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Pierrot Dupuy détaille le plan du consortium local pour « sauver la presse écrite »

Le directeur de publication de Zinfos974 revient sur la stratégie que souhaite mettre en place le groupe d'actionnaires réunionnais mené par Alfred Chane Pane pour relancer la presse écrite en difficulté financière à La Réunion.

Ecrit par Baradi Siva – le dimanche 17 décembre 2023 à 19H18

Pierrot Dupuy prend la parole au sujet d’une presse locale écrite menacée d’extinction. Le Quotidien de La Réunion est en procédure de liquidation et le Journal de l’Île de La Réunion a fait part de sa situation difficile et du risque d’un dépôt de bilan dans les prochaines semaines. Face à ces annonces, un consortium local s’est monté ces derniers mois avec à sa tête le président directeur général d’ICP Roto, Alfred Chane Pane.

Ce dernier a d’abord présenté les esquisses d’un plan de relance du Quotidien de La Réunion avant d’évoquer un projet pour les deux titres réunionnais de presse écrite quand les difficultés du Journal de l’Île ont été mises en lumière par son PDG.

Le consortium local

« La presse va mal à La Réunion. C’est un constat qu’on connaissait dans le milieu mais qui apparaît maintenant au grand jour », explique Pierrot Dupuy. Le directeur de publication de Zinfos974 indique : « La presse est un pilier de la démocratie et comme Alfred Chane Pane le dit, si on a les moyens de faire quelque chose et qu’on ne le fait pas, on est responsable. »

« Il a donc réuni une quinzaine d’investisseurs. Ils sont aujourd’hui un peu plus nombreux et ils seront peut-être même bientôt 20. Chacun apportera une somme identique de 100.000 euros, ce qui fait qu’on oscillera entre 1,5 et 2 millions d’euros de financement pour le projet« , détaille Pierrot Dupuy.

Il explique son rôle dans ce plan : « De mon côté, je me suis attaché à imaginer comment pourrait se passer cette reprise et ensuite trouver les journalistes pour la mettre en œuvre. »

Pas de dépôt d’un dossier de reprise

La procédure de liquidation du Quotidien de La Réunion a été lancée il y a plusieurs mois, mais le consortium local qui souhaite œuvrer pour la survie du journal ne s’est pourtant jamais manifesté lors des audiences au tribunal de commerce.

Pierrot Dupuy explique pourquoi : « Nous avions d’abord pensé à déposer un dossier de reprise du Quotidien. On y a renoncé dans les dernières minutes parce qu’on a découvert un certain nombre de choses qui rendent cette reprise impossible pour nous, mais aussi pour quelque investisseur que ce soit. »

Parmi ces raisons, Pierrot Dupuy évoque la clause de cession. Il s’agit d’un droit qui permet aux journalistes de quitter de leur propre initiative un média en percevant les indemnités de licenciement lorsque le titre de presse change d’actionnaires. « Nous avions essayé de voir Carole Chane-Ki-Chune avant mais nous n’avons pu la rencontrer que la veille de la date limite du dépôt des dossiers de reprises. Nous lui avons demandé quel serait le risque maximal si tous les journalistes faisaient jouer leur clause de cession. Elle nous a répondu l’avoir estimé à 5 millions d’euros. »

Pierrot Dupuy concède qu’il est improbable qu’une rédaction entière déclenche ce dispositif. « Mais même s’il n’y en avait que 4, 5 ou 6, nous les 1,5 million d’euros qu’on apporte, on en a besoin pour sauver le journal. Si on reprenait Le Quotidien ainsi, on irait droit dans le mur et six mois après, on déposerait le bilan« , assure-t-il.

L’autre point qui a rebuté le consortium local, ce sont les pertes financières : 2,5 millions d’euros par an. « Carole Chane-Ki-Chune explique que sur les dernières années, la gestion du média lui a coûté 12 millions d’euros. Il faudrait un milliardaire pour supporter une telle charge et je ne pense pas que les Réunionnais aient très envie de voir un milliardaire parisien venir acheter un journal réunionnais« , déclare Pierrot Dupuy.

Le troisième point est ce que l’éditorialiste et directeur de média voit comme une « démotivation des journalistes » du Quotidien de La Réunion.

Il conclut : « Très clairement, nous ne déposerons pas d’offre de reprise. Ni nous, ni personne à mon avis ne pourra reprendre Le Quotidien dans l’état où il est. La seule solution qui existe, c’est d’attendre la liquidation du journal et derrière de redémarrer un nouveau journal. »

« Redémarrer une nouvelle aventure« 

« Il y a besoin de repartir de zéro et de redémarrer une nouvelle aventure avec une nouvelle société. Nous reprendrons beaucoup de journalistes qui travaillent actuellement au Quotidien de La Réunion », affirme Pierrot Dupuy.

« Le Quotidien a été mal géré jusqu’à présent. Le reprendre en l’état est impossible. Il faut une nouvelle structure et si possible reprendre le nom du Quotidien parce que ça fait partie des choses qui seront mises aux enchères lorsque le média sera liquidé« , espère celui qui a dans sa jeunesse écrit pour le média actuellement en procédure de liquidation judiciaire.

L’intelligence artificielle pour aider les journalistes, pas les remplacer

Le directeur de publication de Zinfos974 a souhaité répondre à ce qu’il décrit comme des rumeurs qui attribueraient au consortium local la volonté de créer un journal sans journalistes et nourri par des contenus produits par l’intelligence artificielle. « Dans mon analyse actuelle, qui nécessite encore d’être affinée, nous aurions au minimum une trentaine de journalistes. Il n’est donc pas question pour nous de faire un journal sans journalistes« , assure-t-il, rappelant au passage que la rédaction du JIR en compte moins.

« Par contre, il est clair que nous sommes à la veille d’une révolution avec l’intelligence artificielle« , explique Pierrot Dupuy qui affirme : « Ceux qui ne prendront pas ce virage aujourd’hui sont condamnés à disparaître. Mais il faut que l’intelligence artificielle vienne faciliter le travail des journalistes, pas qu’elle les remplace. »

Le patron de presse réfute les rumeurs d’embauches à des salaires considérés comme bas. « Tous les journalistes du Quotidien que j’ai contactés et à qui j’ai proposé de les embaucher, je leur ai tous dit que je les reprendrai avec le même salaire« , affirme-t-il.

Un consortium, deux journaux

« Je précise que notre projet prévoit la reprise des deux journaux parce que la JIR a annoncé qu’il était en cessation de paiement« , détaille Pierrot Dupuy qui déclare : « Les deux journaux sont viables à condition qu’on mutualise un certain nombre de choses, notamment l’impression et la distribution. C’est ce que le gouvernement demande depuis des années, mais pour une raison que j’ignore, Jacques Tillier et Carole Chane-Ki-Chune n’ont jamais réussi à se mettre d’accord et c’est ce qui plombe les comptes des deux entreprises. »

Pierrot Dupuy, qui parle au nom du consortium local mené par Alfred Chane Pane, PDG de l’imprimerie ICP Roto, assure que le simple fait de changer d’imprimeur permettrait d’effacer  les pertes annuelles du Quotidien.

Le consortium et les politiques

« Nous sommes totalement indépendants des politiques. Nous les avons bien évidemment rencontrés pour leur présenter notre projet, ce qui est la moindre des choses, ainsi que le cabinet de la ministre de la Culture« , déclare Pierrot Dupuy qui explique par ailleurs que l’indépendance des médias vis-à-vis des politiques est aussi ce qui pousse le consortium à vouloir conserver les deux titres de presse écrite.

« Le JIR est plutôt marqué à droite et Le Quotidien plutôt à Gauche. Nous tenons à ce que les deux journaux continuent en conservant leurs couleurs politiques. Il faut un équilibre« , affirme-t-il. »

Pierrot Dupuy atteste par ailleurs que le business plan du consortium a été réalisé sans la prise en compte d’aides publiques même si celles-ci sont « les bienvenues » car elles permettront d’améliorer la qualité des journaux.

Pas de fusion prévue par le consortium

« Il faut que les deux journaux aient une rédaction et un rédacteur en chef séparés, chacun dans des locaux séparés. Il n’y aura aucun lien entre eux, ils seront même en totale concurrence« , atteste Pierrot Dupuy.

« On gardera également les orientations actuelles les deux journaux, le JIR plutôt faits-divers et Le Quotidien plutôt analyses, dossiers, interviews« , précise-t-il.

Le directeur de publication de Zinfos974 a par ailleurs voulu répondre à des inquiétudes qui lui ont été remontées au sujet de la création d’une agence de presse : « Les journalistes que nous allons embaucher le seront à l’intérieur des rédactions des deux journaux existants. Et nous travaillerons également avec des agences de presse extérieures, comme le font tous les journaux du monde. »

Un plan de diffusion modifié pour Le Quotidien

Les entrepreneurs locaux qui souhaitent reprendre le Quotidien évoquent la possibilité d’un changement important dans le rythme de publication. Ils prévoient en effet des publications quotidiennes en semaine mais un seul journal en version « magazine » pour les deux jours du week-end.

Pierrot Dupuy explique que le consortium local réfléchit d’ailleurs à assurer une continuité pour Le Quotidien de La Réunion dans l’attente de la fin des procédures de liquidation qui serait estimée à la fin du premier semestre 2024 et pourrait commencer à expérimenter cette nouvelle stratégie de diffusion très bientôt.

« Nous sommes en train de travailler sur un magazine qui serait l’embryon de ce que sera le futur magazine du week-end, qui pourra démarrer beaucoup plus vite et qui permettra une montée en puissance plus facile. Il pourrait sortir dans un délai de trois mois, ce qui correspondrait à la fin de la période d’observation du Quotidien. Parallèlement, nous travaillons sur un site Internet. Et le journal Le Quotidien nouvelle formule pourrait revenir au début du second semestre 2024« , lance Pierrot Dupuy.

Quid de Zinfos974 ?

« Je suis propriétaire de Zinfos. Zinfos restera totalement indépendant par rapport au JIR et au Quotidien. Ce seront des structures totalement différentes« , assure-t-il. « Je reste propriétaire de Zinfos, je serai directeur général délégué de la structure qui gérera le JIR et Le Quotidien, mais je n’en serai pas actionnaire. »

Pierrot Dupuy explique vouloir rassurer les journalistes de Zinfos974 : « Vous resterez totalement indépendants« , déclare-t-il.

« Aujourd’hui, Zinfos est adulte. C’est une entreprise qui marche, qui est rentable et qui fonctionne bien. Je sais que je peux m’appuyer sur des cadres de qualité, sur des journalistes de qualité et pas que les journalistes. Tous les employés se donnent vraiment à fond, les lecteurs peuvent le voir. Même si je serai moins présent, je sais que Zinfos continuera de bien fonctionner« , affirme le directeur de publication de Zinfos974. Preuve en est, Zinfos va très bientôt encore renforcer sa rédaction et son équipe technique.

 

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