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Saint-François d’Assise : des millions d'euros en réserve, mais des places d’accueil qui se font attendre

Ecrit par J.D. – le jeudi 15 octobre 2026 à 16H32

Dans un rapport consacré à l’Association Saint-François d’Assise (ASFA), la Chambre régionale des comptes pointe une gouvernance fragilisée, des investissements retardés et des choix immobiliers éloignés de ses missions. Si la situation financière reste solide, les magistrats demandent à l’association de mieux mobiliser ses moyens pour les personnes âgées et handicapées. L’ASFA fait état de mesures correctrices et défend la maîtrise des risques grâce à sa filiale immobilière.

Des moyens financiers conséquents, mais des projets qui tardent à bénéficier aux usagers. C’est le principal constat du rapport de la Chambre régionale des comptes consacré à l’Association Saint-François d’Assise (ASFA).

Fondée en 1918, l’association occupe une place importante dans l’offre sanitaire et médico-sociale réunionnaise. Elle gère douze établissements et services, ainsi que trois instituts de formation, avec près de 700 salariés et un budget d’exploitation d’environ 62 millions d’euros en 2025. Ses produits issus de la tarification sont financés à plus de 80 % par l’Agence régionale de santé.

La chambre reconnaît une situation financière « globalement maîtrisée ». Mais elle souligne que les excédents accumulés reflètent aussi des retards dans les projets et des engagements contractuels insuffisamment respectés. Les secteurs des personnes âgées et du handicap sont particulièrement concernés.

Une crise de direction aux conséquences durables

Depuis 2022, trois directeurs généraux se sont succédés à la tête de l’ASFA. Le départ de plusieurs cadres a fragilisé également les ressources humaines, les finances, l’informatique et la direction des établissements.

Le président Maximin Assoune évoque, dans des échanges repris par le rapport, un « chambardement qui a posé question », accompagné de « nombreux départs, ruptures conventionnelles, pour maladie, souffrance au travail et harcèlement ».

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La chambre constate une stabilisation progressive à partir de 2024, mais juge l’organisation encore insuffisamment claire. Les délégations aux directeurs d’établissement restent gelées entre janvier 2024 et février 2026. Trois versions de l’organigramme se sont succédées depuis 2023.

Le conseil d’administration ne dispose pas non plus toujours d’une information complète. Les conditions de rupture du contrat de l’ancien directeur général ne sont pas retracées dans ses comptes rendus. Les avantages accordés à la nouvelle direction ont évolué sans nouvelle information exhaustive des administrateurs.

L’association s’engage à améliorer la traçabilité de ces décisions. Elle défend aussi une organisation par projets destinée, selon son président, à « éviter le travail en silo des établissements ».

Arbre de vie : un investissement immobilier discuté

La résidence Arbre de vie concentre une partie des critiques. Livrée en 2021, l’opération associe une plateforme de services à domicile, des locaux commerciaux et une résidence locative portée par la filiale ASFA Immobilier.

Présentée aux instances comme une résidence sociale destinée aux seniors et aux personnes handicapées autonomes, elle est alors décrite comme « une véritable innovation sociétale mais aussi une orientation nouvelle pour l’ASFA ». Sur les 31 logements loués, seuls douze sont toutefois occupés par des retraités ou des bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés au moment du contrôle. Le mandat de gestion locative ne reprend pas cet objectif de public.

La chambre relève aussi que l’assemblée générale n’est pas consultée lors de la création de la filiale en 2018, contrairement aux statuts. Elle n’intervient qu’en 2021 sur son financement.

L’engagement financier est important : la résidence locative représente environ 6,1 millions d’euros. L’ASFA garantit un emprunt de 3,4 millions d’euros et lui consent des avances atteignant 2,54 millions d’euros fin 2024. Ces sommes ne lui sont pas remboursées, alors que leur restitution après l’obtention du crédit d’impôt avait été annoncée aux instances.

Les capitaux propres de la filiale diminuent de 65 % entre 2021 et 2025. L’association estime néanmoins que le risque patrimonial reste « encadré, gradué et maitrisable ». Elle souligne que la trésorerie et la capacité d’autofinancement de sa filiale sont positives.

Pour les magistrats, cette opération immobilise des moyens alors que plusieurs établissements ont des besoins financiers ou immobiliers non satisfaits.

Des équipements inutilisés et des places toujours attendues

Le rapport énumère plusieurs investissements retardés. La balnéothérapie du centre d’éducation motrice, livrée en janvier 2018 pour environ 800 000 euros, n’a jamais fonctionné. Une procédure auprès de l’assureur est engagée. Celle de l’hôpital d’enfants, attendue en 2020, reste inachevée en mars 2026, pour un coût atteignant déjà environ 2,1 millions d’euros.

Hôpital d'enfants / Photo d'illustration.

Dans le secteur du handicap, trois projets représentant 45 places supplémentaires pour adultes accusent des retards ou sont abandonnés. L’extension de huit places de la maison d’accueil spécialisé (MAS) de Franche Terre n’est ni financée ni démarrée. Le projet de douze places de MAS en centre-ville, revu par la nouvelle direction pour être implanté à Bellepierre, n’est pas formalisé à nouveau depuis 2024.

L’établissement d’accueil médicalisé de 25 places prévu au Port est, lui, abandonné mi-2026. L’ASFA explique ne pas pouvoir emprunter dans les conditions fixées. Elle demande notamment un allongement du bail à construction et une garantie départementale sur la moitié de l’emprunt. Le Département refuse de modifier ces conditions, estimant que cela aurait porté atteinte à l’égalité entre les candidats.

Le service d’accompagnement de 25 places associé à ce projet ouvre néanmoins début 2025. Initialement installé à Saint-Denis pour accompagner un public de l’Ouest, il doit être relocalisé dans ce secteur.

Ces difficultés interviennent alors que jusqu’à 40 % des places de l’institut médico-éducatif sont occupées par de jeunes adultes maintenus dans une structure pour enfants, faute de solution adaptée.

À l’EHPAD, des besoins de modernisation et des alertes sur les pratiques

L’EHPAD de l’ASFA compte 160 places réparties entre Saint-Denis et Sainte-Clotilde. Il reste déficitaire et ne dispose pas de contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens depuis l’expiration de sa convention précédente en 2020.

La chambre relève un vieillissement des équipements et des aménagements insuffisants à Sainte-Clotilde, notamment pour accueillir les proches lors d’un décès.

Le pôle d’activités et de soins adaptés destiné aux résidents atteints d’Alzheimer ou de troubles apparentés est financé depuis 2015. Il n’est aménagé qu’en 2025, pour plus de 230 000 euros, dans une configuration réduite. Dépourvu de bureau, de salon de repos et de toilettes propres au dispositif, il n’obtient pas l’autorisation d’ouverture de l’ARS.

Les magistrats rappellent également les constats d’une visite inopinée de l’ARS en juillet 2025 : de nombreux résidents font l’objet de mesures de contention sans protocole interne suivi ni signé. Un relevé du conseil de la vie sociale de septembre 2025 mentionne 100 résidents concernés sur 160.

Le rapport souligne la nécessité de prescriptions médicales, d’une traçabilité et de réévaluations régulières. Il relève aussi des insuffisances dans les projets d’accompagnement personnalisés, la prévention du risque de maltraitance et le traitement des réclamations.

L’ASFA indique avoir recruté une médecin et une infirmière coordonnatrice intervenant sur les deux sites pour mettre en œuvre les recommandations de l’ARS. Sa direction qualité précise centraliser les plaintes dans un logiciel de suivi. La chambre rappelle, par ailleurs, que les résultats des évaluations externes des établissements sont globalement bons.

Rémunérations, astreintes et dialogue social sous surveillance

La rémunération brute cumulée des trois plus hauts dirigeants est passée de 333 590 euros en 2021 à 411 586 euros en 2025, soit une hausse de 23 %. Celle de la direction générale augmente de 42 % sur la même période, hors astreintes administratives réalisées en 2025.

La chambre demande une publication complète des avantages en nature, notamment les véhicules et le logement de fonction. L’association s’engage à respecter systématiquement cette obligation.

Le rapport relève également des dépassements des plafonds d’astreintes pour quatre cadres, dont 207 jours sur une année pour l’un d’eux. Le président les explique par une situation exceptionnelle liée à la crise de gouvernance. La direction s’engage à dénoncer l’accord local de 2007 avant fin 2026 pour revoir le dispositif.

Le recours aux CDD progresse aussi. À l’EHPAD, ils représentent 35 % des effectifs en équivalents temps plein en 2024. La direction présente leur poids comme l’une des raisons du déficit chronique de l’établissement. Un dispositif interne de remplacement de six équivalents temps plein est maintenu fin 2025 pour tenter de limiter ce recours.

Sur le plan social, sept procédures contentieuses sont recensées pendant la période contrôlée. Le CSE a sollicité à trois reprises des expertises pour risque grave, sur la MAS en 2021, les EHPAD en 2022 puis l’ensemble de l’association en 2024. L’inspection du travail est intervenue en janvier 2026.

Une psychologue chargée de la prévention des risques professionnels a été recrutée en 2026. La chambre constate un dialogue social difficile, en cours de normalisation.

Des finances solides, mais des investissements insuffisants

Fin 2025, les disponibilités de l’association atteignent 21,9 millions d’euros. Les réserves des activités sociales et médico-sociales dépassent 61 millions d’euros. Ces réserves ne constituent pas toutes de la trésorerie immédiatement mobilisable, mais elles témoignent des moyens accumulés.

La chambre relève cependant une dégradation des résultats : l’excédent des activités sous gestion contrôlée passe d’environ 3,26 millions d’euros en 2022 à 622 000 euros en 2025.

Une partie des financements d’investissement reste inutilisée. La rénovation de la MAS, dotée de deux millions d’euros, n’est réalisée qu’à hauteur d’environ 571 000 euros. L’ARS autorise en février 2026 la mobilisation de plus de 4,4 millions d’euros de réserves du secteur handicap pour sortir de l’emprunt toxique de la MAS.

Deux prêts structurés souscrits en 2007 continuent en effet de peser sur les comptes. Ils représentent 35 % de la dette financière, mais 80 % de sa charge d’intérêts selon le rapport. Le remboursement anticipé du prêt de la MAS est acté en juin 2026 ; une restructuration de celui de l’EHPAD est recherchée.

Les magistrats demandent aussi de régulariser les frais de siège, dont la dernière autorisation expire fin 2019. Les établissements continuent de les financer avec l’accord tacite des tutelles, à hauteur d’environ 2,58 millions d’euros en 2024. L’effectif du siège atteint 52 équivalents temps plein en 2025, contre 20,8 dans l’autorisation antérieure, avec un périmètre d’imputation des rémunérations qui diffère.

Au total, huit recommandations sont adressées à l’association, portant sur ses statuts, sa gouvernance, l’information sur Arbre de vie, sa stratégie patrimoniale, les délégations, les astreintes, les frais de siège et les investissements de l’EHPAD.

Dans sa réponse finale du 10 septembre 2026, Maximin Assoune écrit : « Après en avoir pris connaissance, nous vous confirmons que ledit rapport n’appelle aucune remarque de notre part. »

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