Le chauffard percute un piéton à 2,02 g/l et le tue : "Je n’ai vu personne sur la route"

Le 16 février dernier, dans la commune de Saint-Paul, un terrible accident de la circulation avait pour épilogue le décès d’un piéton.
Il est 20h30 lorsque Jean-Rodrigue L., 37 ans, circule à bord de son véhicule sur une chaussée sèche et dégagée. Sur cet axe, situé en zone périurbaine, il n’y a pas de trottoir. Brusquement, un impact se produit, le pare-brise de la voiture éclate. Il ralentit puis repart. Il rentre chez sa compagne qui habite à 2 km environ. Il lui explique qu’il a fait une "grosse bêtise" et qu’il pense avoir renversé quelqu’un. C’est là qu’il prend conscience de ce qu’il vient de faire, après avoir passé sa journée à boire.
Elle lui dit de rester là, qu’elle va appeler les gendarmes pour tout expliquer. Jean-Rodrigue L. n’attend pas et part chez un dalon au Port. Il lui explique la situation à son arrivée. Son ami appelle immédiatement la police pour leur expliquer qu’il y a eu un grave accident à Saint-Paul et que le conducteur est chez lui. La police arrive et, après contrôle de son alcoolémie, le place en garde à vue, puis en dégrisement.
Il est 22h10 quand la première mesure révèle un taux de 2,34 g/l dans le sang. Il sera retenu 2,02 g/l dans la procédure. "Je n’ai vu personne sur la route. Je n’ai pas vu la personne ce jour-là, je roulais, je rentrais chez moi" affirme Jean-Rodrigue L. face au tribunal.
La réalité semble être quelque peu différente
La réalité semble être quelque peu différente. Deux véhicules circulaient sur cette route à double sens de circulation et sont arrivés juste après le drame. Celui qui suivait le prévenu affirme avoir vu les feux de stop de la voiture allumés. Le conducteur qui le croise prétend la même chose. Ce sont ces deux conducteurs qui découvrent la victime et appellent les secours. Le pauvre homme décède sur place à 21h35. Le frère de la victime se rendra également sur place. "Notre frère est mort dans des conditions terribles, il est mort comme un chien. Tous les jours je revois cette image", dira-t-il lors de l’enquête.
Cette version met à mal la thèse selon laquelle il n’a pas vu la victime qui marchait sur le côté de la chaussée. Et selon laquelle il ne s’est pas arrêté, car il ne savait pas ce qu’il venait de se produire. Pour autant, cela reste sa ligne de défense devant le tribunal qu’il découvre pour la première fois. Au regard des faits, la conduite sans assurance et le défaut de carte grise paraissent dérisoires.
La défense du prévenu tente, en début d’audience, de faire annuler la garde à vue, donc la mise en examen, pour une irrégularité de procédure. La présidente ne le retiendra pas lors du délibéré. Au regard du taux d’alcoolémie de la victime (2,82 g/l), la défense tentera tout de même, dans ses conclusions, de rejeter la faute sur lui, mais en vain.
"Je ne voyais rien, j’ai roulé avec la tête dehors"
L’expertise du véhicule est sans appel. Il s’agit d’un choc de face qui a endommagé l’avant du véhicule, le pare-brise et le toit. "Je ne voyais rien, j’ai roulé avec la tête dehors" , admet le prévenu. Pour autant, aucune estimation de la vitesse n’est établie. Les blessures relevées sur le pauvre homme confirment qu’il est victime d’un choc véhicule-piéton.
La partie civile, qui défend le frère et les deux soeurs de la victime, est très claire : "Il n’y a pas de mot, car une personne a perdu la vie. Ça aurait pu être beaucoup plus grave vu son comportement. Il part et reprend sa voiture sur plusieurs kilomètres. Ce pauvre avait bu certes, mais il rentrait chez lui en marchant sur le bas côté. Vous n’avez pas vu la victime, car vous aviez trop bu. Vous êtes parti sans vous soucier de l’état de ce pauvre homme. C’est la victime de votre comportement inacceptable."
Rien ne détermine qu’il s’est jeté sous les roues de la voiture
Rejetant également toute erreur de procédure, la procureure enchaîne pour ses réquisitions : "Rien ne détermine qu’il s’est jeté sous les roues de la voiture. La faute de la victime est d’avoir été sur la voie publique en état d’ébriété. Il n’y a aucune autre faute de sa part, d’autant qu’à cet endroit, il n’y a pas de trottoir. Rien ne détermine qu’il s’est jeté sous les roues de la voiture, c’est la seule faute de monsieur Jean-Rodrigue L. qui conduisait sous l’effet de l’alcool.
S’il n’avait pas bu, rien ne serait arrivé. Il n’était pas en état de conduire. Il ne respecte pas les règles alors qu’il est employé en qualité de chauffeur-livreur ! C’est une faute importante, je vous demande 4 ans de prison dont 2 ans de sursis probatoire, une obligation de soins, une annulation de son permis, la confiscation du véhicule et son maintien en détention pour la partie ferme."
"Il n’a jamais menti ni cherché à se défausser de ses responsabilités. La vérité, c’est que personne ne sait réellement ce qu’il s’est passé. On ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir vu cette personne. Ce que l’on peut lui reprocher, c’est de ne pas être retourné sur les lieux. Il a parfaitement conscience de ce qu’il s’est passé" plaide la défense.
Jean-Rodrigue L. est condamné à une peine de 5 ans de prison, dont 1 an avec sursis. Le tribunal prononce la confiscation du véhicule et l’annulation de son permis avec un délai de 3 ans avant de pouvoir se représenter à l’examen. Malgré son absence de casier judiciaire, il est maintenu en détention.


