CFDT Réunion : Karl Maillot veut dépasser la guerre des chefs

Élu secrétaire général de la CFDT Réunion lors du congrès du 1er octobre, Karl Maillot entend poursuivre son mandat malgré la contestation judiciaire portée par son prédécesseur, Expédit Lock-Fat. Le nouveau responsable syndical annonce deux priorités : le pouvoir d’achat et les conditions de travail.
La nouvelle direction de la CFDT Réunion veut tourner la page de la crise interne. Élu secrétaire général lors du XIXe congrès de l’organisation, le 1er octobre à Saint-Denis, Karl Maillot a présenté ses priorités ce lundi 12 octobre, au siège de l’union régionale. Entouré des secrétaires généraux des neuf syndicats et des membres de la commission exécutive, il a défendu la légitimité de la nouvelle équipe, contestée par l’ancien secrétaire général, Expédit Lock-Fat.
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Le congrès a réuni 307 délégués et renouvelé les instances de l’organisation pour la mandature 2026-2030. Mais sa régularité reste au cœur d’un différend judiciaire. Expédit Lock-Fat conteste notamment la convocation du conseil syndical du 6 août à l’origine de la tenue du congrès du 1er octobre. Le tribunal judiciaire de Saint-Denis doit se prononcer sur ce point le 24 novembre.
Interrogé sur les accusations de "putsch" formulées par Expédit Lock-Fat, Karl Maillot a choisi de ne pas entrer dans la polémique. "Nous avons trop de boulot à venir pour nous arrêter sur des commentaires qui n’en valent pas la peine", a-t-il déclaré, estimant que "la souveraineté a parlé, la démocratie a parlé".
Karl Maillot invoque les statuts de la CFDT Réunion
Pour le nouveau secrétaire général, le congrès du 1er octobre a permis de renouveler légitimement les instances de l’union régionale. Il affirme que cette initiative répondait à une demande formulée depuis plus d’un an par des conseillers syndicaux souhaitant organiser de nouvelles élections.
"Le congrès a été mis en place par la volonté de plus d’un tiers des conseillers syndicaux de l’ancienne mandature", soutient-il, en se référant à l’article 20 des statuts de la CFDT Réunion. Selon sa lecture de ces dispositions, les conseillers disposaient du droit de demander la tenue d’un conseil syndical, puis l’organisation d’un congrès.
Karl Maillot explique que plusieurs démarches auraient été entreprises avant d’en arriver à cette décision, notamment auprès de la CFDT nationale. Un protocole de sortie de crise aurait également été signé par son camp, sans aboutir, selon lui, à la reprise du processus électoral.
"Depuis un an, nous demandons, nous réclamons des élections", affirme-t-il. Faute d’avancée constatée en juin, les opposants à Expédit Lock-Fat ont finalement pris l’initiative de réunir le conseil syndical et de fixer la date du congrès.
Cette interprétation des statuts reste toutefois contestée par l’ancien secrétaire général. La validité de la procédure devra être appréciée dans le cadre du contentieux en cours.
Le 24 novembre, une échéance décisive pour la gouvernance
La décision judiciaire attendue le 24 novembre constitue la prochaine étape de cette crise. Expédit Lock-Fat conteste la régularité du conseil syndical du 6 août, dont les délibérations ont conduit à l’organisation du congrès. La question de la validité de cette procédure est donc susceptible d’avoir des conséquences sur les décisions prises ensuite.
Karl Maillot, lui, considère que sa légitimité découle du congrès du 1er octobre, qui a élu un nouveau conseil syndical, lequel a ensuite désigné le secrétaire général et les autres instances dirigeantes.
"Si le jugement nous est favorable, tout est dit et nous poursuivrons les travaux que nous avons commencés", explique-t-il.
Dans l’hypothèse inverse, le nouveau responsable assure qu’il demandera à son prédécesseur d’organiser de nouvelles élections. "Si le jugement nous est défavorable, nous demanderons sans délai à l’ancien secrétaire général la mise en place d’élections. Nous demandons ça depuis plus d’un an et nous allons renouveler cette demande."
Karl Maillot se montre néanmoins confiant quant à l’issue politique du conflit. Selon lui, les neuf syndicats qui soutiennent la nouvelle direction représentent environ 65 % des mandats au sein de l’union régionale.
Il estime ainsi que, même si la justice leur était défavorable, un nouveau congrès "aboutirait au même résultat". Cette affirmation relève de son appréciation des rapports de force syndicaux et ne préjuge pas de la décision judiciaire à venir.
Pouvoir d’achat et conditions de travail : les priorités de Karl Maillot
Au-delà du conflit de gouvernance, Karl Maillot veut désormais installer son projet syndical. Celui-ci s’articule autour de deux axes principaux : le pouvoir d’achat et les conditions de travail, aussi bien dans le secteur privé que dans la fonction publique.
Le nouveau secrétaire général annonce notamment un travail sur les conventions collectives, ainsi que sur la formation des militants de la CFDT Réunion. L’objectif affiché est de leur donner les moyens de mieux accompagner les salariés dans les entreprises et les agents au sein des administrations.
"Le dialogue social est l’élément, l’outil le plus important pour nous au sein de la CFDT Réunion", insiste-t-il.
La nouvelle équipe entend donc mettre l’accent sur les revendications concrètes des travailleurs, alors que la crise interne a occupé une place importante dans l’actualité de l’organisation ces derniers mois.
Une image à restaurer auprès des adhérents
Karl Maillot reconnaît que les tensions entre les deux camps ont suscité des interrogations parmi les adhérents et dans l’opinion publique. Il assure toutefois que cette crise ne remet pas en cause le travail quotidien des militants sur le terrain. "Nous tenons à rassurer les adhérents : ce qui se passe au sein de la CFDT Réunion n’entache en rien le travail qui est fait par les militants sur le terrain", affirme-t-il.
Il rappelle que les représentants syndicaux continuent d’intervenir dans les entreprises et les administrations, au plus près des salariés et de leurs préoccupations.
Reste désormais à savoir si la décision judiciaire du 24 novembre permettra de clarifier la situation institutionnelle de l’union régionale. D’ici là, Karl Maillot entend poursuivre le travail engagé par sa nouvelle équipe et concentrer son action sur le pouvoir d’achat, les conditions de travail et le renforcement du dialogue social à La Réunion.


