Alfred Chane-Pane : "Le Quotidien vivra !"

Le Quotidien de La Réunion a été placé en liquidation judiciaire il y a un mois. Des offres étaient attendues avant la date butoir ce jeudi midi, mais à la surprise générale, le consortium local qui s'est formé autour de l’imprimeur du Port ne s'est finalement pas manifesté. Une entreprise de l'Hexagone a certes présenté une offre mais elle est jugée peu crédible par le mandataire judiciaire. Le patron d'ICP Roto assure pour sa part que les acteurs locaux sont toujours mobilisés pour une reprise du quotidien régional avec l'assurance d'une direction réunionnaise à sa tête. Il l'affirme : "Nous souhaitons que Le Quotidien vive et nous ferons tout pour !"
Alfred Chane-Pane explique que même si le consortium local qu'il mène n'a pas déposé de dossier au tribunal dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire, celui-ci travaille pour sauver Le Quotidien de La Réunion. "Nous avons deux solutions. Vu qu'il n'y a pas d'offre crédible sur la place, la première consisterait à demander la réouverture de l’appel d’offres assortie de quelques modifications actuellement en cours de discussion. Dans ce nouveau contexte, nous ferions alors une proposition. Mais si cette première solution ne devait pas aboutir, rien ne nous empêche de créer un autre journal dans des délais relativement brefs afin que la coupure soit la plus courte possible et de reprendre une bonne partie du personnel", assure-t-il avant d'ajouter que "tout cela est discuté actuellement."
Sauver Le Quotidien pour protéger le vivre-ensemble réunionnais
"Des peuples se tirent dessus, des peuples se font la guerre de façon économique. Dans ce contexte de violences, la démondialisation - le ralentissement des échanges économiques - va faire augmenter le coût de la vie", déplore Alfred Chane-Pane. "Dans ce contexte, le vivre-ensemble que les Réunionnais chérissent est menacé par des opinions qui viennent de différents médias internationaux, nationaux. Nous risquons d'avoir une perte de la conscience réunionnaise qui est liée à notre histoire, une histoire de paix", s'inquiète l'acteur économique local.
"Nous sommes des populations qui venons d'horizons différents. Nous avons construit La Réunion ensemble. Comment protéger le vivre-ensemble ? En faisant vivre l'âme de La Réunion à travers Le Quotidien de La Réunion", assure Alfred Chane-Pane. "C'est la raison pour laquelle Pierrot Dupuy, moi-même et une grande partie du monde économique réunionnais, avons compris que nous avions la possibilité technique et humaine ainsi que le devoir de sauver Le Quotidien".
Pour le consortium local, il faut agir en "responsabilité"
"À partir du moment où on peut faire quelque chose, on devient responsable, qu'on le fasse ou pas", explique Alfred Chane-Pane. "Dans mon activité d'imprimerie, j'ai une rotative de dernière génération qui est la même que Le Figaro et nous avons déjà prouvé auparavant que nous avions la capacité technique et économique d'imprimer les deux journaux."
Alfred Chane-Pane insiste sur la bonne santé économique d'ICP Roto dont la rotative est déjà rentabilisée via d'autres activités dont l'impression de magazines. "Le journal n'aura qu'à supporter le coût de sa part d'usage et non la totalité du prix de la rotative comme c'est le cas actuellement et qui coûte très cher au Quotidien", détaille-t-il.
Le patron d'ICP Roto explique avoir transmis à ses pairs ce sentiment de "responsabilité" et c'est pourquoi le consortium réunionnais se dit prêt à tout pour préserver Le Quotidien de La Réunion.
Quant à l'offre nationale déposée par Le Nouvel Economiste, celle-ci ne serait pas viable selon Alfred Chane-Pane qui insiste sur la nécessité de maintenir une direction locale à la tête du quotidien régional. "Comment voulez-vous qu'un groupe national puisse prendre en main la destinée d'un journal qui appartient aux Réunionnais? Ce serait un hold-up inacceptable", s'insurge-t-il.
Alfred Chane-Pane explique avoir un projet de société pour La Réunion à travers Le Quotidien de La Réunion. Il indique que le consortium travaille sur deux hypothèses : une reprise du Quotidien dans le cadre de la procédure actuelle ou la création d'une nouvelle entité afin de redonner vie au journal. Le dirigeant d'ICP Roto lance : "Ma responsabilité est de protéger l'avenir du projet. D'une façon ou d'une autre, par le biais d'une procédure qu'on aura réussi à rouvrir ou par le biais de la création d'un Quotidien version 2. Dans tous les cas, Le Quotidien vivra !"


