Paradoxe du cash à La Réunion : pourquoi y a-t-il toujours autant de billets alors qu’on les utilise moins ?

Moins utilisé au quotidien mais toujours très présent dans les portefeuilles, le numéraire conserve un rôle central dans l’économie réunionnaise. Comme dans le reste de la zone euro, la circulation de billets reste élevée, reflet d’une confiance persistante dans la monnaie physique.
À La Réunion, les billets conservent une place qu’aucune carte bancaire ni application de paiement ne parvient à détrôner totalement. Le rapport annuel 2024 de l’IEDOM l’affirme : le montant des billets en circulation demeure élevé, malgré un recul régulier des paiements en espèces dans les transactions courantes. Cette tendance locale s’inscrit dans un mouvement global observé par la Banque centrale européenne. En 2024, 52 % des transactions en magasin dans la zone euro ont été réglées en espèces, contre 72 % cinq ans plus tôt, mais les émissions nettes de billets continuent d’augmenter presque sans interruption depuis la création de l’euro.
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Un « grand paradoxe »
Un phénomène que Terra Nova qualifie de « grand paradoxe » : moins utilisé au quotidien, le cash conserve un rôle central comme réserve de valeur, particulièrement en période d’incertitude. Les épisodes de crise financière, la pandémie de Covid-19 ou plus récemment les tensions géopolitiques ont systématiquement provoqué un regain de la demande en billets.
Sur l’île, le cyclone Belal début 2024 a rappelé l’importance stratégique du numéraire : les coupures de réseau dans plusieurs communes ont rendu les paiements électroniques impossibles, poussant habitants et commerçants à revenir massivement aux espèces. On a pu aussi le constater à Mayotte après le cyclone Chido ou encore plus récemment après le passage de Garance en février dernier.
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Ce maintien du cash repose aussi sur des réalités locales. Les espèces restent le moyen de paiement privilégié pour de petites dépenses ou dans les zones où l’accès aux services bancaires est limité. Elles jouent un rôle clé dans l’inclusion financière pour les personnes ne disposant pas de compte bancaire ou de moyens de paiement dématérialisés. Enfin, elles constituent une assurance face aux pannes technologiques ou aux cyberattaques, un argument que partage la BCE en rappelant que le cash est un bien public garantissant la liberté de choix des consommateurs.
Si les paiements sans contact et les virements instantanés gagnent du terrain, l’IEDOM insiste sur la nécessité de maintenir un accès fluide aux espèces. Réduire leur disponibilité risquerait de fragiliser la résilience du système de paiement et d’exclure une partie de la population. Dans un contexte où l’euro numérique est en préparation, La Réunion illustre la persistance d’un attachement profond à la monnaie physique, au-delà de son usage strictement commercial.


