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Elles sont belles mais deviennent un poison pour les milieux naturels réunionnais

Financée par l’Etat puis l’Europe et la Région, la Démarche Aménagement Urbain et Plantes Indigènes (DAUPI) a plus de dix ans. Elle vise à favoriser l’utilisation d’espèces indigènes et exotiques non envahissantes dans les aménagements publics. Encore faut-il que les élus s’intéressent à cette problématique.

Ecrit par Ludovic Grondin – le dimanche 03 décembre 2023 à 15H31
Elles sont belles mais deviennent un poison pour les espèces endémiques réunionnaises

8 communes sur 24. C’est peu mais c’est déjà ça. Avec elles, trois intercommunalités sur les cinq que compte l’île et enfin le Conseil départemental se sont engagés dans la Démarche Aménagement Urbain et Plantes Indigènes, la DAUPI.

La démarche, fonctionnant sur la base du volontariat, a passé la seconde lorsque le Département a lancé son projet « 1 Million d’arbres pour La Réunion » en août 2021. « On va dire que la DAUPI est un peu le moteur et qu’ « 1 Million d’arbres » c’est la carrosserie et les roues », image Christophe Lavergne, responsable du Service Conservation de la Flore et des Habitats au Conservatoire botanique national de Mascarin.

Il n’y a pas que des collectivités territoriales qui ont adhéré à cette démarche. 11 organismes privés ou centres médico-sociaux comme l’ALEFPA, la fondation du père Favron, l’association Saint-François d’Assises mais aussi Suez Environnement, Ileva, EDF et d’autres se sont élancés sur ce chemin vertueux.

Il consiste à privilégier la plantation d’espèces indigènes et des espèces exotiques non envahissantes lorsque des aménagements publics sont prévus. L’objectif étant de redonner leur place à ces espèces « péi » éliminées petit à petit du décor au profit des espèces « dehors ».

« C’est le syndrome de la goyave de France quelque part. Tout ce qui vient de l’extérieur c’est forcément plus beau. « Lé plus mieux », comme on dit », soupire le spécialiste en espèces envahissantes.

« Après on ne veut pas jeter la pierre à tout ce qui vient de l’extérieur. Il y a beaucoup d’espèces exotiques qui sont intéressantes, qui sont jolies et qui ne posent pas de problèmes », tient-il à pondérer. Si un exemple flagrant peut être donné pour illustrer son propos, c’est bien du flamboyant dont il s’agit. « Le flamboyant n’est pas une espèce de La Réunion contrairement à ce que beaucoup de gens croient. Et on en plante plus et pourtant elle est intéressante aussi ! », précise-t-il.

Privés de pesticides, les agents communaux ont dû remettre la main à la terre

 

Il est grand temps d’arrêter de planter n’importe quoi n’importe où

Avec DAUPI, la liste des espèces à privilégier s’est étoffée au fil des décennies et des connaissances. Dans les années 90, les pouvoirs publics et les associations avaient déjà fait ressortir l’importance de réintroduire une cinquantaine de plantes menacées mais, à l’époque, il n’y avait pas de méthode.

« Avec DAUPI, on a multiplié par trois le nombre d’espèces. À l’heure actuelle il y a une diversité de 160 espèces qu’on peut utiliser dans l’espace public et pour lesquelles on sait où on peut les planter. Donc on a apporté cette cohérence, ces outils, pour amplifier cette action. On travaille aussi avec les privés, les producteurs de plantes. Ça leur a permis d’en produire trois à quatre fois plus. Mais comment les produire ? Ils n’avaient pas la recette ! On a aussi fourni la banque de semences et la recette, c’est-à-dire des fiches techniques de multiplication de plantes. Ces fiches sont à disposition sur un site en ligne », expose Christophe Lavergne.

Il faut dire que l’engouement s’est amplifié avec le plan « 1 Million d’arbres » dévoilé par le Conseil départemental il y a deux ans.

« C’est presque devenu une mode. Presque tout le monde veut planter son espèce indigène sur son territoire », témoigne Christophe Lavergne mais les collectivités ne sont pas forcément formées à ça. « Planter des indigènes en soit, ok, mais après il faut les entretenir, les valoriser et toute cette connaissance-là, elles ne l’ont pas. »

Pourtant, malgré cet engouement, DAUPI s’est achevée en 2022 dix ans après son lancement dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité 2011 – 2020. Aujourd’hui, les acteurs locaux sont dans l’attente d’une reprogrammation financière du fonds européen FEDER. « Le programme DAUPI s’est achevé mais ça ne peut pas s’arrêter car il y a une énorme demande des collectivités en termes de demande d’outils de formation, d’accompagnement », souligne le scientifique qui met en avant l’importance de continuer à faire vivre le programme.

« Finalement, c’est l’animation du programme qui compte. On arrive à convaincre des élus de s’y mettre mais après il faut un suivi car ce ne sont pas des démarches habituelles pour les mairies. C’est une démarche vertueuse, pleine de bon sens, toutes les communes devraient adhérer mais il faut les accompagner« , résume celui qui en a été justement l’animateur tout au long de cette phase de lancement.

Parmi tant espèces envahissantes, il y a par exemple l’arbre-pieuvre signalé au Colosse à Saint-André. Son remplacement par des bois d’éponge endémiques a été conseillé

Thèmes : Biodiversité
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Yableso
2 mois il y a

C’est pas faux mais quand l’ONF décidera de couper tous les cryptoméria et rétabliera les forêts endémiques de la Réunion !?

Christi
Répondre à  Yableso
2 mois il y a

Je suis tout à fait de votre avis, l’onf à contaminer nos fore avec le cryptoméria.
Enlever tout sa de notre Territoire.

Yab
Répondre à  Yableso
2 mois il y a

Jamais ce ne sera fait car sont trop intelligents

moi
2 mois il y a

Pour être plus clair combien a coûté aux contribuables le projet daupi?pour une application pleine de gabegie.ce que je comprends c est qu on a planté des arbres qui sont par la suite morts du fait de l absence de formation.un peu comme acheter un four a pain sans prevoir la farine.

Choupette
2 mois il y a

« Et on en plante plus et pourtant elle est intéressante aussi ! », précise-t-il. »

Faudrait savoir :
On N’en plante plus ? Ou on en plante encore ?
Parce que, d’après ce que précise ce monsieur, il semblerait que la réponse soit dans la deuxième question.

Totoss tonmomon.
2 mois il y a

C’est plus un biznesss qu’une réelle volonté de se débarrasser de ces  » soi-disant  » envahissants.
Il y a quelques années, on nous demandait de signaler les tulipiers du Gabon, je les ai signalé sur le site internet, j’ai téléphoné, j’ai aussi appelé le service environnement des mairies de Saint André, Bras-Panon, Saint-Benoit,
Ces arbres sont pas dans une ravine inaccessible, ni en haut d’un gros cap qui risque de chavire lo boug dans le fond rempart, mais en ville de Saint André, de Bras-Panon, et de Saint-Benoit, routes nationales.

HOAREAU Karl
Répondre à  Totoss tonmomon.
2 mois il y a

En quoi ces tulipiers i gènent à ou ?

pouet
Répondre à  HOAREAU Karl
2 mois il y a

euh… lis l’article plus haut? comment dire?…

Invasif
2 mois il y a

« C’est le syndrome de la goyave de France »… La goyave péi a elle aussi été introduite. Comme le goyavier, qui est ancré dans notre patrimoine….
Vous vous trompez de diagnostic : si ce qui vient de l’extérieur est beau, c’est que notre île est trop jeune, trop petite et trop isolée pour avoir suffisamment de diversité. On aime les plantes importées simplement car elles sont plus belles. Toute ma solidarité avec les maires qui résistent et nous offrent encore de l’enchantement dans leurs espaces verts!

Yab
2 mois il y a

A quel moment les longoses qui pullulent et polluent l’île seront détruit ?
L’ONF ,office national de fégnaces

P’tit colon
Répondre à  Yab
2 mois il y a

Au moment où nous deviendrons un peu plus intelligent. Mon père me disait toujours d’un inconvénient tu en fais un avantage. Avez-vous déjà senti un longose ??? Quel délicat parfum !!!! Et si on le distillait ???
Peut-être une idée à travailler. ?
A tous ceux qui ne savent pas penser mais qui ne pensent qu’à critiquer sans maîtriser le sujet vous auriez planté quoi à la place des Cryptomérias ? Vous n’avez certainement pas remarqué que d’autres espèces ont été plantées, qu’il y a toujours des espaces avec des espèces endémiques à côté des Cryptomérias. Soumettez-nous vos idées !!!
Je suis souvent en forêt, l’ONF fait un travail remarquable à la Réunion.

Grangaga
2 mois il y a

Bé, mwin la as’té patatt’…Amérikènn’ déssi mar’sé forin….
Po mwin gainll’ fé … fritt’ avèk’, pars’ké lé pli longu’ ke la n’ott’…
Kossa mwin la fé, pou gainll’ in …plan…
Mwin la prélèv’ in…z’éplissirr’ mwin la planté…
Ma fy… z’èrbb’ pou lapin ou lo kèrr’ po fé boudin y donn’….
Mé mwin la rékol’ …trwa p’ti patatt’ oté….
An pliss’ lété …platt’ konm’ do l’o…
Pour’tan lo lyiann’ la étal’ déssi lo p’ti plass’ té y rèss’ dann’ mon zar’din….
Mi domann’, po koman sa y ariv’ issi….

jusumé
2 mois il y a

tout cela est pavé de belles intentions mais qui s’occupe justement de protéger les « endémiques » dont on parle tant..
Qui sont les auteurs de l’épluchage du tronc de 4 benjoins derrière la médiathèque de Ste Marie
Qui sont les auteurs du dépeçage des quinquinas pays
Qui sont les auteurs des canneliers écorcés, la liste est longue.
Une véritable petite industrie , se servant des « zerbaz péï » pour leur petit bizness , que l’on retrouve parfois en sachet sur les marchés, plus ou moins bien séches, parfois un peu moisi, mais peu importe
Qui se préoccupe de règlementer tout ça au lieu de faire tout un « fromage » avec des plantes envahissantes nouvelles.
Qui va détruire les longoses, les vignes marrones etc etc….au lieu de gonfler le torse avec de nouvelles règlementations qui vont encore déboucher sur des structures à placer les copains et copines.
ouvre zot zieu.

pouet
Répondre à  jusumé
2 mois il y a

le braconaz péi est une vraie honte! pardon je voulais dire nout kiltir nout tradition (comme le tuning ou la pêche bichique à la bâche plastique). mais faut rien dire et surtout rien faire car ce ne sont ni des zorey ni des « norvégiens » qui font ça. ca fait mal au cul de dire ça mais on ne peut pas « faire la leçon » à ceux qui massacrent les arbres pour un bout de tisane aux milles vertus, de même qu’a ceux qui jettent la par habitude, de même qu’a ceux qui fument noir qui puent qui hurlent du moteur par passion, ceux qui sacrifient des poules par croyance… la liste est longue. Et pourtant j’ai honte de ces comportements rétrogrades et débiles, mes parents en avaient honte et mes grands parents aussi. j’aimerais tant que la Réunion change et oublie ces choses là

pouet
2 mois il y a

l’arbre pieuvre est au jardin de l’etat, magnifique en fleur. Bon bah du coup je vais m’en passer. mais quel bel arbre.

Baba
2 mois il y a

Quand tak, fait planter des espèces envahissante, , l onf, ne dit rien , et ns les particuliers on ns fait la morale

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