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"Nous sommes sortis honorés de l’Assemblée" : le soulagement et la joie des enfants déracinés après le vote des députés

Ecrit par P.M. – le jeudi 29 janvier 2026 à 19H26
Une trentaine de survivants étaient présents mercredi lors du vote à l'assemblée nationale (photo D.R).

Mercredi soir, à l’Assemblée nationale, une trentaine d’enfants réunionnais dits de la Creuse étaient présents dans les tribunes lorsque la proposition de loi visant à réparer les préjudices causés par leur transplantation vers la métropole a été adoptée à l’unanimité. Un moment fort pour ces survivants, après plusieurs décennies de combat.

« Nous sommes sortis honorés de l’Assemblée », confie Marie-Germaine Valérie Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM. « Il y a eu un sentiment de soulagement, de joie. Cela fait des décennies que l’on mène ce combat, il était temps d’arriver jusqu’au bout », explique-t-elle, tout en rappelant que cette reconnaissance ne pourra jamais effacer les blessures. « On ne pourra jamais réparer nos souffrances, ce n’est pas possible », insiste-t-elle.

Lire aussi : L’Assemblée nationale ouvre la voie à la réparation pour les "enfants de la Creuse"

Une reconnaissance qui apaise sans effacer

Pour Marie-Germaine Valérie Périgogne, ce vote unanime marque une étape symbolique majeure. « En 2014, nous étions entrés une première fois dans l’histoire de l’Assemblée nationale avec la reconnaissance de la responsabilité morale de l’État. Mercredi soir, nous y sommes retournés », souligne-t-elle. Elle y voit une « belle victoire », tout en rappelant que le texte doit encore poursuivre son parcours parlementaire. En attendant, les survivants ont célébré cette première victoire en chantant Ti fleur fané avec la député Karine Lebon après le vote (voir la vidéo).

Sur la réparation financière, elle se montre lucide : « L’argent ne guérira jamais les blessures, quel que soit le montant ». Mais cette réparation est perçue comme un levier d’apaisement. « Nous avons besoin de ces réparations pour nous apaiser, pour être reconnus, pour que notre souffrance soit enfin reconnue », répète-t-elle. “Il y a aujourd’hui encore des enfants déracinés qui vivent dans une grande précarité, certains ne savent ni lire ni écrire, et cette réparation financière doit aussi leur permettre de vivre un peu plus sereinement.”

Des attentes concrètes et une vigilance intacte

Au-delà du symbole, les attentes restent fortes. « Les gens vieillissent. Certains n’ont jamais pu rentrer, d’autres ont eu des enfants qui n’ont pas pu retrouver leurs racines », rappelle la présidente de la fédération. Si le montant de l’allocation prévue n’est pas fixé et doit l'être dans un second temps par la commission qui sera créée une fois le texte voté, elle est convaincue que la somme restera "dans le raisonnable, maintenant, il y a aussi des attentes". L’objectif, selon elle, est désormais clair : « Clore ce combat, trouver le chemin de la résilience et vivre avec notre dignité rendue ».

Une "passerelle mémorielle" avec La Réunion

Au-delà du vote, Marie-Germaine Valérie Périgogne appelle à une phase de travail collectif et apaisé autour de la mise en œuvre de la loi. Elle insiste sur la création d’un lieu de mémoire et de ressources, notamment dans la Creuse, pensé comme un espace de transmission et de compréhension de l’histoire des enfants déracinés, sans stigmatisation des territoires d’accueil. Elle précise également qu’une "passerelle mémorielle" est prévue à Saint-Denis de La Réunion, afin de relier les deux territoires et de permettre une transmission partagée de cette histoire, à destination des familles comme du grand public.

« La souffrance d’un enfant n’a pas de prix »

Même attente du côté de Jean-Charles Pitou, président de l’association Génération Brisée, qui propose lui de créer "pourquoi pas un espace dédié dans l'ancienne prison Juliette Dodu". « La souffrance d’un enfant n’a pas de prix », rappelle-t-il, tout en espérant que les mesures à venir soient « à la hauteur de ce que nous avons vécu ». Il appelle aussi à des gestes symboliques, comme l’envoi annuel de colis de fruits de La Réunion aux survivants. Au moment de ce vote présenté comme historique, il a une « pensée pour tous les camarades partis trop tôt, je pense notamment à Mr Jean Jacques Martial et à Mr Sudel-Fuma ».

Lire aussi : Enfants de la Creuse : “L’argent ne réparera jamais 50 ans de souffrance et de blessures”

Karine Lebon pose le cadre

À la tribune, la rapporteuse du texte, Karine Lebon, a rappelé les limites et l’ambition de la loi. « Quand une enfance est détruite, la société a le devoir de la réparer », a-t-elle déclaré, tout en soulignant que « nous n’avons pas le pouvoir de rendre une enfance ». Elle a insisté sur la responsabilité de l’État dans cette politique publique et sur la nécessité de « mettre des mots vrais sur cette histoire ».

Pour la députée, la loi vise aussi à empêcher « que l’oubli devienne une seconde violence », en articulant reconnaissance, mémoire et réparation. Un cadre désormais posé, dont les enfants déracinés attendent la traduction concrète dans les mois à venir.

Lire aussi : Enfants dits de la Creuse : la proposition de loi adoptée à l’unanimité en commission

"Pour la première fois, la République se dote d’un cadre législatif ouvrant la voie à une réparation financière, à une reconnaissance officielle des préjudices et à un travail de mémoire", met en avant la députée dans un communiqué. 

Pour rappel, le texte avait été adopté à l’unanimité en commission des affaires sociales le 20 janvier, "à l’issue de nombreuses auditions réunissant survivants, associations, historiens, experts, institutions et responsables politiques".

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