Procès du corps démembré d’Ilet Coco : « Ce n’est pas un monstre mais quelqu’un d’extrêmement dangereux », estime l’avocat général

Vendredi soir, les jurés de la cour d’assises ont infligé à Amir Madi Combo 28 ans de réclusion criminelle dont les deux tiers assortis d’une période de sûreté pour le meurtre de Christelle Jean François. La sévérité de la peine s’explique par l’atteinte à l’intégrité du cadavre de la jeune femme qui a suivi le crime, même si cette infraction est passible d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende au maximum. Mais aussi par la dangerosité avérée de l’accusé.
« Cette affaire est celle d’un crime presque parfait. Sans la découverte et le professionnalisme de la section de recherches, qui ont fait le lien avec l’enquête des gendarmes de Saint-Benoît, les efforts de l’accusé pour dissimuler les traces de son crime auraient pu être un succès. » C’est ainsi que l’avocat général a entamé son implacable réquisitoire au terme duquel il a requis 30 ans de réclusion criminelle assortis d’une période de sûreté de la moitié de la peine à l’encontre de Amir Madi Combo pour le meurtre et l’atteinte à l’intégrité du cadavre de Christelle Jean François, en janvier 2024.

Antoine Tur a fait le choix d’une démonstration très technique pour convaincre les jurés que tous les éléments constitutifs d’un homicide volontaire étaient réunis. Car l’avocat de la défense avait annoncé sa volonté de demander une requalification des faits en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’avocat général a indiqué pourquoi « des incertitudes perdurent après deux ans d’instruction et trois jours de débat devant la cour d’assises ».
« Il n’y a pas de doute sur le fait qu’il l’a tuée »
A savoir que Amir Madi Combo a tout fait pour dissimuler son crime le 23 janvier 2024 en se débarrassant des armes et du corps de la victime, préalablement démembré. Tout cela en l’espace de deux heures avant que les gendarmes ne se présentent chez lui la première fois. L’avocat général a aussi dit qu’une « indécence, que l’on a du mal à expliquer, s’est glissée dans la salle d’audience quand l’accusé a soutenu qu’il n’avait pas voulu le faire ». Mais de l’autre côté de la barre, il a aussi fustigé « l’indécence d’un oncle incestueux qui s’est constitué partie civile au procès ».
Concernant l’intention homicide, il a égrené chacun des critères constitutifs de l’infraction. L’élément matériel et intentionnel d’abord avec « les violences initiales des deux coups de poing et puis le coup de couteau fatidique dans la poitrine ». Pour lui, cette « conjugaison d’actes positifs sont à l’origine de la mort de Christelle Jean François, même si la cause du décès est dissimulée ». Et d’ajouter : « Il n’y a pas de doute sur le fait qu’il l’a tuée. Il a d’ailleurs dit : J’ai pris sa vie. Elle est bien rentrée chez lui et elle n’en ressortira jamais. »
« L’idée de la sauver ne lui a jamais traversé l’esprit »
Il s’attaque ensuite à un autre critère qui consiste à établir qu’elle était bien vivante au moment de son décès. « Il n’a jamais affirmé, à part hier (Ndlr : jeudi), qu’elle était décédée quand il lui a asséné son coup de couteau. Auparavant, il avait dit qu’elle était évanouie ou inconsciente », explique le magistrat. Et de préciser : « S’il croyait qu’elle était morte, son geste de poignarder la poitrine de Madame Jean François n’a aucun sens. Et puis les preuves médico-légales ont indiqué qu’elle était bien vivante au moment du coup de couteau. »
Reste à savoir s’il avait l’intention de la tuer. « Amir Madi Combo en avait déjà l’intention aux premiers coups du fait de leur intensité. Surtout son récit n’explique pas toutes les traces de sang trouvées dans sa chambre. Les murs portent les traces de son acharnement », déroule l’avocat général. Et il évoque ces petits détails qui contredisent la version de l’accusé comme « l’empreinte palmaire qui est comme tamponnée sur le mur et les lésions de défense constatées sur la victime ». Quant à la volonté homicide, elle a consisté « à la laisser mourir sur le matelas de sa chambre. L’idée de la sauver ne lui a jamais traversé l’esprit ».
« Il va lui prendre jusqu’à son humanité complète pour garantir sa propre dignité »
Reprenant l’idée du « crime presque parfait », l’avocat général y ajoute l’autre dimension de l’affaire, celle « d’un massacre du corps ». Il rappelle que l’infraction d’atteinte à l’intégrité du cadavre – la plus terrible pour les proches – « est paradoxalement punie d’un an de prison » parce qu’elle visait à l’origine les violations de sépultures. Pour autant, le représentant du ministère public estime que « cette action doit être prise en compte au titre des circonstances de commission des faits. Elle montre à quel point il est jusqu’au boutiste. Non content de lui avoir pris la vie, il va lui prendre jusqu’à son humanité complète pour garantir sa propre dignité. C’est le geste le plus mystérieux qu’il ait accompli et je regrette qu’il ne s’en soit pas expliqué ».
Pour autant, l’avocat général estime que « ce n’est pas un monstre mais quelqu’un d’extrêmement dangereux dans l’intimité pour les femmes ». Il rappelle qu’il a dit qu’il « ne se laisserait plus jamais faire par les femmes à sa sortie ». Particulièrement « pessimiste » au regard de son positionnement dans le dossier, notamment en raison d’un défaut d’explications et d’une absence de remise en question, le magistrat est « inquiet quant au risque de récidive ». D’où la peine maximale qu’il a requis au terme de son réquisitoire.
« Il n’y a pas la preuve qu’il y avait une volonté de tuer avec le coup de couteau »
En défense, Me Morgan Pouly, débute sa plaidoirie par une interrogations. « Comment faire le grand écart entre la douleur des parties civiles et l’évaluation de la personnalité d’un accusé ? » A ce sujet, il indique être « conscient du dégout [qu’ils ont] ressenti ». Puis il entend démontrer à l’inverse de la poursuite que l’affaire s’apparente « à des coups mortels plutôt qu’à un meurtre » comme l’avocat général l’a soutenu avant lui.

« Dans ce dossier, il n’y a pas la preuve qu’il y avait une volonté de tuer avec le coup de couteau car sinon la plaie aurait été plus pénétrante. Or, il n’a enfoncé la lame que sur deux centimètres », rappelant au passage que « quand il y a un doute, il doit profiter à l’accusé ». Il note encore qu’il y a ensuite une très longue attente de presque deux jours sans que rien ne se passe. « Je n’ai pas la preuve formelle de l’intention homicide », insiste Me Pouly pour qui son client a donc « commis des violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner avec usage d’une arme ».
« La peine moyenne prononcée pour un meurtre est de 15 ans de réclusion criminelle »
Par ailleurs, l’avocat tient à préciser qu’en France « la peine moyenne prononcée pour un meurtre est de 15 ans de réclusion criminelle ». Et que si l’avocat général a requis la peine maximale, « c’est en raison de l’atteinte à l’intégrité du cadavre ». Or, complète-t-il, « ces faits ne sont passibles que d’un an de prison ».
D’où la nécessité à ses yeux que le magistrat l’envisage « comme une circonstance de commission du meurtre » pour aggraver le quantum de la peine prononcée. Pour Me Pouly, l’horreur du démembrement de la victime est liée « à la peur et à la précipitation à se débarrasser du corps ». Ce qui, selon lui, ne doit « en rien préjuger de sa personnalité ».
Amir Madi Combo a pris la parole en dernier pour exprimer ses remords en lisant un message à l’attention de la famille de Christelle Jean François. « Je compatis à votre douleur et je regrette… »
« Le démembrement n’est pas un acte de panique ou de peur »
En fin de matinée, les avocats de la partie civile ont retracé le chemin de vie semé d’embûches de Christelle Jean Christophe pour rendre hommage à sa mémoire. Ils ont aussi exorcisé les mensonges distillés au cours des débat par l’accusé.
Me Rakotonirina estime que cette terrible histoire est celle « d’une femme détruite puis profanée ». Il évoque les zones d’ombre du modus operandi de l’accusé qui servirait à dissimuler le coup de couteau fatal à Christelle Jean Christophe. Comme son confrère, Me Nawel Beikrit considère à l’évidence qu’il a eu « l’intention de la tuer ».

L’avocate des enfants de la victime en veut pour preuve qu’il a « pointé son couteau au niveau du cœur » et que par la suite il a fait montre d’un « complet discernement quand il a choisi de séparer les membres du corps ». Et de compléter : « Le démembrement n’est pas un acte de panique ou de peur. C’est au-delà de ça… » Pour Me Rakotonirina aussi, le plus choquant dans ce dossier reste le démembrement du corps de la jeune femme. « Des faits d’une nature macabre tel que l’espèce humaine ne peut pas l’imaginer », pointe la robe noire.
« Il met les membres dans un sac comme si c’était des déchets encombrants »
Le conseil fait le choix de s’y attarder en s’adressant aux jurés : « Sans voyeurisme, on doit vous expliquer ce qu’est le démembrement. » Puis il enfonce le clou : « On cisaille la chaire, on coupe les tendons et on force sur les articulations… Il l’a fait à quatre reprises sur une personne avec qui il venait d’avoir une relation d’amour ».
Pour sa part, Me Nawel Beikrit rappelle qu’il « met les membres dans un sac comme si c’était des déchets encombrants avant de les glisser dans son caddie ». Elle illustre son incompréhension en indiquant que « généralement, les tueurs déposent directement le sac dans la nature mais que lui a eu la délicatesse de déposer les quatre membres un à un en les touchant. Alors qu’il nous dit ça le dégoûte ».
« Nous avons perdu notre très chère Christelle qui a été massacrée »
Pour Me Rakotonirina, il ne fait pas de doute que « la précision chirurgicale des coupures, montre une volonté froide de faire en sorte que le corps disparaisse et que le crime reste impuni ». En guise de conclusion, il se met à la place des proches de Christelle Jean François : « Comment faire un deuil quand on a dans la tête les images d’un corps démembré, mutilé ? » Me Beikrit achève sa plaidoirie en rappelant que « Amir Madi Combo nous a dit qu’il aurait préféré ne pas la rencontrer ». Et la robe noire d’ajouter : « Moi je crois que des deux, c’est Christelle qui aurait préféré ne pas rencontrer l’autre ».

Me Valérie Yen Pon prend la parole au nom du frère et des sœurs de Christelle Jean François. « Nous avons perdu notre très chère Christelle qui a été massacrée. Je vais redonner corps à Christelle qui en a besoin quand on sait ce qui lui est arrivé », lâche-t-elle, la voix pleine d’émotion. L’avocate se focalise d’abord sur le parcours de vie d’une fratrie « qui agrandi dans une misère sociale avérée mais avec des sentiments ».
« Le dernier malheur de Christelle a été de rencontrer Amir Madi Combo »
Elle met des mots sur des maux. « La violence et l’alcoolisme d’un père » et « les premières mauvaises » au sein de la famille où il est question « de relations interdites ». « Quand on l’a découvert, c’est elle qui est passée pour une pute. Et elle est repartie de chez sa mère », déplore-t-elle. Après, poursuit Me Yen Pon, « il y a eu une dégringolade. Elle a essayé de travailler, elle a voulu s’en sortir… »
Finalement elle a eu deux enfants et essuyé deux séparations avant d’entamer une lente descente aux enfers. « Son second drame est le placement de ses enfants avec la mauvaise influence de son compagnon, la chimique, les coups, les insultes, les courses poursuites dans le chemin… Mais elle est restée avec lui car elle était sous son emprise. » Me Yen Pon reprend son souffle avant d’enchaîner : « Le dernier malheur de Christelle a été de rencontrer Amir Madi Combo. »
« On a essayé de remettre en place son puzzle macabre mais il nous a livré que des mensonges »
L’avocate avoue que beaucoup de points n’ont pas été éclaircis au terme des débats.« On a essayé de remettre en place son puzzle macabre mais il nous a livré que des mensonges. Tout ce qu’il nous laisse est que Christelle s’est prostituée pour du chimique. Il nous inflige cette rumeur de la prostitution après l’avoir tué et découpé. »

Pour la famille, il n’y a qu’un monstre qui a pu lui faire ça », rapporte l’avocate. Elle est persuadée qu’il a « tout fait pour essayer d’effacer Christelle ». Si bien que « quand l’autopsie est terminée, ils ont récupéré le corps dans une boîte. Ils ont été privés de lui passer la main dans les cheveux une dernière fois ». Et Me Yen Pon d’ajouter :« M. Madi Combo nous laisse avec nos sanglots, notre souffrance, nos interrogations, son mépris et ses mensonges. » S’adressant une dernière fois aux jurés, l’avocate leur demande « de redonner à Christelle sa juste place ». Les jurés n'y ont pas été insensibles même s'ils ont porté les 30 ans de réclusion criminelle requis par l'avocat général à 28 ans. Car alors que le magistrat avait demandé d'assortir la peine prononcée d'une période de sûreté équivalente à la moitié, ils l'ont portée aux deux tiers. Ce qui revient à fixer son caractère incompressible à 18 ans et demi de réclusion criminelle au lieu de 15 ans.


