais plus comment dire", confie-t-il.

Le président de la chambre souligne les difficultés de trésorerie, mais aussi l’usure psychologique des exploitants. Les réunions et les engagements ne suffisent plus si les réponses concrètes ne suivent pas.

Dans la canne, Jean-François Sababady rappelle la hausse du carburant et des engrais, les difficultés de main-d’œuvre et une campagne encore fragile. Alors que la prochaine convention se prépare, il demande d’abord que les engagements de celle en vigueur soient respectés.

L’élevage et les fruits et légumes redoutent un nouveau choc

Mickaël Payet, administrateur de la Sica Révia, rappelle les liens entre les productions. La canne est, pour lui, la "clé de voûte de l’agriculture". La fragiliser aurait des conséquences sur l’élevage, notamment à travers l’approvisionnement en paille.

Les productions animales s’inquiètent aussi de la disparition du complément national au RSA, qui aide à compenser les surcoûts d’approvisionnement, notamment pour l’alimentation du bétail. C’est bien ce complément qui est visé, et non l’ensemble du dispositif.

Jimmy Payet, pour l’Aribev, insiste sur les conséquences possibles pour les ménages. "On ne se bat pas que pour les éleveurs. On se bat pour l’ensemble des Réunionnais." Des aides en moins risquent de se traduire par des coûts supplémentaires que les filières ne pourront pas absorber indéfiniment, au détriment du consommateur et du développement de la production locale.

Lire aussi : Budget 2027 : la canne n’est pas une "variable d’ajustement", prévient la CGPER

Pour les fruits et légumes, Gaël Dijoux, représentant de l’Arifel, parle d’un "vrai coup de massue". Il évoque les difficultés sanitaires de la tomate, le recul de l’ananas et des producteurs pris entre hausse des charges et baisse des rendements.

"La vraie question, c’est jusqu’à quand on pourra tenir financièrement comme ça." Face aux contraintes climatiques et sanitaires, il réclame des solutions adaptées au territoire : "On est capable de produire. Mais il faut nous donner les moyens et les solutions."

Un risque "systémique de déstabilisation du territoire".

Michel Dijoux, président de l’ADIR, replace ces inquiétudes dans un ensemble plus large. L’agroalimentaire dépend directement des matières premières agricoles. Une déstabilisation des exploitations se répercuterait donc sur les entreprises de transformation et sur l’emploi.

"Si on perd la canne à La Réunion, c’est un tremblement de terre qui est annoncé", prévient-il.

Aux coupes nationales s’ajoutent les incertitudes qu’il évoque autour du POSEI, du FEDER et du FEADER. Pour le président de l’ADIR, la production réunionnaise doit se défendre collectivement face à un "risque systémique de déstabilisation du territoire".

Une enveloppe de 30 millions réclamée pour l'Outre-mer

Le collectif demande un arbitrage avant l’adoption du budget. Il réclame le rétablissement des crédits, le maintien des soutiens contractualisés à la canne, la préservation des aides à la diversification et de l’enveloppe banane.

Pour y parvenir, les organisations proposent de réserver environ 30 millions d’euros aux Outre-mer dans le plan d’urgence agricole national de 1,3 milliard. Cette somme permettrait de restaurer les quelque 24 millions manquants et de financer un fonds de 5 millions pour le développement agricole de Mayotte et de la Guyane.

Les professionnels dénoncent un décalage entre les ambitions affichées de souveraineté alimentaire et les moyens prévus pour les atteindre. Ils attendent désormais une correction du budget.

Faute de quoi, l’unité affichée autour de la table pourrait se prolonger sur le terrain.

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