Canne : un appel à bloquer l'usine de Bois-Rouge

La tension monte (déjà) d'un cran dans la filière canne. Lors d'un rassemblement cet après-midi à Beaufonds, l'UPNA a appelé à un blocage de l'usine de Bois-Rouge demain avec le soutien de la CGPER. Les syndicats réclament toujours à Tereos les tableaux d'amortissement de la précédente campagne alors que les premières semaines de coupe, marquées par de faibles richesses, font craindre aux syndicats de voir de nombreux agriculteurs s'endetter encore davantage auprès de l'usinier.
L'annonce a été faite ce mardi après-midi lors d'un rassemblement organisé par les deux syndicats sur la plateforme de Beaufonds, à Saint-Benoît. Plusieurs planteurs y ont dénoncé un début de campagne jugé "catastrophique", notamment en matière de richesse.
Face à cette situation et faute d'avoir obtenu, selon eux, les informations réclamées à Tereos à plusieurs reprises avant le début de la campagne, l'UPNA a décidé de passer à l'action avec le soutien de la CGPER et de Jean-François Sababady.
"Demain matin, à 4 heures, on sera devant Bois-Rouge. Mon tracteur est déjà en bas. La force, ce sont les planteurs. Il faut se mobiliser", lance Dominique Clain, président de l'UPNA.
Aucun planteur ne sait ce qu'il doit à l'usine
La question des tableaux d'amortissement est au cœur du bras de fer engagé depuis plusieurs semaines avec Tereos. La CGPER et l'UPNA réclament que chaque planteur puisse connaître précisément le montant qu'il doit rembourser au titre de la campagne précédente, marquée elle aussi par de faibles richesses.
Une demande déjà formulée au Comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS), puis lors des différentes Commissions mixtes d'usine (CMU). Selon les deux organisations, ces documents n'ont toujours pas été communiqués à l'ensemble des planteurs alors que la campagne a déjà commencé.
"Nous sommes dans la troisième semaine. Aucun planteur ne sait ce qu'il doit à l'usine, à partir de quand il doit rembourser et, quand il livre, ce qui va lui être retenu", dénonce Dominique Clain.
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"Le même modèle qu'à l'époque de la charette"
À l'inquiétude sur les comptes de la précédente campagne s'ajoutent désormais les premiers résultats de la récolte 2026.
Lors du rassemblement de Beaufonds, des planteurs ont fait état de taux de richesse particulièrement faibles, certains évoquant des cannes autour de 6 ou 7 de richesse, notamment sur le secteur de Sainte-Rose.
Le président de l'UPNA prend son propre cas en exemple : "J'ai livré 150 tonnes de cannes à environ 8 de richesse. Je suis payé 10 euros la tonne. Cela veut dire que je suis déjà redevable de 3 000 euros. On livre un produit et on est déjà redevable, ce n'est pas possible."
"Moi, ce que je demande, c'est que quand je livre de la canne, je ne doive pas de l'argent à l'usine. Tout simplement. " Pour rappel, le système d'avance versée par l'usinier repose sur une richesse de référence (11,75). Lorsque celle réellement constatée est inférieure, le planteur peut se retrouver à devoir rembourser une partie des sommes avancées.
Pour Dominique Clain, ces difficultés démontrent que le système actuel de rémunération de la canne a atteint ses limites : "Le modèle n'est plus adapté. Ce système de calcul a plus de 100 ans. Il existait déjà à l'époque des charrettes de cannes et il existe toujours aujourd'hui parce qu'il profite à l'industriel", affirme-t-il.
Redevable d'année en année
Il chiffre à environ 7 000 euros la somme qu'il resterait devoir à l'usinier au titre de la campagne précédente. Selon lui, cette dette s'élevait initialement à environ 17 000 euros avant d'être réduite grâce aux différentes aides de l'État et aux dispositifs mis en place par l'interprofession. À cette somme s'ajoute encore le remboursement des intrants fournis par l'usinier.
Pour lui, cette absence de visibilité empêche les exploitants d'anticiper leur trésorerie alors même qu'ils doivent engager des dépenses importantes pour mener leur campagne.
"Le problème, c'est le manque de trésorerie des planteurs. Il faut acheter l'engrais, les produits et payer la main-d'œuvre."
Le prix plancher de nouveau au coeur du débat
Ce début de campagne difficile remet également sur la table une revendication défendue de longue date par l'UPNA : la mise en place d'un prix plancher pour la canne.
Jean-François Sababady, nouveau coprésident du CPCS pour le collège des planteurs, en fait de nouveau une condition incontournable de la prochaine convention canne : "Le point numéro un de la convention 2028 sera le prix plancher. S'il n'y a pas de prix plancher, il n'y aura pas de convention-cadre 2028-2033 ", prévient-il.
Le représentant des planteurs réitère sa demande d'un accord de principe de l'État et de l'industriel avant la négociation de la future convention. Mais face aux difficultés constatées dès cette année, il estime nécessaire de trouver une réponse sans attendre 2028.
"Pour la campagne 2026-2027, il faudra trouver un fonds spécial pour arriver au moins à un minimum de 30 euros. Après, on verra en 2028 pour le prix plancher. Il est hors de question de continuer comme cela."
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Pour Jean-François Sababady, les faibles richesses mettent une nouvelle fois en lumière les limites du modèle actuel.
"On coupe la canne à perte. On va encore devoir de l'argent pour la campagne 2026 sans même savoir le montant que l'on doit déjà. C'est un non-sens."
Rendez-vous à Bois-Rouge
"C'est bien beau de parler du prix plancher. Maintenant, il faut se retrouver et trouver une entente pour aller au front contre Tereos. Il faut dire stop", lance le planteur de Saint-André.
L'appel lancé par l'UPNA a reçu le soutien de la CGPER. Une façon de faire monter la pression alors qu'un bureau du CPCS doit se réunir demain après-midi. Son président, Jean-Michel Moutama dit ne pas comprendre le choix de l'usine : "On coupe des cannes qui n'ont pas douze mois, ce n'était pas le bon moment pour lancer la coupe. J'appelle les planteurs à livrer au minimum".
Ce qui serait déjà le cas avec des journées à moins de 2 000 tonnes de cannes livrées à l'usine du Gol la semaine dernière.


