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Violences conjugales : "Je me suis laissée déposséder de mon rôle de mère et de femme"

Ecrit par Prisca Bigot – le samedi 31 mai 2025 à 06H29
Sylvie trouve la force d'avancer aussi grâce à l'accompagnement de l'association Femmes Solid'Air. Pour trouver de l'aide, elle invite également à appeler 3919 Violences Femmes Info et le 115, numéro d'urgence sociale.

Sylvie 36 ans, 5 enfants, victime de violences conjugales, a accepté de livrer un témoignage poignant et sans concession sur la descente aux enfers dans laquelle elle et ses enfants ont été entrainés. Le père de ses trois derniers enfants a exercé de nombreuses violences sur elle. Si son ex-conjoint est aujourd'hui incarcéré, Sylvie mène actuellement un combat pour retrouver “sa lumière” et ses enfants.

“On pense que ça arrive toujours aux autres”, alerte Sylvie. Cette mère de famille nous reçoit dans l'appartement dans lequel, à plusieurs reprises, elle a cru mourir. Le poids de ce que Sylvie a traversé se lit dans ses yeux bleus, mais aussi sur les portes de ce logement hanté par les scènes de violence. Les impacts de coups sont encore présents sur la porte de la chambre dans laquelle elle se réfugiait pour lui échapper. Des traces qu'elle n'a pas pu effacer contrairement aux traces de sang.

En 2018, Sylvie fait la rencontre de son bourreau. “Comme on le dit, au début, c'était tout beau, tout rose. C'est vrai que les gens parlaient sur lui mais j'étais amoureuse de lui”. L'amour a rapidement laissé place à l'emprise et à la peur. “Plus d'une fois, j'ai essayé de partir mais je suis revenue. Seulement une fois, j'ai porté plainte en fin d'année 2023 mais je l'ai finalement retirée parce que je me disais que c'était le père de mes enfants”.

Une âme brisée par les violences conjugales

Ces deux premiers enfants, elle finit par les confier à leur père. “A un moment donné, je me sentais plus capable de rien. Cette personne a brisé mon âme”, livre Sylvie qui retient davantage la souffrance psychologique que les séquelles laissées par les coups portés avec une terrible violence, à son visage notamment. La trentenaire a subi une opération à la cornée et est en attente de soins dentaires. “C'était de la violence morale comme physique, de l'infidélité, de l'humiliation... j'ai été prise pour plus bas qu'un animal... tout ça a atteint ma propre personne et ma santé, brisé mon âme et mon cœur”, résume-t-elle cette période de sa vie. À ce moment-là, Sylvie s'est mise à boire plus que de raison “pour oublier, pour avoir la force de me lever chaque matin”. À plusieurs reprises, elle, mais aussi les voisins, appellent la police qui ne procède à aucune garde à vue, assure-t-elle. Sylvie est prise au piège. Ses trois autres enfants lui sont retirés. Sa belle-mère à qui elle avait donné sa confiance l'a trahie. “ Je me suis laissée déposséder de mon rôle de mère et de femme sans m'en rendre compte. J'avais perdu toute crédibilité envers les gens qui voulaient m'aider”, avoue la jeune femme, les yeux dans le vague, perdue dans sa tristesse.

La peur malgré la prison

Finalement, l'année dernière, les violences conjugales sont commises au grand jour dans la rue. Les gendarmes poussent le dossier jusqu'au tribunal correctionnel. Le père de ses trois derniers enfants est condamné à de la prison ferme. Sylvie trouve la force d'aller à l'audience. “Mais qu'est-ce qui se passe après ?” questionne-t-elle. Seule dans cet appartement, insalubre, à peine meublé du nécessaire, la jeune femme sobre mène aujourd'hui le combat de la reconstruction avec ses hauts et ses bas. “Je ne bois plus, je suis suivie en victimologie, accompagnée par la maison départementale”, suit-elle le chemin qu'elle s'est désormais tracée pour retrouver ses enfants. Mais reste la peur. “Qu'est-ce qui va se passer quand il va sortir ? Il a déjà essayé de me contacter. Deux amis à lui sont venus devant ma porte. Après quelques semaines, j'ai eu un retour. Un téléphone a été retrouvé dans sa cellule. Pour les enfants, pour moi-même, je ne peux pas rester dans ce logement”.

La honte et les jugements d'une mère

Aux difficultés structurelles, s'ajoute le poids du jugement et de la honte aussi. “Je l'ai vu aussi dans le regard de professionnels. Ils se disent comment elle a pu en arriver là ! Je porte le jugement des gens en tant que femme, mère et conjointe”, témoigne Sylvie. Si la plupart du temps, la trentenaire parvient à laisser derrière elle les critiques, la culpabilité de mère continue de la poursuivre. "J'ai honte parce que, quelque part, je n'ai pas montré à mes enfants comment il fallait se battre vraiment". Sylvie leur a évidemment demandé pardon. "Ils m'ont pardonné mais me pardonner à moi-même va me demander du temps", confie la mère de famille. Pour l'y aider, Sylvie a trouvé du soutien auprès de l'association Femmes Solid'Air. Les ateliers lui permettent de prendre du temps pour elle, "d'apprendre de nouvelles choses et sur moi-même aussi".

Lire aussi : Que fait-on pour protéger les enfants des violences conjugales ?

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