Parents instructeurs : entre patience et engagement

Si l’école n’est pas obligatoire, l’instruction l’est pour tous les enfants âgés de 3 à 16 ans. Pour de nombreux parents, faire l’instruction en famille (IEF) constitue une solution alternative. Un “choix de vie”, expliquent plusieurs parents instructeurs rencontrés lors d’une sortie à Grande Anse pendant les vacances.
Carolane, 40 ans, est maman de deux enfants de 6 et 3 ans. Avec son mari, ils ont décidé de pratiquer l’IEF. “Anciens militaires, on bougeait beaucoup. On avait un rythme qui n’était pas compatible avec une vie de famille”, expliquent-ils.
Ce mode de vie leur permet de voir leurs enfants grandir au quotidien. “C’était une évidence pour nous. L’enfance, ce sont les meilleures années de la vie, là où on a le plus d’énergie, le plus envie de découvrir le monde. Et pourtant, on enferme les enfants entre quatre murs.”
S’ils ne rejettent pas l’institution scolaire en bloc, le couple souhaite offrir une éducation plus libre. “Il y a des choses dans lesquelles on se retrouve, d’autres non”, confient-ils.
Liberté pédagogique et bien-être de l’enfant
La liberté est souvent mise en avant par les familles qui optent pour l’IEF. “On est totalement libres de la pédagogie, de notre emploi du temps, et ça, c’est extraordinaire”, souligne Émilie, ancienne professeure de lettres. Elle instruit son fils Arto, âgé de 8 ans, depuis deux ans.
“Arto avait beaucoup de mal avec le rythme de l’école. Il me disait : je suis enfermé toute la journée, je ne peux pas bouger, je ne peux pas aller aux toilettes quand je veux. Moi, à l’école, je n’existe pas. Il disait ça à 5 ans. C’était très fort. Son mal-être a disparu depuis qu’il est en IEF.”
Apprendre au contact de la nature
Pendant que les parents échangent, les enfants jouent sur l’arrière-plage de Grande Anse. La nature, pour eux, est un terrain d’apprentissage. “C’est un mot qui revient souvent dans la bouche des enfants”, note Carolane. “L’instruction en famille nous permet à nous, Réunionnais, de redécouvrir notre île, et aux enfants de profiter de ce qui nous entoure : la plage, la rivière, la montagne.”
Margaux, ancienne éducatrice spécialisée, n’a jamais scolarisé ses deux enfants de 8 et 5 ans. "L'instruction que je propose à mes enfants s'articule principalement autour de la culture, du lien social, et de la nature, apprendre à la connaître, l'aimer et la respecter. Cela en pratiquant principalement les apprentissages libres, guidés par l'enfant".
L’apprentissage se fait alors de manière informelle, même si certains moments sont plus cadrés pour répondre aux exigences de l’Éducation nationale. Pour elle, l’IEF s’inscrit dans un véritable système de valeurs.
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Et la sociabilité dans tout ça ?
Contrairement aux idées reçues, ces parents affirment que leurs enfants sont pleinement sociabilisés. “Quand ils se retrouvent, ils jouent avec leurs camarades. Ils ne sont pas frustrés, ils expriment leurs émotions. Nous sommes disponibles pour les accueillir”, explique Émilie.
“Ce n’est pas forcément à l’école qu’on apprend le mieux la sociabilité”, ajoute Carolane. “Au travail, par exemple, on peut avoir des collègues sans qu’il y ait de vraies relations. Parfois, la sociabilité est imposée.”
Être parent instructeur, c’est aussi apprendre sur soi. “On développe la patience, mais on se remet aussi en question. On réfléchit à l’éducation qu’on a reçue, à ce qu’on veut transmettre. On apprend la bienveillance”, partage Carolane.
Le regard des autres, un frein encore présent
Selon les membres du collectif Parents Instructeurs 974, le plus difficile dans l'instruction en famille, c'est souvent le regard des autres. “Les premiers à me juger, c’était ma famille”, confie Carolane.
“Ils ne comprenaient pas le concept. J’entendais mes sœurs, frères ou cousins dire vivement la rentrée, que les vacances commencent pour les parents. J’ai toujours trouvé ça dommage. La famille devrait être un lieu de réconfort quand on est stressé ou qu’on doute. Pendant le Covid, beaucoup de familles ont éclaté. Les gens ne sont pas habitués à vivre ensemble aussi longtemps, alors que c’est justement ça, le sens du mot famille : être ensemble dans les bons comme dans les mauvais moments.”


