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Run Market, Edena… Arnaud Lagesse, patron du groupe mauricien IBL, explique pourquoi il mise sur La Réunion

Ecrit par J.D. – le vendredi 17 juillet 2026 à 18H06

Dans un entretien accordé en début de semaine au journal Le Monde, Arnaud Lagesse, directeur général du conglomérat mauricien IBL, dévoile la stratégie qui guide les investissements du groupe dans l'océan Indien. Après les rachats d'Edena puis de Run Market, le patron du premier groupe diversifié de Maurice voit La Réunion comme une pièce maîtresse d'un marché régional allant jusqu'à l'Afrique de l'Est.

Les rachats successifs d'Edena en 2017 puis plus récemment de l'enseigne réunionnaise Run Market n'ont rien d'opérations isolées. Dans un entretien accordé au Monde, Arnaud Lagesse explique que ces acquisitions répondent à une stratégie bien plus vaste : construire un acteur régional de la consommation reliant Maurice, La Réunion, les Seychelles et l'Afrique de l'Est.

À la tête d'IBL, premier groupe diversifié de Maurice hors secteur bancaire, Arnaud Lagesse dirige aujourd'hui un conglomérat présent dans 22 pays, fort de 256 filiales et de près de 40.000 salariés. Le groupe intervient dans des domaines aussi variés que la grande distribution, l'agroalimentaire, les boissons, le sucre, l'énergie, l'hôtellerie ou encore les services financiers.

La Réunion intégrée dans une stratégie régionale

Interrogé par Le Monde, le dirigeant mauricien affirme vouloir bâtir un « guichet unique pour le consommateur régional », qu'il soit installé à Maurice, à La Réunion, aux Seychelles ou au Kenya. Une vision qui éclaire les investissements réalisés ces dernières années sur le territoire réunionnais.

Le groupe avait d'abord mis la main sur Edena, leader de l'eau embouteillée à La Réunion, qui assure désormais également l'embouteillage de Coca-Cola. Il a ensuite poursuivi son développement avec le rachat de Run Market, renforçant ainsi sa présence dans la grande distribution réunionnaise.

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Maurice devenue trop petite

Selon Arnaud Lagesse, cette expansion répond avant tout aux limites du marché mauricien. Avec seulement 1,25 million d'habitants, l'île ne permet plus au groupe d'afficher les perspectives de croissance recherchées.

Dans son entretien au Monde, il explique que la crise du Covid a servi de déclencheur : « Il fallait absolument sortir », estimant que le groupe devait regarder au-delà de ses frontières pour poursuivre son développement.

IBL a alors accéléré sa stratégie baptisée « Beyond Borders » ("Au-delà des frontières"), privilégiant le rachat d'entreprises déjà implantées plutôt que des créations ex nihilo.

L'Afrique, nouveau moteur de croissance

Le véritable changement d'échelle est intervenu avec l'acquisition de Naivas, premier réseau de supermarchés du Kenya. Une opération qui, selon Le Monde, a permis au chiffre d'affaires du groupe de passer d'environ un milliard d'euros en 2023 à 2,2 milliards d'euros en 2025.

Aujourd'hui, près de 70 % du chiffre d'affaires d'IBL provient de ce "consommateur régional", contre seulement 25 % il y a une décennie. La Réunion s'inscrit désormais pleinement dans cette stratégie d'ensemble, où le groupe entend connecter les différents marchés de l'océan Indien avec ceux d'Afrique de l'Est.

Pour le patron d'IBL, l'objectif n'est donc plus uniquement de développer Maurice, mais de construire un acteur économique régional capable d'accompagner la croissance de la consommation dans toute cette partie de l'océan Indien. La Réunion apparaît ainsi comme l'un des piliers de cette ambition.

Une montée en puissance qui interroge à La Réunion

Les propos d'Arnaud Lagesse interviennent alors que la montée en puissance d'IBL à La Réunion alimente régulièrement le débat. Le groupe mauricien est désormais présent dans la grande distribution avec Run Market, dans l'agroalimentaire avec Edena, dans l'hôtellerie avec le Lux Saint-Gilles et figure également parmi les investisseurs de Run Air, actionnaire majoritaire d'Air Austral.

Lire aussi : Le groupe mauricien IBL entre au capital d'Air Austral

Ces dernières années, plusieurs responsables politiques, à commencer par la présidente de Région Huguette Bello, ont mis en garde contre le transfert progressif de centres de décision hors de La Réunion. Lors de l'annonce du rachat de Run Market, elle estimait qu'une telle opération constituerait « un mauvais signal pour les acteurs réunionnais », jugeant que les décisions d'IBL ne seraient « pas prises en fonction des intérêts de La Réunion, mais d'intérêts propres au groupe mauricien ».

À l'inverse, une partie du monde économique rappelle que ces investissements permettent aussi de soutenir l'emploi et l'activité sur le territoire. L'entretien accordé au Monde éclaire ainsi une stratégie que le groupe revendique désormais ouvertement, à savoir faire de La Réunion l'un des piliers de son développement dans l'océan Indien et en Afrique de l'Est.

Etiquettes : Edena | IBL | Maurice | PU1 | Run Market

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