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"Ma bourse y passe" : le coût de la vie étudiante, un poids encore plus lourd à La Réunion

Ecrit par Ambre Chaffre – le mardi 25 août 2026 à 07H31
(photo d'illustration)

Pour la première fois depuis le lancement de ses enquêtes annuelles, l’UNEF estime que les dépenses mensuelles restant à la charge d’un étudiant, après déduction des bourses et des aides au logement, atteignent 1 300 euros. Un montant légèrement supérieur au seuil de pauvreté, évalué à 1 288 euros par mois en 2026. À La Réunion, cette précarité prend une ampleur particulière : logements introuvables, bourses jugées déconnectées de la réalité, alimentation qui pèse sur tous les budgets. Rencontre avec des étudiants dionysiens qui racontent leur quotidien.

"Au niveau des bourses, comme le calcul se base sur les revenus de ma mère, je n'ai pas droit à énormément, alors qu’elle n’a pas forcément les moyens. Ça nous met à mal", résume Elisabeth, étudiante réunionnaise en L2 sciences sociales. Comme elle, des centaines de milliers d’étudiants doivent arbitrer chaque mois entre se loger, se nourrir ou se soigner. Un constat que le dernier rapport de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) vient confirmer noir sur blanc et qui touche encore plus durement les étudiants des territoires ultramarins.

Lire aussi : Coût de la vie étudiante : jusqu’à 408 euros de dépenses supplémentaires par an pour les étudiants ultramarins

Dix ans de macronie, un bilan sans appel pour les étudiants

Selon l'UNEF, la précarité étudiante n'est plus un accident de parcours, mais bien le résultat de plusieurs années de politiques jugées insuffisantes. Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir en 2017, le coût de la vie étudiante aurait augmenté de 35,84 %, tandis que le nombre d'étudiants progressait de près de 35 %, sans que le budget de l'enseignement supérieur ne suive : places en licence fermées, recours croissant aux vacataires, fermetures de formations. Résultat, selon le syndicat : des universités à bout de souffle et des étudiants "sacrifié·e·s sur l’autel de l’austérité budgétaire".

À La Réunion, un écart du coût de la vie qui pèse lourd

Si la hausse du coût de la vie touche l'ensemble du territoire, elle ne frappe pas tout le monde de la même façon. Le rapport de l'UNEF pointe un écart moyen de 2,54 % pour les non-boursiers et de 6,94 % pour les boursiers entre un étudiant vivant dans l'Hexagone et un étudiant des DROM, soit respectivement 314 et 408 euros de dépenses supplémentaires par an.

Une réalité que confirme S., une étudiante en deuxième année de droit vivant à Bras-Panon, confrontée à la fois au coût des trajets en voiture et à l'absence de logement abordable : "Ce serait bien d'avoir un appartement, mais c'est cher ici, à Saint-Denis. Tout est à plus de 400 euros, je ne peux pas me le permettre. Et je ne suis pas boursière, donc je ne peux pas obtenir de place au Crous. Il n'y a pas de place."

Un constat partagé par l'UNEF, qui rappelle qu'à l'échelle nationale, seuls 5,82 % des étudiants ont aujourd'hui accès à un logement du Crous. Le résultat d’un nouvel échec de la politique d’Emmanuel Macron, qui n’a atteint que 15,58 % de son objectif, promis en 2017, de construire 60.000 logements supplémentaires au Crous.

Pour les jeunes qui n'habitent pas à proximité de leur lieu d'études, la note grimpe encore : essence, absence de transports adaptés dans certaines zones, sans compter les filières universitaires parfois inexistantes à La Réunion, qui obligent une partie de la jeunesse ultramarine à partir étudier à plusieurs milliers de kilomètres, avec les coûts que cela implique.

Le calcul des bourses, une problématique qui revient chez tous les étudiants interrogés

S'il y a bien un point sur lequel tous les étudiants rencontrés s'accordent, c'est l'inadéquation du système de bourses sur critères sociaux. Basé, en principe, sur les revenus des parents déclarés deux ans plus tôt — l'avis d'imposition N-2 —, le mode de calcul des bourses est jugé par plusieurs étudiants déconnecté des réalités financières actuelles de certaines familles.

"On nous demande l'avis d'imposition en N-2, donc les revenus d'il y a deux ans, qui ne sont pas forcément ce qu'ils ont aujourd'hui", explique Jamel, étudiant en L2 anglais. Il cite l'exemple d'un ami classé à un échelon de bourse jugé insuffisant, alors même que ses parents ne peuvent pas réellement l'aider financièrement : leur salaire, sur le papier, semble suffisant, mais leurs propres charges ne leur permettent pas de soutenir leur enfant.

Un avis que partage S., pour qui il faudrait "revoir les critères sociaux" et se baser davantage sur la situation financière réelle de l'étudiant que sur celle, théorique, de ses parents.

Résultat, selon l'UNEF : 74,22 % des étudiants sont aujourd'hui exclus du système de bourses sur critères sociaux, sans aucun filet de sécurité pour absorber la hausse du coût de la vie.

Des frais d'inscription qui explosent depuis le dégel de 2024

À ces difficultés s'ajoute un autre poste de dépenses en forte hausse : les frais d'inscription universitaires. Depuis leur dégel en 2024, ils auraient progressé de 37,79 % en l'espace de dix ans, selon l'UNEF, qui y voit un moyen supplémentaire de faire porter aux étudiants le désinvestissement de l'État dans l'enseignement supérieur. Le syndicat cible en particulier la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC), une taxe obligatoire dont il réclame la suppression pure et simple.

"Les frais d'inscription sont très chers, près de 280 euros. En plus, je redouble, donc je dois les payer à nouveau. Je ne me sens pas aidée pour mes études", témoigne S. Un montant qui, cumulé aux autres charges du quotidien, pèse d'autant plus lourd que l'étudiante ne perçoit aucune aide sur critères sociaux.

L'UNEF alerte par ailleurs sur les pistes actuellement à l'étude dans le cadre des assises du financement des universités, qui pourraient encore alourdir la note. Selon ses calculs, une nouvelle hausse des frais d'inscription ferait grimper le coût de la vie étudiante de 5,34 % supplémentaires, au risque de pousser une partie des étudiants à s'endetter, voire à abandonner leurs études.

Se loger, se nourrir, se déplacer : des arbitrages permanents

Pour les étudiants boursiers comme non-boursiers, les fins de mois relèvent souvent de l'équation impossible. "La bourse et la CAF cumulées, cela représente environ 600 euros par mois, mais les fins de mois restent tout de même compliquées, sachant que nos loyers sont à 500 euros. On frôle souvent le déficit", détaille Benjamin, étudiant en L2 anglais.

Son camarade Thomas complète : l'aide au logement de la CAF, une fois déduite, ne laisse qu'environ 230 euros pour couvrir les courses, les factures et les imprévus du mois.

Chez Elisabeth, c'est l'alimentation qui absorbe l'essentiel du budget, à hauteur de 200 euros mensuels : "Ma bourse y passe." Une situation loin d'être isolée : à l'échelle nationale, l'UNEF rapporte que plus de la moitié des étudiants déclarent sauter régulièrement des repas pour des raisons financières, les prix de la viande et du poisson ayant particulièrement augmenté cette année.

Pour tenir, beaucoup n'ont d'autre choix que de cumuler les études avec un emploi étudiant. Une solution qui a toutefois un revers, souligne Elisabeth : "Si on veut être autonome, la plupart du temps, on doit travailler à côté. On a donc moins de temps pour les études." C’est ce que confirme notamment l’UNEF, qui rappelle dans son rapport que le salariat est identifié comme l’une des premières causes d’échec dans l’enseignement supérieur.

Une précarité qui touche différemment les femmes

Le rapport de l'UNEF met également en évidence un écart du coût de la vie entre les femmes et les hommes, chiffré à 862 euros par an pour l'année 2026-2027, notamment lié à une "taxe rose" sur les produits d'hygiène et de soins.

La précarité menstruelle en est une illustration frappante : le surcoût annuel lié aux protections périodiques atteint 284 euros. De quoi renforcer un dilemme déjà connu chez de nombreuses jeunes femmes, contraintes de choisir entre un repas et un paquet de protections, alors que le remboursement intégral promis par le gouvernement ne doit entrer en vigueur qu'à la rentrée 2027.

Un sentiment d'abandon partagé

Au-delà des chiffres, c'est un sentiment d'impuissance qui domine chez les étudiants interrogés. Questionnée sur son ressenti vis-à-vis du gouvernement, Elisabeth ne mâche pas ses mots : "Oui, totalement délaissée. Mais on n'y peut rien, on doit faire avec. Vu comment ça tourne, on devra se débrouiller tout seuls."

Face à ce constat, l'UNEF porte plusieurs revendications : la revalorisation du complément de bourse pour les étudiants ultramarins à hauteur de 200 euros, la création d'une allocation d'autonomie universelle, l'encadrement des loyers, la gratuité des transports pour les jeunes, ainsi que le remboursement à 100 % des protections périodiques.

Des mesures que le syndicat juge urgentes, alors que de nouvelles pistes d'économies budgétaires, notamment sur les APL, sont actuellement à l'étude au niveau national.

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