Elles sont belles mais deviennent un poison pour les milieux naturels réunionnais

8 communes sur 24. C’est peu mais c’est déjà ça. Avec elles, trois intercommunalités sur les cinq que compte l’île et enfin le Conseil départemental se sont engagés dans la Démarche Aménagement Urbain et Plantes Indigènes, la DAUPI.
La démarche, fonctionnant sur la base du volontariat, a passé la seconde lorsque le Département a lancé son projet « 1 Million d’arbres pour La Réunion » en août 2021. "On va dire que la DAUPI est un peu le moteur et qu’ « 1 Million d’arbres » c’est la carrosserie et les roues", image Christophe Lavergne, responsable du Service Conservation de la Flore et des Habitats au Conservatoire botanique national de Mascarin.
Il n’y a pas que des collectivités territoriales qui ont adhéré à cette démarche. 11 organismes privés ou centres médico-sociaux comme l’ALEFPA, la fondation du père Favron, l’association Saint-François d’Assises mais aussi Suez Environnement, Ileva, EDF et d’autres se sont élancés sur ce chemin vertueux.
Il consiste à privilégier la plantation d’espèces indigènes et des espèces exotiques non envahissantes lorsque des aménagements publics sont prévus. L’objectif étant de redonner leur place à ces espèces « péi » éliminées petit à petit du décor au profit des espèces « dehors ».
"C’est le syndrome de la goyave de France quelque part. Tout ce qui vient de l’extérieur c’est forcément plus beau. « Lé plus mieux », comme on dit", soupire le spécialiste en espèces envahissantes.
"Après on ne veut pas jeter la pierre à tout ce qui vient de l’extérieur. Il y a beaucoup d’espèces exotiques qui sont intéressantes, qui sont jolies et qui ne posent pas de problèmes", tient-il à pondérer. Si un exemple flagrant peut être donné pour illustrer son propos, c’est bien du flamboyant dont il s’agit. "Le flamboyant n’est pas une espèce de La Réunion contrairement à ce que beaucoup de gens croient. Et on en plante plus et pourtant elle est intéressante aussi !", précise-t-il.
Privés de pesticides, les agents communaux ont dû remettre la main à la terre
Il est grand temps d’arrêter de planter n’importe quoi n’importe où
Avec DAUPI, la liste des espèces à privilégier s’est étoffée au fil des décennies et des connaissances. Dans les années 90, les pouvoirs publics et les associations avaient déjà fait ressortir l’importance de réintroduire une cinquantaine de plantes menacées mais, à l’époque, il n’y avait pas de méthode.
"Avec DAUPI, on a multiplié par trois le nombre d’espèces. À l’heure actuelle il y a une diversité de 160 espèces qu’on peut utiliser dans l’espace public et pour lesquelles on sait où on peut les planter. Donc on a apporté cette cohérence, ces outils, pour amplifier cette action. On travaille aussi avec les privés, les producteurs de plantes. Ça leur a permis d’en produire trois à quatre fois plus. Mais comment les produire ? Ils n’avaient pas la recette ! On a aussi fourni la banque de semences et la recette, c’est-à-dire des fiches techniques de multiplication de plantes. Ces fiches sont à disposition sur un site en ligne", expose Christophe Lavergne.
Il faut dire que l’engouement s’est amplifié avec le plan « 1 Million d’arbres » dévoilé par le Conseil départemental il y a deux ans.
"C’est presque devenu une mode. Presque tout le monde veut planter son espèce indigène sur son territoire", témoigne Christophe Lavergne mais les collectivités ne sont pas forcément formées à ça. "Planter des indigènes en soit, ok, mais après il faut les entretenir, les valoriser et toute cette connaissance-là, elles ne l’ont pas."
Pourtant, malgré cet engouement, DAUPI s’est achevée en 2022 dix ans après son lancement dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité 2011 - 2020. Aujourd’hui, les acteurs locaux sont dans l’attente d’une reprogrammation financière du fonds européen FEDER. "Le programme DAUPI s’est achevé mais ça ne peut pas s’arrêter car il y a une énorme demande des collectivités en termes de demande d’outils de formation, d’accompagnement", souligne le scientifique qui met en avant l’importance de continuer à faire vivre le programme.
"Finalement, c’est l’animation du programme qui compte. On arrive à convaincre des élus de s’y mettre mais après il faut un suivi car ce ne sont pas des démarches habituelles pour les mairies. C’est une démarche vertueuse, pleine de bon sens, toutes les communes devraient adhérer mais il faut les accompagner", résume celui qui en a été justement l'animateur tout au long de cette phase de lancement.

Parmi tant espèces envahissantes, il y a par exemple l’arbre-pieuvre signalé au Colosse à Saint-André. Son remplacement par des bois d’éponge endémiques a été conseillé


