Mise au placard, contrôle fiscal, crise de gouvernance... Le Grand Raid sur une mauvaise pente

La suspension de la trésorière et la remise en cause du rôle d’une responsable des bénévoles ont mis au jour de profondes tensions au sein de l’association du Grand Raid. Contestée par leur avocat, la procédure interne engagée s’inscrit dans un contexte déjà fragilisé par un contrôle fiscal, des désaccords persistants sur la gouvernance et plusieurs départs depuis l’arrivée de Pierre Maunier à la présidence.
Une procédure interne engagée au sein de l’association du Grand Raid agit comme un révélateur de tensions qui s’exacerbent depuis plusieurs années. Elle vise la trésorière, en poste depuis 2009, suspendue à la suite d’un signalement interne, ainsi que la responsable des bénévoles, dont le rôle est aujourd’hui remis en question. Deux postes clés dans une organisation largement portée par l’engagement bénévole, dont la mise à l’écart a cristallisé des tensions anciennes.
Sur le fond, la procédure suit son cours. Sur la forme, en revanche, elle est désormais ouvertement contestée. Dans un courrier adressé à la présidence, Me Munhoz, l’avocat des deux responsables évoque « une atteinte aux droits de la défense », dénonçant « l’absence de calendrier clair », « l’impossibilité d’exercer un contradictoire effectif » et « un silence prolongé malgré plusieurs relances écrites ». Selon lui, la procédure s’est engagée à partir « d’un signalement initialement non formalisé par écrit », plaçant ses clientes « dans une situation d’incertitude permanente ».
Un contrôle fiscal en parallèle
Cette affaire intervient également dans un contexte particulièrement sensible. L’association du Grand Raid fait l’objet d’un contrôle fiscal, selon nos informations. Un contrôle qui pèse sur le fonctionnement quotidien de la structure, alimentant les crispations autour de la gestion financière, des stocks et des responsabilités engagées. Dans un échange interne que nous avons pu consulter, il est ainsi écrit que « la vigilance doit être totale compte tenu des enjeux et des responsabilités qui pèsent sur l’association ». Un autre mail évoque « une période particulièrement délicate », où chaque décision est scrutée à l’aune de ce contrôle.
Selon nos informations, ce contrôle ferait suite à plusieurs exercices déficitaires, accentuant la pression sur la gouvernance et les choix opérés ces dernières années.
« C’est dictatorial, mais j’assume »
Les échanges internes antérieurs à l’ouverture de la procédure montrent que les tensions étaient déjà bien installées. Dans l’un d’eux, Pierre Maunier assume une mise à distance de la responsable des bénévoles, expliquant avoir choisi de la « tenir à l’écart de certaines réunions » en raison d’une perte de confiance.
Dans une autre correspondance, le président revendique une vision très personnelle de son rôle, expliquant fonctionner comme un chef d’entreprise. Il y assume également une posture qu’il qualifie lui-même de « dictatoriale », tout en disant en mesurer les critiques. À ces propos, d’autres membres du bureau opposent une lecture radicalement différente du fonctionnement associatif. Dans un mail, il est rappelé que le Grand Raid n’est pas une entreprise et que les décisions doivent être « réellement partagées ».
Ces échanges font également émerger un autre sujet sensible : la volonté, exprimée par certains, de faire évoluer l’association vers un modèle plus entrepreneurial, avec en toile de fond une question centrale et explosive en interne, celle d’une éventuelle rémunération du président.
Une gouvernance de plus en plus questionnée
Au fil des échanges et des mois qui s’écoulent, le malaise apparaît de plus en plus marqué. D’un côté, une présidence qui revendique une gestion resserrée, justifiée par la montée en puissance du Grand Raid et les risques juridiques qui l’accompagnent. De l’autre, des responsables attachés à un fonctionnement collégial, fondé sur la confiance, la circulation de l’information et le respect des statuts.
Point de crispation majeur : la procédure interne engagée à l’encontre de la trésorière et de la responsable des bénévoles, perçue par certains comme l’aboutissement d’un conflit de gouvernance ancien, et qui a installé un climat de tension durable.
Des départs déjà actés
Cette affaire survient dans un contexte de départs déjà actés par le passé. Depuis l’arrivée de Pierre Maunier à la présidence, quatre membres du bureau ou du comité directeur ont quitté leurs fonctions, sur un total de quatorze. Un chiffre notable dans une structure historiquement marquée par une forte stabilité.
On se souvient aussi du départ de Thierry Chambry, directeur des courses, ancien vainqueur de l’épreuve, qui avait annoncé publiquement sa démission en évoquant « une incompatibilité de valeurs et d’éthique » avec la présidence actuelle, ainsi qu’« une réalité du management interne souvent méconnue du grand public ».
L’ancien président Robert Chicaud sort du silence
La situation a également poussé l’ancien président du Grand Raid, Robert Chicaud, à prendre la plume. Dans un texte revenant sur les épisodes ayant secoué l’association depuis la passation de pouvoir en 2021, il évoque une forme « d’épuration », un renforcement du pouvoir présidentiel « au détriment des règles démocratiques », et pointe des résultats financiers qu’il qualifie de révélateurs d’une « gestion calamiteuse et incontrôlée ».
Sans dresser un tableau entièrement à charge, Robert Chicaud appelle surtout à un recentrage. Il insiste sur la nécessité que l’association Grand Raid, rendez-vous incontournable à La Réunion, demeure au cœur des intérêts collectifs du bureau, et ne bascule pas dans ce qu’il qualifie de « guerre d’egos ».
Pierre Maunier n'a pas répondu à nos sollicitations
Nous avons tenté de joindre à plusieurs reprises le président de l’association Grand Raid, par courriel, sans succès. Un premier message envoyé la semaine dernière est resté sans réponse, tout comme une nouvelle tentative lundi. L’association a également été contactée par téléphone, en vain.
Dans tous les cas, la volonté de la présidence de mettre à l’écart la trésorière et la responsable des bénévoles se heurte désormais à plusieurs procédures engagées pour contester ces décisions.


