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Instruction en famille : Gagner moins d'argent mais "plus de temps de qualité avec son enfant”

Ecrit par P.B. – le samedi 9 août 2025 à 07H01
Images d'Alexandre Robert.

Par choix pédagogique, pour s’adapter au rythme de l’enfant ou en réponse aux lacunes du système scolaire, de plus en plus de parents optent pour l’instruction en famille. Une décision qui implique rigueur, organisation et autorisation administrative.

Ne plus courir dès le matin pour arriver à l’heure à l’école, accompagner son enfant dans ses apprentissages, disposer librement de son temps… Sur le papier, l’instruction à domicile semble idéale. Pourtant, devenir parent instructeur ne s’improvise pas. Depuis la loi de 2021, dite « loi séparatiste », l’instruction en famille (IEF) est soumise à autorisation du directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN). "Avant, il suffisait d'une déclaration auprès du rectorat et de la mairie. Depuis 2021, le régime a changé", rappelle Cécile Alquier, du collectif des parents instructeurs 974. Durant l'année scolaire 2024/2025, 380 enfants à La Réunion étaient instruits en famille.

Quatre motifs pour obtenir l'autorisation

L’autorisation n’est accordée que si l’une des quatre situations suivantes est avérée :

  • l’état de santé de l’enfant ou son handicap ;
  • la pratique intensive d’activités sportives ou artistiques ;
  • l’itinérance ou l’éloignement géographique de tout établissement scolaire ;
  • une situation propre à l’enfant.

Pour ce dernier motif, un projet éducatif doit également être rédigé, présentant la démarche et les méthodes pédagogiques employées pour garantir l’acquisition des compétences du socle commun. Le parent instructeur doit fournir la preuve de sa capacité à accompagner les apprentissages, notamment une copie du baccalauréat ou d’un diplôme équivalent.

Lire aussi : Parents instructeurs : entre patience et engagement

Un choix de vie exigeant

"L’instruction en famille, ce n’est pas être contre l’école. Il y a un discernement à faire, un arbitrage", souligne Cécile Alquier, qui a instruit ses trois garçons pendant trois années consécutives.

Les familles engagées dans l’IEF viennent de tous les milieux. Si autrefois cette démarche était réservée à une élite, " aujourd’hui, ça s’est popularisé. Il y a vraiment de tous les profils", explique Cécile. Certaines familles choisissent même de réduire leur temps de travail, voire de gagner moins, pour pouvoir s’investir pleinement dans l’instruction de leurs enfants.

L’un des atouts majeurs de l’IEF est l’adaptation au rythme de l’enfant. "Il n’y a pas de structures horaires rigides parce que ça ne conviendrait pas à tous les enfants ni à toutes les familles". Les approches pédagogiques varient également : certaines familles optent pour des cours par correspondance, d’autres adoptent une approche plus informelle, où l’enfant est acteur de ses apprentissages.

Des contrôles obligatoires, mais inégalement appliqués

L’instruction en famille est encadrée par deux types de contrôles depuis 2009.

Le premier est une enquête menée par la mairie la première année, puis tous les deux ans, jusqu’aux 16 ans de l’enfant. Elle vise à vérifier les raisons du choix de l’IEF et les conditions de vie de l’enfant. Toutefois, ce contrôle est rarement réalisé dans les faits, comme le souligne un rapport de la Cour des Comptes publié en avril dernier.

Le second est un contrôle pédagogique, organisé par l’Éducation nationale, pour vérifier que l’enfant progresse dans ses apprentissages. Des sanctions peuvent être appliquées en cas d’IEF sans autorisation, ou en cas de refus injustifié de contrôle.

Un retour possible dans le système scolaire

L’autorisation pour l’IEF est valable un an et doit être renouvelée chaque année. Il arrive que certaines familles fassent le choix de réintégrer l’école classique. "On pourrait croire que les enfants ne voudraient plus jamais aller à l’école une fois qu’ils connaissent l’instruction en famille. Eh bien, pas forcément", témoigne Cécile. "Il ne faut pas hésiter, dans la mesure du possible, à demander et à écouter l’enfant. Il est capable de donner son avis sur ce qui le concerne. L’école peut être un bon choix aussi, pour de bonnes raisons."

Etiquettes : École

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