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Il est grand temps d’arrêter de planter n’importe quoi n’importe où

Le programme DAUPI (Démarche Aménagement Urbain et Plantes Indigènes), qui s’est arrêté en 2022 mais qui est dans l’attente d’une reprogrammation FEDER, "doit continuer", explique Christophe Lavergne. En tant que responsable du Service Conservation de la Flore et des Habitats au Conservatoire botanique national de Mascarin, il a été l'animateur de cette démarche vertueuse. Nous l’avons interrogé sur l’importance que constituent les choix des acteurs publics dans le type de végétaux sélectionnés pour habiller les espaces publics, les aires de pique-nique ou les trottoirs en centre ville. En clair, il est grand temps d'arrêter de planter n'importe quoi n'importe où pour prévenir l'envahissement des milieux naturels.

Ecrit par Ludovic Grondin – le dimanche 03 décembre 2023 à 06H29
Inculquer aux collectivités la connaissance sur les espèces végétales à privilégier, c'est la mission de Christophe Lavergne

Zinfos : Que se passe-t-il après une adhésion à la démarche DAUPI ?

Christophe Lavergne : Je vais parler de Petite-Ile car j’y suis également élu à l’environnement. Quand Petite-Ile a adhéré, déjà ce n’était pas une convention commerciale, ce n’était pas de l’affichage, c’était une décision politique que d’intégrer des plantes indigènes dans tout l’aménagement. A Petite-Ile ça s’est décliné en plantations sur toute l’année, sur l’espace public, que l’on a organisées avec les écoles. C’était hyper important de planter avec des enfants parce que le geste est symbolique, ça marque les esprits. Ces enfants, ils reviendront dans 10, 15 ans voir ce qu’ils ont planté. On s’est rendu compte aussi qu’en plantant avec les enfants, il y a une meilleure appropriation du grand public et ça prévient des actes de vandalisme ou des vols.

On a aussi construit un nouveau cimetière et son aménagement a été entièrement fait avec des plantes indigènes. Pareil pour le terrain de beach volley, le skate parc et c’est magnifique.

J’ai aussi voulu créer une pépinière communale car il n’y en avait pas. Il y a eu des formations délivrées aux agents qui s’occupent de cette pépinière. Ces agents vont passer du temps chez nous au Conservatoire botanique pour voir comment on multiplie les plantes indigènes. Il y a aussi des sorties dans la forêt pour apprendre à connaître ces plantes-là, savoir comment elles poussent, quelles sont leurs exigences d’entretien, comment faire un arboretum, comment l’entretenir, tout cela n’est pas forcément inné.

Si vous deviez qualifier le degré de connaissance des responsables des services environnement et espaces verts des collectivités avant DAUPI, vous diriez quoi ? Est-ce qu’on plantait pour planter, est-ce que c’était une ignorance totale… ?

Oui quasi totale. Les plantes indigènes sont mal connues à La Réunion. Il y a eu des connaissances qui ont été diffusées par des réseaux associatifs comme l’APN (l’association des Amis des Plantes et de la Nature) qui s’intéressait surtout aux plantes menacées et rares. Tout ce qui est rare est attractif mais ce n’est qu’une partie de la flore réunionnaise. Nous, avec DAUPI, on s’est intéressés à des plantes indigènes communes dont finalement personne ne s’intéressait. On ne savait même pas les multiplier.

Comment s’y prennent les agents communaux lors de l’aménagement d’un espace vert ?

Soit les communes font ça en interne en régie avec une équipe, des gens sensibles et un savoir qui se construit en interne, soit elles font appel à des prestataires, des associations, des bureaux d’études. Souvent, lorsqu’il y a des aménagements, ce sont des bureaux d’étude qui s’y collent. Même les bureaux d’études font appel à nous, conservatoire, parce qu’ils n’ont pas la science infuse.

Combien d’espèces à privilégier sont listées à ce jour ?

La liste DAUPI c’est une liste évolutive et participative. Au départ, on avait 130 espèces et à l’heure actuelle environ 160 et d’autres qu’on va ajouter.

La préoccupation actuelle autour des périodes de sécheresse donne-t-elle encore plus de crédit au programme DAUPI ? Une plante positionnée dans son vrai milieu, est-ce que c’est aussi moins de ressource en eau ?

Toutes les communes sont confrontées à la baisse des ressources de l’Etat. Il faut optimiser, faire des économies d’eau, d’entretien. Du coup, utiliser des espèces indigènes ça demande moins d’entretien puisqu’elles sont adaptées. Elles vont demander moins d’eau et d’amendements. Après elles demandent des soins comme toute plante. Quand on installe quelque chose de petit et fragile, il faut quand même un suivi au départ pour être sûr que la plante a bien pris. Mais après, si on choisit les bonnes plantes à planter au bon endroit, il y a moins de problèmes que de vouloir à tout prix mettre telle plante parce qu’elle est jolie mais elle va demander une quantité d’eau phénoménale.

La plantation ne constitue donc pas la dernière étape ?

Le fait d’utiliser des espèces indigènes qu’on avait jamais utilisées dans des espaces urbains alors qu’elles sortent de milieux naturels, même si on est dans le même étage altitudinal, avec du béton il fait plus chaud donc il faut un retour d’expérience. On constate par exemple que le bois de tension – c’est une espèce de milieu semi-sec – est très sujet aux maladies avec des cochenilles en milieu urbain donc si on ne l’étudie pas, on ne peut pas le savoir. Ce qui est dommage et je l’ai dit à l’Etat, ça serait pas mal de faire ce retour d’expérience sur tout ce qui a été fait jusqu’à présent car personne à l’heure actuelle ne fait ce suivi. On ne sait pas ce qui a marché, pas marché.

Où les communes peuvent-elles trouver les plantes indigènes préconisées ?

DAUPI ça a fonctionné grâce à un outil qui s’appelle la banque de graines départementale. La limite à la production c’est l’accès aux semences. Les communes nous disent : « oui, nous on veut faire mais comment on se procure des semences ou des pieds ? ». Donc c’est là où ça a coincé car dès qu’il y a eu le plan « 1 Million d’arbres » du Département, tout le monde voulait planter, mais où on tire les graines ? DAUPI ce n’est pas une démarche qui a été créée pour piller les milieux naturels donc on a voulu, dans la dernière évolution du programme, créer un réseau d’arboretums.

Privés de pesticides, les agents communaux ont dû remettre la main à la terre

 

Elles sont belles mais deviennent un poison pour les milieux naturels réunionnais

A l’échelle de l’île, il y a environ une centaine d’espaces plantés avec des indigènes qui peuvent servir de réservoir de semences pour ne pas appauvrir le milieu naturel. Collecter des semences c’est un métier ! Il faut les traiter, les trier, les stocker, vérifier la viabilité car toutes les graines ne germent pas, fournir aux producteurs des lots de bonne qualité. On peut les distribuer et dire : « voilà, telle semence va donner telle plante et peut être plantée à tel endroit ». Cet outil a été long a être mis en place mais on y est arrivé !

Est-ce qu’il y a des pratiques qui vous choquent dans l’activité des pépiniéristes grand public ?

Ce qui gouverne leur commerce, c’est la demande. Les pépiniéristes introduisent des plantes parce que les gens veulent toujours des nouveautés mais ils n’ont pas cette démarche de regarder si ça peut poser un problème parce qu’il n’y a rien qui les oblige aussi.

Il y a une réglementation avec la liste des 153 espèces envahissantes interdites à La Réunion. Cette liste des 153 on l’a construite avec les pépiniéristes. C’est une liste consensuelle. On avait proposé à l’Etat et aux ministères à l’époque 800 espèces à interdire et il en est resté que 153. Il faudrait systématiquement faire des analyses de risque sur les nouvelles espèces introduites à La Réunion. Cette démarche-là n’est pas financée, prise en compte. C’est pas tout d’avoir une réglementation, il faut que l’Etat ait les moyens de l’appliquer. Si je prends l’exemple des 153 espèces interdites, l’Etat a annoncé la liste (ndlr : en 2019), a dit aux pépiniéristes de faire le ménage donc il y a eu quelques contrôles avec la Brigade nature océan Indien mais les agents ne connaissaient pas les espèces. Du coup ils sont venus nous chercher.

Commander des graines sur des sites internet spécialisés comme je l’ai fait pour des fleurs et les recevoir par la Poste à La Réunion, c’est possible. Qu’en pensez-vous ?

C’est sûr que sur la biosécurité, c’est-à-dire sur tout ce qui entre à La Réunion, ce n’est pas assez strict comme dans d’autres pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande où ils ont mis le curseur à un autre niveau. Déjà pour un passager, s’il introduit une espèce interdite, c’est 5 ans d’emprisonnement et 200.000 euros d’amende. Ça, ils l’affichent. À La Réunion ce n’est pas le cas. Il y a très peu de contrôles, sans parler des colis qui ne sont pas scannés.

Les gens restent finalement éblouis par les ornementales sans forcément regarder leurs conséquences possibles pour les milieux naturels ?

Une espèce envahissante sur deux est ornementale, ce qui veut dire que la moitié de nos espèces envahissantes vient de la filière horticole… Pour vous donner un ordre de grandeur, quand on introduit des espèces su un territoire nouveau : sur 1000 espèces qu’on introduit, il y en a 100 qui s’acclimatent. Sur ces 100 là, il y en a 10 qui retournent à l’état sauvage, c’est-à-dire qui n’ont plus besoin de l’homme pour se propager. Elles se naturalisent. Et puis il y en a une qui devient envahissante. Donc 1 sur 1000, voilà la proportion. Donc plus on introduit d’espèces, notamment avec les échanges mondiaux, plus il y a de chances et de risques de créer des bombes écologiques à retardement.

Voici la liste des collectivités qui ont adhéré à la Démarche Aménagement Urbain et Plantes Indigènes ainsi que leur année d’adhésion :

Commune de Petite-Ile (2015 renouvelée en 2021)

Commune de Saint-André (2017)

CINOR (2018)

CIVIS (2018)

TCO (2019)

Département de La Réunion (2019)

Commune de Saint-Paul (2020)

Commune de La Possession (2020)

Commune des Avirons (2021) 

Commune de Saint-Pierre (2021) 

Commune de Trois-Bassins (2021) 

Commune de Saint-Leu (2021)

 

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23 Commentaires
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Nawak
2 mois il y a

Il est très intéressant cet article. Merci Zinfo

OLLIVIER
2 mois il y a

Merci pour vos explications simples et limpides.
Ce n’est que du bon sens et cela fait du bien de vous lire.
Bien à vous.

Wai
2 mois il y a

Encore un qui sort de je ne sais où..et qui vient dicter sa loi ….

areteksa
Répondre à  Wai
2 mois il y a

sachez que ce monsieur a grandi à la réunion. j’étais à l’école de montgaillard dans les années 80 (vous n’étiez pas né peut être 🙂 ) avec lui et sa soeur. nous avons joué ensemble jusqu’au CE2 après on s’est perdu de vue.
il aime son pays la Réunion et le défend très bien !
je lui souhaite de continuer à défendre notre biodiversité !!!
bon courage christophe (H) !

Dernière modification le 2 mois il y a par areteksa
merci
Répondre à  areteksa
2 mois il y a

et même si il n’était qu’un amoureux de la Réunion son action ne serait pas moins belle ! vive les amoureux !

Erik
Répondre à  areteksa
2 mois il y a

Une belle histoire d’amour sous les tropiques.C ‘est un enfant de son « pays la Réunion ».Sauf qu’il a oublié les codes Christophe…
Cette théorie sociétale est unique dans une société hyppocrite comme mon pei Larenyon :  » On Vit à côté et non un vivre ensemble.
Christophe parle de La Réunion comme un espace etrangè a son rapport à l’environnement et un couloir sombre de réalisme.
« On ne change pas les hommes on accepte qu’ils restent des incompris.

Denis
Répondre à  areteksa
2 mois il y a

Grandir à la Réunion, ne veut pas qu’il est reunionnais

Andrique
Répondre à  Denis
2 mois il y a

En effet « le reunionnais  » qui est né en métropole et a jamais mis les pieds ici en connaît plus sur la faune et flore que lui.

C. C
Répondre à  Wai
2 mois il y a

Christophe est un passionné et un grand connaisseur de la flore réunionnaise. Tout comme l’était son père Roger Lavergne qui a écrit de nombreux livres sur le sujet. Vous semblez bien ignare et jugez un peu trop vite !

hoarau
2 mois il y a

du zamal sinon rien! légalisation 2024 NPA

cyclope exalté
2 mois il y a

Protéger le biotope des indigènes et refuser les espèces invasives et colonisatrices pour préserver la biodiversité au final, on est d’accord.

Kayam
Répondre à  cyclope exalté
2 mois il y a

subtil…

Invasif
Répondre à  cyclope exalté
2 mois il y a

Vous refusez donc l’espèce humaine?

Waly jean Claude
2 mois il y a

Rien que de la blague tout çà là. Dans le programme du maire de Saint leu il y avait en autres la programmation de 10 000 arbres qui devait être plantés , des navettes électrique qui devait être mises en service . Où sont les arbres ainsi que les navettes électrique ?????? Au lieu de tout çà il y a une maison de mascarade de la mer qui va profiter uniquement aux gros- BLANC et rien d’autre que beaucoup de pagaille au centre ville. Donc bonhomme arrête de nous gonfler avec tes ladifafé rien que pour noircir nos écrans de smartphones sur ZINFO974
TROUVE AITRES CHOSES FERME LA ET BOSSE POUR LA POPULATION ET NON POUR TA POMME EN NOUS FAISANT CROIRE A MIDI QUAND IL EST 14H00

Erik
2 mois il y a

« Les plantes indigènes sont mal connues à La Réunion »
Merci d’être là…
Heureusement que vous êtes venu nous les enseigner.
Comment vais-je dire à un Breton , que Le sablé Breton qu’il prépare depuis des siècles de pères en fils, que sa pâte confectionnée a un manque de farine,pas assez de saveurs Bretonne.
C’est formidable… vous êtes formidable.

Invasif
2 mois il y a

Pas d’accord. Les jardins créoles sont notre richesse et devraient être reconnus comme un patrimoine inaliénable. La diversité des formes et des couleurs qui en fait la beauté tient à la diversité des origines des plantes qui les composent.
Les réunionnais sont des paysagistes et le paysagisme est un art. Demandez aux peintres de n’utiliser que des pigments péi… SVP laissez au moins aux reunionnais la liberté de jardiner!

Bibik
2 mois il y a

A l’Etang salé, ils viennent d’abattre une dizaine des flamboyants presque centenaires qui menaient au cimetière pour faire plaisir à un individu avec la complicité de certains élus, on marche vraiment sur la tête dans ce pays.
Monsieur le maire moin la vote po ou, pou vire Lacouture, mi regette beaucoup ou lé pas mieux avec les bandes zandettes qui gravitent autour de vous.

Piment
2 mois il y a

pas de plantes immigrées sauf les belles plantes !

merci
2 mois il y a

En effet on a envie d’écrire une seule chose. Merci pour la qualité de cet article et le partage de votre expertise.

Surtout et rien
2 mois il y a

En complément à cet article intéressant, un article pour les jardins privés avec des listes serait tout aussi intéressant, j’espère qu’il viendra. Sur le site DAUPI, on a déjà une liste des plantes locales et une autre des plantes invasives. Merci en tout cas pour toutes ces informations.
https://daupi.cbnm.org/index.php/outils/fiches/taxons

INRI
2 mois il y a

Alors il faut absolument planter le zamal péi, le seul le vrai, l’endemique…

Olivier
2 mois il y a

Aucune espèce végétale n’est à privilégier, la Nature sait mieux que toi visage p..le !

Saucratès
2 mois il y a

Désolé, je ne partage pas l’engouement de certains pour cet article. Pas de lien vers le site du DAUPI ni vers la liste des 153 espèces invasives. Heureusement, un lecteur intelligent l’a fournit dans les commentaires.

Sur le fond, on connaît tous des histoires d’introduction de pestes végétales à la Reunion. Les TOUYAS du Maïdo et de la Plaine des Cafres en est un bel exemple. Belle plante des landes et des fourrés bretons qui s’est parfaitement acclimaté dans notre île. Le chouchou, la canne à sucre, le giroflier, doivent aussi rentrer dans cette belle histoire.

Au fond, la soif d’interdire de nos dirigeants ne cessera de me stupéfier, alors que c’est le bon sens et l’intelligence qui devrait prévaloir. Dans la liste des 153 espèces, on trouve la pâquerette (Bellis perenis). Lol. Ou bien l’herbe de la pampa, la jacinthe d’eau (suffit de se promener à St Paul pourtant il y en a plein), le millepertuis calycinal … et j’en passe. Interdire la pâquerette, faut quand même oser.

En mai 1968, on avait écrit : il est interdit d’interdire. Macron, ses sbires et les préfets et leurs services devraient en faire leur adage. Interdit de confiner les citoyens français, d’interdire les pâquerettes … Par contre, ces mêmes zénergumènes sont capables d’autoriser l’introduction d’une ferme de crocodiles pour amuser les foules, sur une île indemne de ce genre de reptiles, sur une île sans espèces dangereuses (mis à part l’humain). Faut vraiment pas être futés. Messieurs les journalistes, il faut arrêter de nous dépeindre des tyrans dogmatiques sous les traits de grands défenseurs de l’écologie. Lol. Saucratès

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