Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Le grand foutan, saison 28. La COP à Dubaï"

Je ne sais pas vous, mais moi je n’arrive pas à prendre au sérieux la 28e Conference Of Parties, la “Conférence des Parties”, en clair les 196 pays signataires en 1992 de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques.
Est-ce mon mauvais esprit qui me fait douter de l’intérêt d’une telle rencontre dont les résultats seront aussi dérisoires que les 27 précédentes ? En ce cas, je ne suis pas le seul sceptique, si j’en crois les propos de Yamina Saheb, enseignante à Sciences-Po Paris, spécialiste des politiques climatiques et membre du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) : avec la COP 28, dit-elle, « on est arrivé au summum de l’hypocrisie des discussions internationales sur le climat. […] c’est impossible que les COP puissent servir à résoudre la crise climatique et écologique ».
Autrement dit, les COP sont un jeu de dupes, une agitation médiatique qui permet d’entretenir les naïfs que nous sommes dans l’illusion que nos dirigeants agissent, qu’ils ont pris le problème à bras le corps (je réalise, en relisant la phrase précédente, que je viens tout simplement de définir la politique. Mais c’est sûrement mon mauvais esprit qui se manifeste encore !)
Mon incrédulité tient peut-être, également, au fait que ce énième raout est présidé par Sultan Ahmed Al-Jaber, ministre émirati de l’industrie et des nouvelles technologies (jusque-là rien à dire), mais également PDG de l’Abu Dhabi National Oil Company, la compagnie pétrolière nationale.
Quand on sait que 90 % des émissions de CO2 mondiales sont issues des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), il est ubuesque que l’on confie les clés du camion (si j’ose dire) à un homme - le « Monsieur Climat des Émirats » comme il aime à se faire appeler - qui a fait le choix d’augmenter sa production de pétrole brut de 3 à 5 millions de barils par jour d’ici à 2030.
Non pas que j’en veuille personnellement à M. Al-Jaber. Je n’ai pas l’honneur de le connaître et je ne doute pas un instant qu’il soit, dans la vie de tous les jours, quelqu’un d’éminemment respectable, qui fait le job pour lequel on l’a choisi.
Il est tout aussi ubuesque d’organiser cette COP dans un pays où chaque habitant produit plus de 20,3 tonnes de CO2 par habitant (chiffres de 2021) lorsqu’un Français en produit 4 tonnes.
Ce que je retiens de cette COP est qu’elle participe du grand foutan consistant à culpabiliser les citoyens que nous sommes (maintenant je ne fais plus pipi qu’au moment de me doucher, pour économiser l’eau des toilettes) mais refusant de s’attaquer aux causes véritables du dérèglement climatique.
On ne va quand même pas casser le business pour quelques degrés de plus !


