Offrir un espace d’expression aux enfants exposés à la violence

Le Réseau VIF travaille depuis plusieurs années à une prise en charge globale, pluridisciplinaire et individualisée des violences intrafamiliales. Pauline Dété, éducatrice spécialisée au pôle enfant, nous explique pourquoi il est si important d'offrir un espace d'expression aux enfants exposés aux violences conjugales.
Lever le voile des violences dans un foyer est nécessaire. Le cercle vicieux doit être brisé par la prise en charge de l'auteur, de la victime, mais aussi des enfants, prône depuis de nombreuses années le Réseau VIF (violences intrafamiliales).
Pauline Dété reçoit et accompagne une centaine d'enfants par an. Des enfants orientés hors et dans le cadre judiciaire à qui il est proposé un espace sécurisé d'échanges. “L'idée, c'est que l'enfant s'approprie ce moment. Un moment pour lui où il est reconnu et où il a de la maîtrise alors que, justement, au sein de sa famille tout lui échappe", pose-t-elle le cadre de son intervention. L'accompagnement ne peut se faire qu'avec l'adhésion de l'enfant, mais aussi des parents. Et c'est souvent à ce niveau-là que des difficultés peuvent apparaitre, livre l'éducatrice spécialisée.
“Les parents freinent souvent la démarche. Ce ne sont pas forcément de mauvais parents mais pris dans leurs propres douleurs, dans le chaos émotionnel d’un quotidien violent, ils peinent à prendre en compte la détresse de leur enfant”. Réussir à prendre conscience des violences pour la victime épuisée constitue un long chemin, elle-même pouvant se sentir déconsidérée, présenter des troubles psychologiques ou un état de stress post-traumatique.
La culpabilité des parents et la souffrance des enfants
“Il y a aussi la culpabilité de ne pas avoir pu agir. Être à la fois dans la position de victime mais aussi de parent-auteur. Il n'y a pas d'excuses pour les enfants”. En plus de la honte, la colère et/ou l'humiliation, difficile d'y ajouter le fait qu'on a failli dans son rôle de parents.
Le parent – agresseur peut, lui, être envahi par la colère et être aveugle à la souffrance des enfants présents dans le foyer.
La souffrance des enfants, elle, se manifeste de mille façons : troubles du sommeil, repli sur soi, troubles de l’apprentissage, agressivité... Et ce, quel que soit l’âge. "Il est impensable pour un enfant que les deux personnes qu’il aime le plus puissent se faire du mal. Psychiquement, c’est un conflit interne énorme", souligne Pauline Dété.
Pour les aider à surmonter ce chaos intérieur, l’éducatrice s’appuie sur des outils concrets : jeux, histoires, médiations émotionnelles. L’objectif est de les aider à mettre des mots sur leurs émotions, à comprendre ce qu’ils vivent. "Parler, c’est mettre à distance, filtrer ses pensées pour mieux comprendre, mieux affronter", insiste-t-elle.
Vient ensuite dans le travail de reconstruction, la compréhension, “mettre du sens, ce qui implique des actions, notamment des procédures administratives et judiciaires”.
Le besoin de parents fiables
Pauline Dété travaille également l'anamnèse de la famille, c'est-à-dire le retour à la mémoire médicale ou psychiatrique de l'enfant, et des parents. “Très souvent, ces derniers ont eux-mêmes été exposés aux violences conjugales. Alors oui, il peut y avoir de la reproduction”. Ce schéma répétitif et complexe peut ainsi amener à la transmission de la violence comme moyen de communication de génération en génération.
L'accompagnement proposé par la professionnelle est variable en fonction des besoins, mais l'un des critères principaux “c'est toujours cette notion de grand danger. Dès le premier entretien, je fais part aux parents et enfants que si je constate une mise en danger, je suis autorisée à lever le secret professionnel. Ce préambule permet de créer un lien de confiance important. Si l'enfant me raconte que son parent avec qui il était tout le week-end n'a fait que boire de l'alcool, il sait très bien que je devrais le signaler. Un enfant a besoin de parents fiables”, insiste Pauline Dété.
Quand les violences sont allées trop loin, il faut alors travailler à la séparation. “Elle est à la fois physique et psychique parce que parfois les enfants peuvent être instrumentalisés pour maintenir un lien d'un côté comme de l'autre”.
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