La guerre Russie/Ukraine va-t-elle débarquer à La Réunion ?

La guerre opposant la Russie à l’Ukraine semblait excessivement lointaine aux Réunionnais. Le conflit se déroule à près de 8.000 km de nos côtes et ça fait un moment qu’il n’occupait plus la Une des journaux ou des JT.
La guerre s’est rapprochée de nous quand Trump et Israël ont bombardé l’Iran et que les Gardiens de la Révolution en représailles ont envoyé une batterie de missiles sur Diego Garcia, située dans l’océan Indien, à 2.400 km de nous. Mais c’était encore loin.
Et voilà que la nuit dernière, la marine nationale a arraisonné le pétrolier DF Peak soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe, à 800 km de nos côtes ! Et cerise sur le gâteau, le navire est en train d’être dérouté vers La Réunion où il sera saisi en attendant que les membres de l’équipage soient jugés.
"Opération spéciale"
Une gifle que les Russes risquent de ne pas apprécier et qu’ils voudront peut-être faire payer aux Réunionnais.
Depuis des mois, la Russie mène une guerre hybride à plusieurs pays d’Europe, au premier rang desquels la France et l’Allemagne à qui elle reproche de soutenir l’Ukraine dans sa résistance à l’ « opération spéciale » déclenchée par Vladimir Poutine. Une guerre qui ne dit pas son nom mais qui dure depuis plus de 4 ans et demi et qui a déjà fait entre 500 et 600.000 morts.
Pas une guerre classique comme celle qui se déroule sur le territoire ukrainien. Ce n’est pas demain que les chars russes rouleront sur les Champs Élysées. Non, une guerre hydride dans laquelle les Russes frappent, mais en s’évertuant à toujours rester en dessous du seuil qui obligerait l’OTAN à réagir militairement.
Rafraichissons-nous la mémoire avec les faits les plus marquants de cette guerre :
· En France, des réseaux russes ont créé de faux sites imitant des médias français et même le ministère des Affaires étrangères afin de diffuser de fausses informations, notamment sur l’Ukraine. Plusieurs sociétés russes ont été identifiées derrière cette campagne.
· Les étoiles de David taguées à Paris en 2023. L’enquête judiciaire a permis de révéler que leur diffusion et leur amplification en ligne avaient été orchestrées par des réseaux russes.
· Les cercueils déposés au pied de la tour Eiffel en juin 2024, portant la mention « soldats français d’Ukraine ». Trois suspects ont été arrêtés, dont les liens avec la Russie ont été prouvés. Le but était de créer des divisions dans la société française.
· Les « mains rouges » sur le Mémorial de la Shoah à Paris en 2024, qui ont été apposés dans le même objectif.
· La manipulation de la crise des punaises de lit en France. À l’automne 2023, des comptes liés à la Russie ont amplifié massivement l’affaire, allant jusqu’à diffuser de fausses affirmations attribuant les punaises aux réfugiés ukrainiens.
· Le 4 août 2026, un drone équipé d’explosifs et d’un dispositif de mise à feu a été découvert dans la zone sécurisée de l’aéroport de Leipzig/Halle, à proximité d’avions-cargos ukrainiens. Une partie de l’aéroport a dû être fermée temporairement. Un mois plus tard, le chancelier Friedrich Merz a affirmé que l’opération avait été préparée en Russie pendant plusieurs mois et qu’elle visait directement l’Allemagne. Il a déclaré qu’une catastrophe avait été évitée de justesse. L’aérodrome de Leipzig/Halle est un important hub cargo, utilisé notamment pour des liaisons ukrainiennes et lié à la logistique du soutien occidental à l’Ukraine.
· En 2025, les autorités françaises ont officiellement attribué au renseignement militaire russe, le GRU, plusieurs cyberattaques ayant visé le processus électoral français, des médias ainsi que des infrastructures publiques et privées sensibles, dans le but d’orienter différentes élections.
· En juillet 2024, quatre colis contenant des engins explosifs-incendiaires artisanaux ont été expédiés depuis Vilnius, en Lituanie. L’un d’eux a pris feu à l’aéroport de Leipzig/Halle, juste avant d’être chargé dans un avion DHL à destination du Royaume-Uni. Selon les enquêteurs allemands, si le colis avait pris feu quelques minutes plus tard, l’incendie aurait pu se déclarer en plein vol, avec un risque de catastrophe aérienne. Trois autres colis ont connu des destins comparables : l’un a explosé dans un camion DPD en Pologne le 21 juillet 2024, un autre a pris feu le lendemain dans un entrepôt DHL à Birmingham, au Royaume-Uni, tandis que le quatrième, également transporté en Pologne, n’a pas fonctionné.
· L’UE a sanctionné deux entreprises de pêche russes accusées de participer à des opérations de surveillance d’infrastructures critiques et de sabotage, notamment autour des câbles sous-marins européens.
· Plusieurs enquêtes européennes ont mis en évidence le recrutement de petites mains, parfois via Telegram et contre paiement en cryptomonnaies, pour incendier ou endommager des infrastructures, entrepôts ou installations liées au soutien à l’Ukraine. Des arrestations ont notamment eu lieu en Allemagne, Pologne, Royaume-Uni et dans les pays baltes.
· Les services de renseignement européens ont documenté des tentatives de sabotage ou d’espionnage visant des entreprises fournissant des armes ou des équipements à l’Ukraine. Le Danemark a par exemple accusé en 2026 la Russie d’avoir cherché à mener des sabotages contre des sociétés de défense. Hier encore, les mêmes services de renseignement ont mis en garde plusieurs grands patrons européens d’entreprises travaillant dans le secteur de la défense de tentatives d’assassinat les visant.
· La désinformation ciblant directement l’armée française. Des réseaux liés à la Russie, et souvent basés à Madagascar avec la complicité du gouvernement malgache qui ferme les yeux, ont diffusé de fausses vidéos présentant de prétendus soldats français commettant des exactions en Afrique ou en Ukraine, ou affirmant que la France allait envoyer massivement des soldats mourir sur le front ukrainien.
En face, les moyens de rétorsion ne sont pas légion. La France, et dans une moindre mesure la Grance Bretagne, ont décidé de répliquer en touchant Poutine là où ça fait mal, au porte-monnaie.
Du fait des sanctions internationales frappant les exportations d’hydrocarbures russes, le dirigeant du Kremlin est contraint de recourir à une flotte de pétroliers « fantômes », souvent de vieux bateaux tout rouillés navigant sous de faux pavillons de complaisance. Ce faisant, ils violent le droit international, ce qui autorise leur arraisonnement, même dans les eaux internationales.
La France a arraisonné au moins cinq de ces navires depuis 2025. Le dernier en date l’ayant donc été cette nuit au large de La Réunion.
Poutine et Trump
Pas sûr que Poutine apprécie. Va-t-il être fâché au point d’envisager des mesures de rétorsion contre La France ? Contre La Réunion ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, notre île n’est pas à l’abri des manœuvres russes. Les modérateurs de Zinfos ont repéré une multitude de faux profils utilisant des adresses mail suspectes et tous se répandant en louanges sur Vladimir Poutine ou critiquant Volodymyr Zelenski et Emmanuel Macron. Et le fait qu’il existe une colonie de ressortissants russes dans l’île n’est pas pour nous rassurer.
Lire aussi : Flotte fantôme russe : ce que l’on sait du pétrolier dérouté vers La Réunion
Et le comble serait que le pétrole saisi ait eu comme destination les Etats-Unis qui, on le sait, ont décidé depuis avant-hier d’autoriser l’importation aux USA de gasoil russe, en violation de tous les accords signés jusqu’ici avec leurs alliés.
Après avoir déclenché la colère de Poutine, voilà qu’on se mettrait également à dos Donald Trump...


