"Pour" et "contre" l'agrandissement du bassin de baignade de Grand Anse s'opposent au tribunal

Sept associations et un administré ont formé un référé demandant l'annulation de l'autorisation accordée par l’État à la commune de Petite-Île pour agrandir le bassin de baignade en mer de Grand Anse, en partie détruit par le cyclone Firinga en 1989. L'audience s'est déroulée ce vendredi.
Quelques jours après le passage dévastateur de Garance sur notre île, nouvel épisode meurtrier d'une saison cyclonique dont l'intensité interroge même les climato-sceptiques, deux visions de la société – et de la protection de l'environnement – s'opposaient ce vendredi 7 mars, dans la salle d'audience du tribunal administratif de Saint-Denis.
D'un côté, sept associations et un simple administré qui ont déposé un référé suspension contre l'autorisation accordée par la préfecture, le 9 décembre dernier, au projet d'agrandissement du bassin de baignade en mer de Grand Anse. L'aménagement est porté par la commune de Petite-Île avec l'appui de la SPL Maraina, qui n'était pas représentée au tribunal.
Pour ces défenseurs de l'environnement, plus question de reproduire les erreurs du passé, les projections du GIEC sur la hausse des températures globales et les menaces sur les espèces protégées locales étant suffisamment graves pour que les élus de la République, et l’État, s'abstiennent de jouer aux apprentis sorciers avec la nature.
Transplantation de coraux et corridor de vacoas
De l'autre côté de la barre, la commune de Petite-Île et la préfecture de La Réunion défendent leur approche du « développement durable », basée sur le principe désormais courant, mais dont l'efficacité reste à établir, selon lequel des mesures de compensation doivent permettre de détruire de la biodiversité ici, si on en recrée ailleurs.
Ce principe de compensation, symbolisé par la sulfureuse taxe carbone, semble largement atteint aux yeux de la commune Petite-Île. La collectivité s'engage à transplanter 114 m² de coraux et à planter du vacoa, afin de favoriser un corridor dans lequel pourrait s'engouffrer le gecko vert de Manapany. Une espèce menacée dont 80 spécimens subsistaient dans l'île en 2020.
Idem pour les grands dauphins de l'indo-pacifique, qui seraient 70 à fréquenter nos eaux au dernier recensement : le cabinet Arcames Avocats, qui défend la mairie, explique que deux personnes grimperont chaque jour sur le piton Grand Anse durant les travaux, afin de vérifier qu'aucun dauphin ou tortue verte (autre espèce protégée) ne fréquente la zone d'exclusion de 750 mètres. Et durant le chantier, par ailleurs interdit durant six mois de l'année pour cause de migration des baleines, des drones de surveillance seront déployés pour surveiller l'apparition éventuelle d'une espèce protégée, tandis que des seuils de bruit et de turbidité seront établis.
« Grand Anse est l'une des colonies coralliennes encore en bonne santé »
« Vous nous dites de croire que si la Deal ou le comité de suivi ne valident pas la transplantation corallienne, vous abandonnerez le projet ? C'est une comédie », raille Maître Younous Karjania, avocat des requérants, avant de reprendre un peu plus tard : « Ce site est déjà impacté par des éboulements, dont le dernier en date en 2024, les fortes houles et l'érosion. On va modifier le courant, on va altérer la superficie corallienne et on va attendre dix ans pour savoir comment réagir ? »

Construit en 1984 pour répondre aux attentes des usagers du camping installé là à l'époque, le bassin de baignade de Grand Anse a été partiellement détruit par le cyclone Firinga, dont tous les sudistes se souviennent, en 1989. La mairie tente depuis 2016 de relancer le bassin en mer. Et se présente désormais avec un projet d'agrandissement qui va faire « passer l'enrochement de 20 mètres de long à 45 mètres de long », notamment pour permettre la pose d'une fosse de natation destinée aux scolaires.
Lire aussi : Agrandissement du bassin de baignade de Grand Anse : scientifiques et associations tirent la sonnette d'alarme
« Grand Anse est l'une des colonies coralliennes encore en bonne santé dans l'île, malgré le blanchiment des coraux. Pourquoi ne pas juste exploiter ce bassin sans faire de folie, sans faire de fosse de natation ? », interroge Me Younous Karjania, pour qui le bassin de baignade n'est qu'un marqueur politique servant la carrière du maire Serge Hoarau.
« Le projet est revendiqué comme d'intérêt général, pour autant on a eu 800 participants à l'enquête publique et 70% d'avis défavorables. Et la communauté scientifique aussi s'y oppose », soulève l'avocat des requérants.
Pour les défendeurs, en revanche, pas question de « mettre sous cloche » ce lieu emblématique qui « exerce un magnétisme sur la population » réunionnaise. La mairie insiste beaucoup sur l'aménagement de chemins accessibles aux personnes porteuses d'un handicap, et fait valoir que le coût de fonctionnement d'une piscine municipale, dont l'impact environnemental serait non négligeable, reste incompatible avec les moyens d'une commune de 12.000 habitants.
L'ordonnance du juge des référés Marc-Antoine Aebischer sera rendue sous huit jours.
Les associations requérantes :
Agence de recherche pour la biodiversité de La Réunion
Vagues
Le Taille-Vent
Do moun la Plaine
Tran'sphère environnement
ATTAC Réunion
Vie océane


