Que fait-on pour protéger les enfants des violences conjugales ?

À La Réunion, le taux de violences conjugales, supérieur à la moyenne nationale, ne faiblit pas. Des violences physiques, psychologiques, ou encore économiques qui ont forcément des conséquences sur les enfants, désormais considérés comme des victimes de ces violences commises là où ils sont censés être le plus en sécurité.
Des violences qui touchent aussi les enfants
À La Réunion, 70 % des violences intrafamiliales concernent les violences conjugales.
La majorité des victimes sont des femmes, mais les enfants sont souvent au cœur de ces violences, même s’ils ne sont pas directement visés.
Être témoin de violences (physiques, verbales, psychologiques, sexuelles, économiques...) crée un climat de peur et de tension permanent. Cela peut provoquer chez l’enfant :
- des troubles du sommeil,
- de l’irritabilité,
- des difficultés scolaires,
- de la peur, de la sidération,
- de la tristesse, de la colère ou même de la honte,
- des comportements comme le pipi au lit ou les scarifications.
"Personne n’est censé vivre dans un état de stress constant. Il suffit que l’enfant voie sa mère et il ressentira la même peur, même sans comprendre ce qui se passe", explique Marie-Eve Gauvin, psychologue clinicienne à l’Arajufa Sud.
L’enfant a le droit d’être écouté
Un enfant témoin de violences conjugales est aussi une victime. Même s'il n'en parle pas, il garde en lui cette charge émotionnelle. Et cela peut peser très lourd.
Il est important qu’il sache qu’il peut parler à :
- un adulte de confiance,
- un professionnel (enseignant, médecin, psychologue),
- ou appeler le 119, le numéro d’aide à l’enfance en danger.
Des lois pour protéger les enfants
Depuis 2018, la loi reconnaît comme circonstance aggravante les violences conjugales commises en présence d’un enfant. Le décret du 23 novembre 2021 renforce le droit des enfants qui peuvent se constituer partie civile, c’est-à-dire être reconnus comme victimes et demander justice, eux aussi. "Parfois, c’est quand les violences touchent directement l’enfant que le parent se décide à porter plainte. C’est souvent un déclencheur de prise de conscience", souligne Marie-Eve Gauvin.
Que peut faire la justice ?
Dans certains cas, les enfants peuvent être représentés par une association désignée par la justice. C’est ce qu’on appelle une administration ad hoc : cela permet de protéger leurs intérêts lorsque leurs parents ne peuvent pas le faire eux-mêmes.
L’Arajufa (Association réunionnaise pour l’aide juridique aux familles et aux victimes) accompagne juridiquement et psychologiquement les enfants tout au long de la procédure. L'association est mandatée par l’institution judiciaire dans le cadre de la défense des intérêts des mineurs.
Le chemin vers la justice : une étape importante
Déposer plainte, engager une procédure judiciaire, c’est souvent difficile, long et angoissant. Mais cela peut être une étape décisive pour se protéger, se faire entendre et se reconstruire.
"Le procès est un moment important. C’est là où les faits sont reconnus, où la culpabilité est affirmée. Cela permet aux victimes, même jeunes, de comprendre qu’elles ne sont pas seules et que ce qu’elles ont vécu est grave", conclut Marie-Eve Gauvin.
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