L'association Levavasseur proche d'obtenir le licenciement du syndicaliste CFDT Yannick Galais

Élu au CSE de l'association Frédéric Levavasseur, Yannick Galais est accusé par son employeur d'avoir détourné une dizaine d'heures de ses délégations syndicales pour s'entraîner à la course de montagne. Son licenciement, refusé par l'inspection du Travail puis par le ministère, pourrait cette fois être autorisé par le tribunal administratif.
Alors que ses camarades battaient le pavé à Saint-Denis ou Saint-Pierre ce jeudi 2 octobre, date d'appel national à la grève, le secrétaire général de la branche associative CFDT Santé Yannick Galais rongeait son frein sur un banc du tribunal administratif.
Son employeur, l'association Frédéric Levavasseur (AFL), chez qui il est entré en 2005 et où il occupe un emploi d'éducateur spécialisé pour des personnes en situation de handicap, a engagé une procédure de licenciement à son encontre en 2023. Refusée une première fois par l'inspection du Travail, puis une seconde fois par le ministère du Travail saisi en appel par l'AFL, la procédure de licenciement est de nouveau demandée par l'association, cette fois devant la juridiction administrative.
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Selon l'association Levavasseur, l'élu du CSE aurait consacré, entre janvier et juin 2022, un temps cumulé de 9h13 minutes à faire du sport dans la nature, alors qu'il était supposé être en décharge syndicale.
Pour l'AFL, l'application Strava ne peut pas se tromper
Comment l'AFL parvient-elle à ce calcul ? En se basant sur les informations mises en ligne sur l'application sportive Strava, à laquelle Yannick Galais fournit les données horodatées de ses sorties d'entraînement en montagne, via sa montre connectée.
À la barre, l'avocate du cabinet Bernard-Puech fait valoir la position de l'association Frédéric Levavasseur : Yannick Galais est « syndicaliste et sportif convaincu » adepte des courses de trail, « marié et père de deux enfants, ce qui implique que pour performer, il faut s'entraîner beaucoup. Comment fait-il ? Il triche : en lieu et place de ses obligations syndicales et de son travail, il s'entraîne », affirme la robe noire.
Pour étayer ses accusations, elle s'appuie sur l'analyse d'un expert mandaté par l'AFL qui explique, en substance, que l'application Strava ne peut pas se tromper, quand Yannick Galais plaide un bug probable de géolocalisation. Le syndicaliste a fourni des relevés de badgeage de la salle de sport où il s'entraîne, validés par un huissier de justice, pour faire la preuve de l'endroit où il se trouvait (en dehors de ses délégations syndicales) à des dates et heures où l'application Strava l'affiche comme courant sur un sentier.
Yannick Galais, « un salarié gênant » ?
Son avocat souligne par ailleurs que sur plusieurs autres dates incriminées, Yannick Galais était tout simplement sous les yeux de sa direction, en réunion avec ses représentants. L'avocate de l'AFL affirme que le fait que le syndicaliste se déplace « à moto » lui aurait permis de tromper son monde, en se faufilant d'une obligation syndicale à une séance d'entraînement en montagne.
Me Hugues Ciray, l'avocat de Yannick Galais, pointe la « rigueur qui a fait défaut au rapporteur public, qui s'est contenté de la lecture du rapport de l'expert de l'association », insistant sur l'absence de preuve fournie par les requérants. Les conclusions du rapporteur public, qui tendent à l'annulation de la décision de refus de licenciement du ministère du Travail en date du 6 janvier 2023, invitent donc les magistrats à se ranger à la décision de la direction de l'AFL de se séparer, avec perte et fracas, du représentant CFDT.
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« Sur les dix-huit dates, il n'y en a pas une seule où Yannick Galais aurait été pris en train de faire du sport. Dans ce dossier, la charge de la preuve pèse exclusivement sur l'AFL et elle est dans l'impossibilité de prouver qu'il aurait passé une minute, une seule minute, à faire du sport », clame l'avocat, qui avance que son client « est un salarié gênant ».
« Une affaire de preuve et de constat de preuve »
Selon Me Hugues Ciray, « l'association Levavasseur est tristement connue, avec un nourrisson entre la vie et la mort, et c'est Yannick Galais qui a interpellé la direction » sur ce sujet. « Cela n'a rien à voir avec le dossier », s'offusque l'avocate du cabinet Bernard-Puech, qui venait de distiller l'idée que Yannick Galais aurait pu bénéficier d'un traitement de faveur de la Deets, son nouveau directeur adjoint étant l'un de ses voisins.
Un peu plus tôt, l'avocate avait réitéré l'accusation selon laquelle le syndicaliste aurait falsifié ses relevés de badgeage à la salle de sport, en demandant au gérant des lieux de modifier ses horaires de pointage. Des propos tenus sans en fournir la preuve, et sans même se prévaloir d'une plainte.
« On aurait falsifié le document ? C'est faux, c'est constaté par constat d'huissier. Cette affaire n'est pas une affaire de droit, mais une affaire de preuve et de constat de preuve », rétorque l'avocat du syndicaliste. La décision du tribunal est attendue dans une quinzaine de jours.


