Correctionnelle: "Fé bour out momon" au procureur de la République

L’entrée théâtrale d’un jeune prévenu ce vendredi matin dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Champ Fleuri présageait ce qui allait suivre. "Nous ne sommes pas au théâtre", indique d’emblée la présidente au vu de la démarche de caïd de l’homme tout juste majeur. Avec son dalon, il était devant le tribunal pour tentative de vol dans un domicile à Bellepierre, Saint-Denis, et la dégradation de quatre voitures; trois d’entre elles appartenant à la même famille.
Les deux majeurs, 18 et 19 ans, se sont introduits dans le jardin d’une maison dans la nuit du 27 au 28 décembre. Alors que deux mineurs faisaient le guet dans la rue, les prévenus s’affairaient à ouvrir la baie vitrée. Mais la baie fermée, l’alarme déclenchée et la lumière du jardin allumée, la mission a dû être avortée.
Que cherchaient-ils dans cette "maison de riches"? Télés, ordinateurs, bijoux? Pas du tout, indiquent-ils. Des stupéfiants. Parce que c’est connu que les riches ont tous des stupéfiants chez eux et que si on les leur vole, ils ne peuvent pas porter plainte. Et en plus, "ça sentait fort le cannabis", expliquent-ils. Ont-ils trouvé leur bonheur? "Non, mais il n’y avait que des arbres qui ressemblaient à du cannabis". Rien à voler donc, ni dans le jardin, ni dans les voitures. Et pas de bol pour eux, les caméras du système d’alarme ont tout filmé.
Si leurs explications font sourire, le comportement du plus jeune amuse moins. Entre rires et bâillements, il défie clairement l’autorité du tribunal. Alors que sa situation familiale et professionnelle est exposée, il interrompt la présidente: "Ma vie gard a ou?" avant de rajouter, "et out vie a ou?". Lui qui n’a pourtant touché à aucune des voitures endommagées et qui n’a rien volé, paraît bien plus menaçant que son ami.
Certes il a été condamné à trois mois de sursis en septembre dernier pour dégradation, est convoqué au tribunal correctionnel en mai 2018 pour vol en réunion et détenait cinq cachets de Rivotril au moment de son interpellation. Mais son camarade, pourtant bien plus respectueux devant la justice, présente un passé encore plus lourd avec quatre convocations au tribunal et du travail d’intérêt général pour violences alors qu’il était mineur, ainsi qu’un an de détention pour "tortures et actes de barbarie", à l’âge de 14 ans.
Une victime qui ne veut pas "qu’ils aillent en prison"
Et pourtant… la famille n’a pas souhaité se porter partie civile et ne "demande rien aux prévenus". "Ce n’est pas facile à vivre mais ces jeunes n’ont pas pris conscience, affirme le père de famille, ça me touche et ce serait bien qu’ils reprennent le droit chemin".
Il se retourne ensuite vers eux : "La vie c’est pas la prison. C’est pas des choses qu’il faut faire. Je ne vous demande rien, j’ai des assurances parce que je travaille, moi. Il faut travailler et arrêter tout ça". Une réaction honorable; d’autant plus qu’ils avaient déjà été cambriolés une première fois trois jours auparavant. S’agissait-ils des mêmes auteurs? On ne le saura jamais. En réponse, un "merci" de l’un et un "j’ai rien cassé moi" du jeune énervé.
Certains trouveront des mots plus durs pour le décrire mais pour son avocate, Me Emeline K/Bidi, il s’agit d’"immaturité". Une immaturité qui lui a valu six mois de prison dont trois avec sursis sans maintien en détention. Il s’en sortira peut-être avec un bracelet électronique. Un "cadeau" et une "dernière chance" selon son avocate. Son dalon écope quant à lui de quatre mois ferme sans maintien en détention. Mais il sait qu’il est préférable de respecter la décision des juges.
À la différence de notre ami, l’énervé qui n’a manifestement toujours pas compris… Un "fé bour ton momon" au procureur de la République, Christophe Gourlaouen, après sa condamnation, a failli lui coûter une nouvelle garde à vue. Mais encore un cadeau du procureur, qui a fini par laisser passer. Il en a de la chance ce jeune homme. À voir si c’est mérité.
L'avocate Me Emeline K/Bidi :


